EMPIRE DE NAPOLEON SUR LUI-MEME
de Naples, il a moins de prestige sur le champ de halaille ; ce n'est point Ajax, le type de l'homme de guerre en action. A parler vrai, c'est un homme médiocre, quoiqu'il y ait en lui plus de proportions, d'ensemble et d'harmonie, c'est un tout complet. Croiriez-vous que le roi de Naples n'e'crit jamais à ses enfants sans mouiller son papier de grosses larmes.^ Les impressions sont plus fortes que lui ; au lieu de les dominer, il en est bouleversé. Aussi, dans cette terrible retraite, il était plongé dans l'abattement. Au surplus, il m'a fallu ma longue habitude d'empire sur moi-même pour ne pas laisser voir d'émotion. La veille, j'étais encore le vainqueur du monde, commandant la plus nombreuse et la plus belle armée des temps modernes; le lendemain, plus rien de tout cela! Je crois, poursuivit-il, je crois avoir montré un calme, je dirai même conservé une gaieté inaltérable, et je ne pense pas qu'aucun de ceux qui m'ont vu alors puisse me démentir. Ne croyez pas cependant que je n'aie pas le cœur sensible comme les autres hommes. Je suis même un assez bon homme. Mais dès ma plus grande jeunesse, je me suis appliqué à rendre muette cette corde qui chez moi ne rend plus aucun son. On viendrait me dire, au moment où je livre, une bataille, que ma maîtresse, pour laquelle je perds la tête, rend le dernier soupir, que je n'en serais pas ému. Ma douleur cependant serait aussi forte que si je m'y livrais ; mais je commencerais par lui fermer mon àme, et après la bataille, je pleurerais ma maitresse, si j'en avais le temps. Sans ce travail sur moimême, croyez- vous que j'aurais fait tout ce que j'ai fait? Les heures volent, et dans ma position, en perdant un moment, je pouvais tout perdre, môme ce que j'avais acquis.