‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 58 sur 203 · LA LUTTE CONTRE L EUROPE · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE L EUROPE

ter le torrent révolutionnaire et l'expansion des principes politiques et philosophiques, dont les écrivains du XVIII® siècle s'étaient fait un levier plus puissant que calui d'Archimède pour arracher les sociétés humaines de leuj's antiques fondements. Pendant les neuf annéas qui s'écoulèrent jusqu'au 18 brumaire, les armées républicaines tantôt victorieuses, tantôt vaincues, ne purent que soutenir la lutte sans la terminer, et au dedans, la France, toujours courbée sous hi tyrannie sanguinaire des plus hideux démagogues, n'attendait que l'apparition d'une épée, d'un héros cent fois couronné par la victoire, pour se jeter dans ses bras et le supplier de substituer un pouvoir absolu, éclairé, à l'elfroyable anarchie dans laquelle elle gémissait. Bonaparte l'avait bien compris et tout en répondantà l'attente de la nation, il exigea qu'elle se reposât sur lui de ses destinées, et le laissât disposer de toutes ses forces et de ses ressources, pour l'accomplissement de ses vastes desseins. A ce moment, le but du combat acharné avec l'Europe se trouva changé.

« L'Angleterre et les rois du continent, au lieu d'avoir à se défendre contre l'invasion des idées révolutionnaires, se trouvèrent en présence de l'ambition d'un seul homme, et cet homme, le plus grand capitaine des temps anciens et modernes, disposait souverainement de cette France à laquelle il venait de rendre son repos, sa civilisation et son orgueil. Pendant les treize années qui s'écoulèrent depuis l'avènement du Premier Consul jusqu'à l'époque (1813) sur laquelle je rassemble ici mes souvenirs, Napoléon avait prouvé à tous les peuples, qu'ils ne pouvaient échapper à la triste condition de peuple conquis qu'en se réfugiant sous son sceptre et en implorant, comme une grâce, de faire partie de son empire.

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