LOI ORGANIQUE DE LA REGENCE
ministre des Relations extérieures, duc de Bassano; du ministre de l'Intérieur, comte de Montalivet et du comte Lacépède, grand chancelier delà Légion d'honneur; du comte de Laplace, trésorier du Sénat; du ministre <]'Etat, président de la section de l'Intérieur, comte Regnault de Saint-Jean d'Angély; du comte Mole, Conseiller d'État à vie, directeur général des Ponts et €haus.sées; du maréchal duc de Conégliano, colonel général de la gendarmerie, et du duc d'Elchingen, maréchal Ney, colonel général des dragons.
« Lecture fut donnée dans ce conseil de la loi organique de la régence. J'ai malheureusement négligé de garder aucune note de ce qui s'y passa. Mon souvenir est que Napoléon, tout en s'y montrant calme et confiant dans la campagne qu'il allait entreprendre, laissa échapper sur les vicissitudes de la guerre et les infidélités de la fortune, des paroles qui trahissaient son attitude imperturbable et qu'assombrirent encore les physionomies pleines d'anxiété de ceux qui l'écoutaient, et dont plusieurs présentaient déjà l'aspect de courtisans douteux et refroidis.
« Le surlendemain il voulut présider encore le Conseil d'Etat, se multipliant en quelque sorte, passant en revue, pour ainsi dire, tout le haut personnel de son gouvernement pour réchauffer son zèle, raffermir son courage et lui inspirer sur l'avenir la confiance qu'il voulait donner à lui même. Nul homme n'a vécu autant que lui sous l'empire des théories qu'il s'était faites. Il n'admettait aucune borne au pouvoir d'une grande àme sur elle-même. Lorsqu'il était parvenu à épuiser la prévoyance et les ressources de son génie dans la préparation d'un dessein, il se refusait h douter du succès, en se rappelant qu'une pleine confiance dans l'action était le plus sûr moyen de l'obtenir. Toutefois,
l*o NAPOLEON SUPERSTITIEUX.
si je l'ai bien connu, une seule chose pouvait troubler tout d'un coup ce gouvernement de lui-même. Me croirait-on si je le dis.^ Je n'ai point de preuves; c'est mon impression seulement que je livre aux lecteurs. Un pressentiment, le moindre petit fait dont il tirait une augure, faiblesse qu'il se justifiait à lui-même en se disant que César, le grand Frédéric et tant d'autres n'en étaient pas exempts, pouvait tout d'un coup troubler sa vue et lui ôter son élan.
« II avait dépassé depuis longtemps l'âge auquel il m'avait dit qu'on devenait moins propre à la guerre. Si ses facultés morales étaient dans toute leur force, et cela ne pouvait être mis en doute, son tempérament était changé presque autant que la situation. L'homme à proprement parler, l'homme physiologique dans Napoléon, en 1813, ne ressemblait pas plus à celui des campagnes d'Italie en 1796 et 1797, que la position de l'Empereur, vainqueur de l'Europe et pour la première fois trahi par la fortune, ne ressemblait à celle du jeune général qui croyait l'avoir enchaînée. Autour de lui que de vides la mort avait-elle faits! Le plus ancien, le plus fidèle, le plus dévoué de ses compagnons, Duroc, avait été remplacé par le général Bertrand; Lannes, comme Duroc et comme tant d'autres, était dans la tombe. Il complétait le nombre de ses aides de camp par de jeunes officiers supérieurs, préférant quelquefois ceux qui avaient leur fortune à faire, d'une réputation sans tache et qui annonçaient autant de bravoure que de talents, à ceux qui, rassasiés de récompense et couverts d'honorables blessures, voulaient enfin jouir du prix de tant de fatigues et de glorieux travaux. C'était un curieux spectacle que ce déclin commençant d'une puissance qui, après avoir tenu longtemps l'univers dans la crainte, laissait entre-