AVANCES AU COMTE MOLE
maîtresse, qu'il l'excusait de ne pas se borner à lui; mais après le Congrès, il l'avait emmenée, et depuis ce moment l'altération des traits et de la santé de
M"'« montrait tous les jours davantage le chagrin
qui la consumait. M. de Talleyrand, craignant de la voir mourir ou s'enfuir, la laissa retourner à Vienne, mais à peine en fut-il séparé, qu'il se mit à sécher, à changer, à languir à son tour. C'était une chose curieuse que de le voir, tout sexagénaire qu'il était, dévoré d'une fièvre lente causée par l'absence d'une maîtresse et se mourir, en un mot et à la lettre, d'un amoureux chagrin.
(t ne perdit ni ses pas ni son éloquence. M'"^
sacrifia ses amours à son ambition. Je dis à son ambition, car cette passion est véritablement celle qui l'emportait sur toutes les autres dans son âme ' . . .
Le rêve de son imagination, l'ambition de toute sa vie était de gouverner un homme célèbre et revêtu d'un grand pouvoir. La nature l'a douée pour remplir un pareil rôle et même avec quelque éclat. M. de Talleyrand alla au-devant d'elle jusqu'à Meaux, et avec une incroyable impudence, il la ramena en triomphe^
M""* me témoignait alors une contiance dans
laquelle il entrait plus de coquetterie que d'abandon. Toute cette société, ou plutôt cette coterie, avait, à l'exemple de Talleyrand, pris pour moi de l'engouement, affectait de me tout dire, de me consulter sur les moindres détails; on me trouvait tous les mérites,