M. MOLE DIRECTEUR DES PONTS ET CHAUSSEES. H
à continuer la dissection et l'Empereur, ajouta l'Impératrice, finit par me remercier. »
En sa qualité de directeur des Ponts et Chaussées, M. Mole eut à parcourir la Belgique, les rives de l'Escaut, la Hollande. En 1811, il accompagna Napoléon qui se rendait à Anvers pour visiter les nouveaux bassins en construction, dont M. Mole avait fait adopter les plans, et qu'il était en train de faire exécuter. Il présida dans cette ville un conseil mixte d'officiers du génie et d'ingénieurs, où fut discutée et réglée la question de le défense de l'Escaut.
Anvers, ce « pistolet chargé au cœur de l'Angleterre », était une des conquêtes les plus précieuses de Napoléon. Sa lutte contre l'Europe n'était qu'une forme de sa lutte contre l'Angleterre, et le port d'Anvers, agrandi et fortifié, était dans son esprit la base indispensable d'où il pourrait, le moment venu, porter le coup définitif à la puissance anglaise. Il sut gré a M. Mole de la diligence avec laquelle il avait compris ses vues et activé leur exécution. Il lui en témoigna sa satisfaction en le nommant officier de la Légion d'honneur le 30 juin 1811.
M. Mole eut encore, en sa qualité de directeur des Ponts et Chaussées, à s'occuper d'importants travaux, comme on le verra plus loin, tels que les ponts de Bordeaux, de Saint-André de Cubzac sur la Dordogne, de la grotte des Echelles.
Le 23 octobre 1812*, à neuf heures du matin, M. Mole était devant sa table occupé à travailler, lorsque son secrétaire entra tout tremblant dans la pièce :
— « On vient de m'apprendre, dit-il, une horrible nouvelle.
1. Conjuration Lahorie-Malet. Journal-manuscrit du comte Mole..
-^ Quoi (lonci
— Je n'ose pas vous le dire.
— Parlez, vous m'effrayez.
— L'Empsreur assassiné à Moscou.
— Gela n'est pas vrai, qui vous Fa dit?
— Un de vos employés qui a passé devant le Ministère de la Justice; un régiment y est en bataille, des groupes nombreux se désespèrent et demandent ce qu'on va devenir; le Ministre sortait de chez lui, l'employé l'a vu sautant dans sa voiture. »
N'ayant pas cru tout d'abord à l'exactitude de cette nouvelle, M. Mole réfléchit cependant que si le Ministre donnait lui-même l'alarme en faisant mettre lestroupes sous les armes, et laissait se former à sa porte des groupes où se propageait le bruit de l'assassinat de l'Empereur, il ne pouvait plus y avoir de doute. Il se représenta aussitôt les suites incalculables de cette mort, rEurop3 agitée de nouvelles convulsions dont on ne pouvait prévoir ni la suite ni la fin, la révolution qui allait recommencer, la France avec son armée éloignée d'elle à des centaines de lieues, et succombant sous la haine de tant de nations rivales ou humiliées par elle. Li seconde pensée qui lui vint fut d'aller offrir ses services à l'achichancelier, convaincu que ce dernier allait sur-le-champ faire proclamer le roi de Rome.
Il fait « mettre ses chevaux », et part, assez crânement d'ailleurs, en habit de conseiller d'Etat. Dans la rue Saint- Dominique, il rencontre (Laborde)', et le prend dans sa voiture. Quel n'est pas son étonnement en l'entendant lui dire qu'il venait de quitter l'archichan- «elier, et que dans la nuit même on avait reçu les.