LE CONSEIL DE RÉGENCE
voir le moment où, comme toutes les choses de ce monde, elle pourait cesser d'exister. La sécurité, qu'en général il montrait, était moins jouée que ceux qui ne l'ont pas connue seraient tentés de le croire. Cette faculté surprenante qu'il avait de disposer de son attention tournait ici à son profit. Il se disait qu'il devait avant tout réserver son énergie et la liberté de sa pensée; en conséquence, jamais il ne laissait cette dernière vacante. Dans les courts instants qu'il donnait au loisir dans le salon de l'Impératrice, il cherchait pour lui-même quelque détente et s'abandonnait à la conversation, surtout s'il rencontrait un causeur qui ne lui inspirât pas de défiance et dont il ne crût pas que sa fin fût déjà prévue. Ce causeur, je dois le dire, il parut penser plus d'une fois qu'il le trouvait en moi.
« Le samedi soir 13 février, j'allai chez l'Impératrice. Dès qu'il m'aperçut, Napoléon quitta le groupe qui l'entourait et me fit signe de la main de le suivre dans le billard. C'était l'annonce d'un entretien de longue durée.
« Avez-vous lu le Moniteur de ce matin? me dit-il. (Il contenait la loi de la régence.)
« — Oui, Sire, et j'y ai vu le sénatus-consulte de la régence. Votre Majesté a voulu préserver la France d'une surprise, d'un coup de main comme celui de Malet, pendant qu'elle serait à la tête de ses armées. Le public s'attendait depuis longtemps à voir paraître cette loi importante.
(( Napoléon. — Tout cela est bien peu de chose. Croyez que je ne me fais pas d'illusion. Si j'écris un testament, certainement après moi il sera cassé. Le sénatus-consulte sera-t-il plus respecté.!^
« — Sire, le sénatus-consulte ne rencontrera d'abord