M. MOLE CHARGÉ DE RAPPORTER LE BUDJET
Il n'y recevait presque personne; ses ministres, pour s'y rendre, attendaient qu'il les appelât, et il ne les -appelait qu'individuellement. Je fus très étonné de recevoir une lettre du chambellan de service qui m'annonçait que l'Empereur m'attendait le soir à huit heures. Je le trouvai non, comme c'était l'usage, dans le salon de l'Impératrice, mais dans le cabinet où il travaillait. « Monsieur Mole, me dit-il, je veux vous charger de présenter le budget au Corps législatif. N'allez pas me répondre que vous n'êtes pas financier; vous êtes homme d'esprit, et je me souviens de vous avoir déjà dit qu'il serait très possible que vous fussiez un bon ministre de la Guerre. L'esprit rend propre à tout. Quand il est véritable, franc de pied, il apprend bien vite la partie technique de chaque chose. Croyez-moi, chacun retrouve partout sa mesure. Celui dont l'intelligence est rapide, pénétrante, qui aime le travail, et qui a l'instinct organisateur peut être pour moi un bon et utile ministre; je supplée à tout ce qui lui manque d'ailleurs. Les circonstances sont graves; c'est un discours politique que vous aurez à faire. Placez-vous à mon bureau et écrivez les quelques lignes que je vais vous dicter. Je ne prétends pas vous astreindre à répéter mot pour mot ce que vous allez écrire; ce sont des textes que je veux vous fournir et que vous commenterez ensuite comme vous l'entendrez. »
(( Je connaissais l'Empereur, et je ne pouvais me méprendre sur la situation qu'il me créait. Parler de sa position à la tribune, comme il l'avait fait lui-même, le justifier de préférer l'abime au moindre sacrifice de son ambition, c'est à quoi, assurément, j'étais bien décidé à ne prêter ni ma voix, ni ma plume, ni mon nom. D'un autre côté, lui refuser pour la première