PASTORET
de jurisprudence et d'histoire. Ma jeunesse a profité plus d'une fo's de ses entretiens. Je vais souvent chez M™^ Pastoret, dont la société, il faut que je l'avoue à Votre Majesté, m'attire beaucoup plus que celle de son niari. Elle est moins savante, mais plus spirituelle et beaucoup plus aimable que lui.
(' Napoléon. — Je la connais peu, et ce que vous m'en dites me le fait regretter. Pastoret a fait un ouvrage, est-il bon?
« — Le titre de cet ouvrage. Sire, suffirait pour le juger sous plus d'un rapport. Il s'appelle les Trois législateurs et considère ainsi Zoroastre, Mahomet et Jésus-Christ. Le titre choquait mes convictions, mais je connaissais trop l'auteur pour ne pas en essayer la lecture. 11 m'a paru trop ennuyeux pour être dangereux, et apprenant peu de choses malgré l'érudition qu'il affecte.
(( Napoléon, riant gaiement. — Je suis tenté de vous croire sur ce livre; la figure de Pastoret ne me piait pas.
(( — L'Empereur sait-il ce que Mirabeau en disait ? (( Napoléon. — Non.
(( — Il y a dans cette figure, disait-il, un mélange de tigre et de veau, mais heureusement le veau domine. « Napoléon, riant aux éclats. — Oh! certainement, le veau domine. Quant au tigre, je n'en vois pas. J'ai rencontré en Russie un fils Pastoret, qui est auditeur. Il m'a paru un jeune homme d'espérance. Il a une physionomie et un ton de candeur qui m'ont plu.
« — Le jeune homme a été attaché à mon administration. Sa mère me l'avait recommandé et je lui porte de l'intérêt. »
« Après un court silence, Napoléon reprit : « Ce que cette régence a de bon, c'est qu'elle est conforme à