‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 75 sur 203 · LE ROMAN HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LE ROMAN HISTORIQUE

Fontainebleau, sans comprendre qu'une semblable expédition serait un grief de plus pour tous les croyants et pour les autres une violence odieuse'.

«ourse à Fontainebleau dans ma conversation avec lui du 13 février. Jamais il n'avait abordé avec moi ses rapports avec Rome; il connaissait mon opinion en ces matières. En général, il évitait de blesser les opinions sincères, surtout celles des hommes qu'il voulait conserver. (Note du comte Mole.)

1. Tout en parlant ici comme je le fais de la conduite aussi impolitique qu'odieuse de Napoléon envers un vieillard, que ses vertus non moins que le caractère sacré rendaient lobjet d'une vénération «t d'un intérêt universels, je ne puis m'empêcher de repousser de •nouveau les fable 5 inventées par les détracteurs de Napoléon àl'occa- ■ sion (le l'entrevue et des conférences de F"'ontainebleau. Lorsque je reçus M. de Vigny à r.'\cadémie française, j'eus occasion de désavouer le récit qu'il en avait fait dans l'un de ses romans historiques. Napoléon était incapable des brutalités qu'il lui prêle, et il ne pouvait oublier à ce point le parti que sa politique avait su tirer de l'autorité du Pape, les résistances qu'il avait neutralisées en donnant satisfaction aux sentiments catholiques, et ce n'est pas au moment où, sous la pression de ses revers, il sentait la nécessité de réparer tout ce que ses fautes envers Rome avait de réparable, qu'il aurait joint à l'oppression et à la captivité du Saint Père des procédés dont 1 être le plus grossier dans l'ivresse aurait été seul capable. Ai-je besoin d'ajouter que M. de Vigny, qui parle en témoin oculaire, n'avait pu puiser tant de détails que dans son imagination.

Walter Scott, par l'immense succès de ses romans historiques, a porté de nos jours à la vérité et à l'histoire un coup dont elles auront de la peine à se relever. Avec la puissance de son talent, je dirai presque de son génie, il a si bien imité le vrai, tout en l'altérant, il a fait du vraisemblable diiférant si peu du vrai que ceux-là mêmes qui comprennent le mieux l'importance de conserver à l'histoire, ces archives des peuples, toute son exactitude et son intégrité, à moitié séduits eux-mêmes ou intimidés par la généralité du succès, se sont abstenus de protester en temps utile. Ma voix sans autorité s'est plus d'une fois élevée, et je saisis l'occasion de me satisfaire moi même en déposant dans cette note une opinion qui prend sa source dans mon culte passionné pour la vérité. L'école du roman historique une fois fondée, les disciples ont été nombreux ; le succès était facile et ofïrait des chances profitables et certaines à la médiocrité. Les gens du monde prirent au pied de la lettre tout ce qu'ils trouvèrent dans des ouvrages comme la Conspiration de Cinq-Mars ou l'Histoire des Girondins. L'effet prit la place de la vérité; plus les tableaux étaient frappants, chargés de couleurs, plus le drame avait de pathétique en un mot d'effet, et moins le lecteur fut tenté de vérifier l'exactitude du récit ou des caractères dont il avait été si profondément ému. Que ferait de plus la vérité? vous dit-on. En seriez-vous plus ému? Vous ferait-elle verser plus de larmes? Ressentiriez-vous plus d'admiration

168 l'empereur a trianon.

Enfin il se louait de la fidélité des provinces conquises, qu'il savait si près de lui échapper, et il déclarait qu'une dynastie napoléonienne ne cesserait jamais de régner en Espagne. Il protestait en finissant de son sincère désirde faire la paix, tout en affirmant toutes les prétentions qui la rendaient impossible. Enfin il retombait dans son thème favori, que dans aucun siècle l'agriculture et l'industrie n'avaient été en France à un plus haut degré de prospérité, et que la guerre, loin de nuire à l'accroissement de la population, l'avait favorisé.

(( Trois jours après, M. de Monlalivet, ministre de l'Intérieur, portait à la tribune l'exposé de la situation de l'Empire. Celait le commentaire du discours impérial. Il justifiait, par des chiffres à l'appui et des données statistiques, si à la mode à cette époque, tout ce que l'Empereur avait dit de l'accroissement de la population et des progrès de notre agriculture et de notre industrie. Napoléon alors habilait le palais de Trianon, ainsi qu'il avait coutume de le faire pendant lasemaine sainte, et quelquefois toute la quinzaine de Pâques*.

plus d'indignation, quelquefois même trouveriez-vous de meilleures leçons? Ainsi donc, arrière, vous disent les maîtres d'école, arrière les arides études! Quelques lectures nous fournissent le canevas, c'est au talent et à l'imagination de le broder; les lecteurs charmés se multiplieront, le succès sera complet. Que voulez-vous de plus? (Note du comte Mole.)

1. Durant le temps saint et pendant les quinze jours où l'église admet les fidèles à acquitter le devoir ftascal, il se dérobait aux regards, ne pouvant se décWer à rompre avec les philosophes jusqu'au point d'agir comme s'il croyait, et ne voulant pas davantage blesser le clergé ou scandaliser les croyants en vivant au grand jour, et chacun pouvant s'assurer que la religion pour lui n'était que la politique. Toutefois, je le répéterai encore ici, la question au fond de son âme restait toujours à l'examen. J'oserai affirmer qu'il n'avait la conscience intime ni de croire, ni de ne pas croire. 11 détournait ses regards de ces hauts intérêts, qu'il n'aurait pu prendre sérieusement à cœur sans se sentir gêné dans son ambition et sa politique* (Note du comte Mole.)

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