‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 56 sur 203 · INFIRMITE DU GENIE DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

INFIRMITE DU GENIE DE NAPOLEON

extraordinaire encore qu'il n'était grand, je l'avais vu, en débutant, rassurer toutes les nations, celles même qu'il avait vaincues, en déployant sur les champs de bataille un génie et une volonté qui le firent regarder tout de suite comme doué et envoyé de la Provi- <lence, pour enchaîner l'esprit révolutionnaire, sinon pour le détruire sans retour. Après ses premières et iidmirables campagnes d'Italie, il avait été compléter en Egypte l'auréole et l'irrésistible prestige dont il avait besoin pour accomplir son œuvre finale et la plus difficile, celle de désarmer la révolution sans réagir contre elle, de flétrir ou de condamner les doctrines <jui l'avaient faite, sans restaurer les lois morales et les respects que cette révolution avait anéantis. Maître <le la France et de l'Europe par l'ascendant de ses victoires, il avait amené les anciens partis, tous les intérêts, ceux qui avaient souffert, ceux qui avaient frappé, les victimes et les bourreaux, à abdiquer entre ses mains. Les convictions les plus indestruclibles, les S3ntiments les plus passionnés firent silence et s'ajournèrent jusqu'au moment où la main suprême retirerait de la terre le coloss3 qu'elle y avait chargé de l'accomplissement de ses desseins. L'ère de pacification intérieure, de réorganisation gouvernementale et sociale, avait commencé et fini avec le Consulat.

« C'est alors que les esprits clairvoyants s'aperçurent qu'une grande infirmité se cachait sous tant de dons si bien faits pour éblouir, celle de ne pas croire aux limites, aux bornes infranchissables de notre nature et de nos œuvres. Chose singulière, Napoléon, dont le bon sens était égal au génie, ne savait jamais discerner le point où s'arrêtait le possible.

« Plus je l'ai approché, plus je l'ai observé, et plus je fiuis demeuré convaincu que, toujours soumis à

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