NAPOLÉON ET L INSTRUCTION PUBLIQUE
Servir des prêtres. En Autriche, au contraire, la puissance civile bfilance la puissance militaire par les prêtres. En France, vous le savez, les parlements donnant la main aux prêtres, et faisant alliance avec eux, formaient une puissance formidable, capable de tenir tête à la Cour, aux Seigneurs, en un mot aux gens d'cpée. Combien de fois les prêtres et les moines n'ontils pas sauvé l'Europe de l'oppression des gens de guerre et du pouvoir militaire? Julien, pour échapper au pouvoir des évêques qui s'opposaient à sa puissance, se fit apostat. La Révolution a anéanti chez nous la puissance civile, il faut la recréer et nous ne pouvons nous servir des éléments qui seuls la constituaient autrefois. Le clergé a perdu ses richesses, il ne formera plus jamais un ordre dans l'Etat; la puissance civile ne peut se composer désormais que du corps qui aura la mission de former la jeunesse et de la magistrature chargée de rendre la justice et de faire exécuter les lois. Pour cela, il faut attirer dans ces deux carrières, par l'espérance d'une grande considération et d'une grande fortune. Le Sénat a déjà opéré ce grand bien. Beaucoup de gens entrent dans les fonctions publiques avec l'idée d'y arriver. Il faut combattre cette tendance de nos mœurs trop énervées, qui fait craindre le travail, • l'effort, et jouir paisiblement de ce qu'on a, de ce qu'on est, sans chercher ni l'agrandissement ni la renommée. Celte disposition est universelle en Europe. On vit à la campagne, on demeure étranger aux destinées de son pays. J'ai vu en Autriche beaucoup d'hommes de mérite opiniâtrement décidés à vivre de cette manière. Je ne sais où cela nous conduira, mais quand les bons se retirent, les méchants s'enhardissent. Quant aux magistrats, j'attends le travail que j'ai demandé au grand Juge. Cet ordre aujourd'hui n'offre rien à l'espé-
rance. Il faut que le juge qui travaille gagne beaucoup plus que celui qui ne fait rien. Je ne veux pas rétablir les épices; mais tout naturellement il faut qu'il ressorte du rôle qu'un juge en travaillant beaucoup puisse gagner vingt-cinq mille francs par an. Il y a en France vingt-sept Cours d'appel. Il faut que les places de premiers Présidents et de procureurs impériaux près de ces Cours, soient de très grandes places. »
Revenant brusquement de la magistrature à l'éducation publique, et en particulier à celle des filles, il ajouta : >
(( Quant aux femmes, il est très difficile de tracer un plan d'éducation pour elles. Elle doit se commencer et se poursuivre par les exemples qu'elles trouvent au foyer domestique. Rien ne peut remplacer une mère auprès de sa fille. Les jeunes filles ont le même but en entrant dans la vie, c'est le mariage, et l'éducation publique fait presque toujours de mauvaises femmes, des femmes frivoles, coquettes et légères. Pour en trouver des preuves, nous n'aurions pas bien loin à aller'. L'éducation commune, si bonne pour les hommes, si bonne à leur apprendre à se supporter mutuellement, et qui les prépare par la camaraderie à la grande vie, est une école de corruption pour les femmes. Les hommes sont faits pour le grand jour. Les femmes sont faites pour l'intimité de la famille et pour vivre dans leur intérieur. »
La séance fut levée.
1. Nous crûmes tous que ce trait de l'Empereur était lancé contre l'éducation et les élèves de M"" Campan. Hortense de Beauharnais, depuis reine de Hollande, les premières dames du palais de Joséphine sous le Consulat, en étaient pour la plupart sorties. (Note du comte Mole.)