M. MOLE CHARGÉ DE RAPPORTER LE BUDGET
fois mon concours lorsqu'il était menacé de la colère du ciel et de la vengence des hommes, lui donner lieu <le me ranger parmi ceux qui ne l'avaient servi que pour satisfaire leur ambition personnelle, moi qu'il avait toujours traité avec tant d'égards et d'estime, c'est à quoi je répugnais également, et j'éprouvais, je le confesse, une sorte d'angoisse en prévoyant que mes rapports avec lui allaient devenir, jusqu'à la catastrophe, aussi pénibles que délicats.
a A peine élais-je assis devant son bureau et avaisje pris en main la plume que Napoléon, se promenant à pas précipités, se mit à me dicter de sa voix la plus saccadée. C'était une avalanche de paroles et d'idées dont j'avais bien de la peine à saisir quelques-unes au passage. « Je vais trop vite, peut-être? » s'interrompitil. « Il m'est impossible de vous suivre, Sire, je dois vous l'avouer. — Oh! cela ne m'étonne pas, il n'y a que Menneval et Maret qui sachent écrire aussi vite que je parle; je vais aller plus doucement. «Mais après quelques mots qui n'étaient dits que vite, ce fut la même rapidité et pour moi la même impossibilité de recueillir, je ne dirai pas seulement toutes ses paroles, mais encore quelquefois d'en .bien comprendre le sens. L'incorrection était grnnde, elle m'obligeait à rédiger plus tard; je me b r.iai donc aux traits les plus marquants, à ceux qui me traçaient la marche, le but, l'économie du discours. ■ « Il le voulait en effet moins financier que politique, faisant comprendre au Corps législatif qu'il se passerait de lui, s'il hésitait à donner au pays le signal des derniers sacrifices pour rappeler la victoire sous ses aigles et conserver le dernier village de ses conquêtes. Ce qu'il voulait enfin, et je ne le compris que trop bien, c'est que la France ne se reconnût pas un