CHAPITRE II
Mariage de Mathieu-Louis Mole. — Le salon de M"»' Beaumont. — Les relations que s'y fait M. Mole. ~ Il fait paraître des Essais de morale et de politique. — Analyse des Essais. — Eloge du livre, par Joubert, Fontanes et Chateaubriand.
Il se maria de bonne heure.
Lesloisrévolutionnairesayantperdu de leurs rigueurs, M"" Mole obtint la levée du séquestre qui pesait sur ses biens et sur ceux de ses enfants. Elle régla entre ceuxci le partage des biens de leur père. Champlàtreux, la terre de famille, revint à Mathieu-Louis Mole, Méry h sa sœur Marie-Louise-Félicité.
M"^ Mole pressa son fils de se marier. Elle lui fit épouser M"* Alexis-Charlotte-Joséphine de la Live de la Briche, fille unique de M""* de la Briche et orpheline de son père, mort peu de temps après sa naissance. Le mariage eut lieu le 17 août 1798. On était encore à une époque où l'on se mariait fort jeune, ils n'étaient âgés l'un et l'autre que de dix-sept ans.
« J'ai marié aujourd'hui ma fille », écrit M"® de la Briche dans ses mémoires', (( à M. Mole, seul rejeton d'une famille si connue dans notre histoire par ses vertus et par les services qu'elle a rendus à la France.
i. Mémoires inédits de M"' delà Briche.
Son père fut victime de notre affreuse Révolution, et le petit-fils d'Edouard et de Mathieu Mole a péri sur l'échafaud. Puisse mon fils d'adoption jouir de tout le bonheur qui fut refusé à son père, puisse ma fille le lui procurer et être heureuse par ce sentiment pur et légitime qui remplit le cœur sans le troubler; puissent enfin leurs enfants perpétuer ce nom si honorable et l'honorer encore par leurs vertus. »
Ces vœux d'une aïeule ne furent qu'en partie exaucés. De cette union naquirent seulement deux filles, la première après douze ans, la seconde après quatorze ans de mariage, et l'espérance de voir un fils continuer un nom illustre fut déçue.
Au cours de son emprisonnement, M"* Mole avait fait le A'œu, pour sauver son existence et celles de ses enfants, de se consacrer à la vie religieuse dès que ceux-ci n'auraient plus besoin d'elle. Dans sa hâte, sans doute, de quitter le monde, elle n'alla pas bien loin chercher un gendre, et dans le courant de l'année 1804, elle maria sa fille à peine âgée de dix-huit ans, à son propre frère, Christian de Lamoignon, âgé de vingt-huit ans, dernier de son nom. L'oncle épousa la nièce, et le ménage vint habiter Méry.
Ses deux enfants mariés, M""* Mole se retira à Vannes où elle fonda l'Institut des sœurs de la Chanté de Saint-Louis, dont elle mourut supérieure à un âge avancé.
Par une ironie du sort ou une singulière coïncidence,, ces deux vieilles familles parlementaires, qui par deux fois s'étaient unies pour perpétuer leurs noms, s'éteignirent en même temps. Mathieu-Louis Mole n'avait eu que deux filles. Christian de Lamoignon n'eut qu'une fille, qui épousa Adolphe-Louis de Ségur dont elle n'eut pas d'enfant. Ainsi finirent ces deux races.