LE SALON DE MADAME DE BEAUMONT
celle de Mole en ligne directe masculine, celle de Lamoignon définitivement.
Au sortir de la Terreur le calme renaissait peu à peu. Los débris de l'ancienne société, jadis si brillaijte, se retrouvaient tant bien que mal, et quelques salons, modestes il est vrai, se rouvraient. Quelques puissants du jour, nouveaux venus, s'y rencontraient avec les survivants de l'ancien régime, et cette société nouvelle cherchait à ressusciter les anciennestraditions mondaines de l'esprit et du bon ton.
Un des premiers salons qui s'ouvrirent fut celui de M""^ de Beaumont, fille dé M. de Montmorin, ancien ministre des Affaires étrangères de Louis XVI, et femme d'une grande intelligence et d'une rare distinction. Ce ne furent d'abord chez elle que des réunions restreintes et intimes, où l'on venait pour causer, pour se retrouver, pour se féliciter de vivre encore. Le nombre des admis s'augmenta peu à peu, et il se forma une société brillante de gens de talent et de beaucoup d'esprit. « Paisible société », écrivait M. Joubert, « où n'avait accès aucune des prétentions qui peuvent désunir les hommes, où la bonhomie s'unissait à la célébrité, où, sans y penser, on se faisait une occupation assidue de louer tout ce qui est louable, où l'on ne songeait qu'à ce qui est beau; paisible société, dont les débris ne se réuniront jamais que pour s'entretenir entre eux de celle qui en était le nœud et qui les avait rassemblés*. »
Chez elle se retrouvaient MM. Pasquier, de Vinti-
1. Correspondance de J. Joubert, par M. Paul de Raynal. Avantpropos.