‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 78 sur 203 · M. MOLE CHARGÉ DE RAPPORTER LE BUDGET · texte numérisé non relu

M. MOLE CHARGÉ DE RAPPORTER LE BUDGET

autre intérêt que le sien, et qu'elle s'élançât, avec lui et à sa suite, dans le gouffre où il aimait mieux périr que transiger.

« J'avais pris le parti de me donner l'apparence d'écrire aussi vite qu'il parlait. Au bout d'une demiheure, il s'arrêta, fatigué et me dit : « En voilà assez; vous connaissez maintenant toute ma pensée; emportez ces notes et sachez vous en servir. » Il ne me congédiait pas et semblait attendre de moi quelque chose. Il eût voulu, je crois, que je lui proposasse de venir lui lire mon discours avant de le prononcer. J'étais bien décidé à n'en rien faire. C'eût été me placer dans l'alternative de céder ou de rompre. €éder était impossible; rompre m'eût été pénible et m'aurait semblé ingénéreux. Je revins à Paris et fis de tristes réflexions pendant ma roule; elles me conduisirent toutes à penser que Napoléon parcourait tous les degrés de son déclin, et arrivait à sa chute aussi absolu, aussi inflexible que dans les jours de sa toutepuissance.

« En résumé, cependant, je devais parler en son nom, et faire pressentir au corps législatif que ses moindres représentations seraient prises pour une résistance factieuse et pourraient devenir l'occasion de sa fin. Je me mis au travail et restai plus que mécontent de ce que j'avais fait. La tâche à laquelle je n'avais pu me soustraire n^^était pas seulement difficile; il €tait impossible que l'Empereur et le Corps législatif fussent en môme temps contents de moi. Le premier demandait au pays de périr, pour ainsi dire, avec lui, «n ne mellanl pas de bornes à ses sacrifices, et menaçait de détruire jusqu'à ses simulacres d'institutions, lel> que le Corps législatif, le Sénat, s'ils faisaient «ntcudre une plainte ou montraient une velléité d'in-

Page 1