LES DROITS D OCTROI
d'hommages et de soumission, n'étaient encore pour lui qu'un sujet d'examen, d'analyse et il en parlait souvent comme le chimiste parle d'une substance qu'il décompose et recompose à son gré. »
Pendant les premiers mois qui suivirent sa nomination d'auditeur, M. Mole ne vit l'Empereur qu'au Conseil d'Etat, Les principales discussions portèrent sur les impôts indirects qu'il avait décidé de rétablir et l'organisation d'une université impériale, qui mettait toute l'éducation de la jeunesse dans la main du gouvernement.
A la séance suivante, l'Empereur, reprenant la question des octrois de Paris et des droits d'entrée sur la marée, interrogea les préfets de police et de la Seine, tous deux conseillers d'Etat hors section. Le premier était Dubois, le second Frochot. Une âpre rivalité existait entre eux. Dubois était pour le statu quo, qui mettait entre ses mains la nomination des « facteurs » préposés a la perception de sommes considérables. « Instrument aveugle du pouvoir absolu, il cherchait sa fortune dans la faveur du Maitre, et ne songeait jamais à adoucir la rigueur ou la dureté des ordres ou des mesures qu'il exécutait par aucun de ces ménagements qui, loin d'être une infraction à son mandat, en eussent rendu l'exécution plus intelligente et plus facile. »
Frochot, ancien serviteur et admirateur de Mira- .beau, imbu des principes politiques et économiques de 89, en soutenait encore les théories. Moins pratique que Dubois, il était aussi moins servile. 11 était lié avec Regnault. Personne ne savait moins cacher que Napoléon, l'impression que les hommes faisaient sur lui et le degré d'estime ou de dédain qu'il avait pour eux. Il méprisait Dubois, et Frochot lui était parfai-
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tement désagréable. Il conservait Dubois parce qu'il savait qu'il n'avait qu'un signe à faire pour lui faire exécuter n'importe quelle besogne, et ne se séparait pas de Frochot parce qu'il lui semblait un administrateur instruit et intègre, et qu'il ne voyait personne pour le remplacer.
Frochot proposait d'affermer la perception au profit de la ville de Paris, ce qui lui aurait procuré une plus forte somme que celle qui était perçue jusque là et le fermier se serait servi des facteurs. « Dubois persistant à défendre ses facteurs, l'Empereur s'écria : « Il y a un nombre déterminé de facteurs nommés par le Préfet de police, c'est donc un privilège. Pourquoi ne dirait-on pas aux facteurs, sans troubler l'ordre établi : payez votre privilège? » C'était évidemment changer toutes les conditions imposées aux facteurs quand on les avait nommés, c'était briser leur existence, mais, écrit M. Mole : « Je m'empresse de le remarquer, Napoléon ne se faisait nul scrupule de porter atteinte à quelques intérêts acquis, ou même de violer les contrats, pour arriver au but qu'il poursuivait et dont il se préoccupait trop exclusivement, tant que durait l'ardeur de la poursuite. »
Des droits d'octroi pour Paris, on était passé aux droits d'entrée à la frontière. Prirent part à la discussion M. Collin, directeur des douanes, M. Real, M. Bérenger et d'autres encore. L'Empereur ferma cette fastidieuse discussion pendant laquelle il n'avait laissé percer aucune trace de fatigue ou d'ennui. Un grand nombre de mains se levèrent pour adopter le projet, aucune ne se leva contre.
On reprit la loi des boissons. Tout avait été dit sur la matière. L'Empereur seul ne montrait aucune répugnance a continuer la discussion. Il voulait vaincre