UNE REVUE PLAGE DU CARROUSEL
ments de travail dont il savait si bien se servir, son génie organisateur et fécond en ressources avait recouvré toute son infatigable ardeur. On le voyait en effet multiplier les Conseils d'administration qu'il présidait, s'occuper nuit et jour de lever une nouvelle armée aussi nombreuse, sinon aussi aguerrie, que celle qu'il avait abandonnée dans cette effroyable retraite de Moscou, et en même temps travailler à constituer une régence, à laquelle il pourrait en sécurité confier le gouvernement pendant qu'il serait absent. Je ne saurais ramener mes regards sur cette époque, en ■évoquer le souvenir, sans dire ici, non de quelle manière je le juge aujourd'hui, mais bien comment je le jugeais lorsque j'en étais spectateur, et quelque peu acteur.
« L'Empereur venait de demander au Sénat une levée de trois cent cinquante mille hommes composée des réserves des dernières classes, y compris celle de l'année courante, 1813, et de toute la conscription de l'année suivante, 1814. C'était exiger de la France qu'elle envoyât sous les drapeaux le dernier de ses enfants. Le jour même où Regnault de Saint-Jean ■d'Angély annonçait au Sénat le nouveau et si douloureux sacrifice demandé à la nation, j'avais vu Napoléon passer en revue sur le Carrousel de longues files de conscrits, que le Monileitr appela le lendemain ■des « hommes superbes » et dont l'extrême jeunesse et la débile apparence avaient inspiré a la foule qui les entourait une profonde pitié. Je me promenai longtemps dans le jardin des Tuileries en réfléchissant sur <,Çi que je venais de voir, et bientôt sur une situation qui devenait extrême, et dont l'issue redoutable ne pouvait longtemps se faire attendre.
« J'avais vu les commencements de cet homme, plus