LE SALON DE MADAME DE BEAUMONT
mille, Julien, Chênedollé, Guéneau de Mussy, de Fontanes et Joubert; M'"'^^ de Krudner, de Vintimille, de Duras, de Lévis*, on y remarquait un jeune homme d'une « gravité consulaire et d'une figure romaine », écrit J. Joubert, (^e jeune homme était M. Mole. Il avait dans sa conversation comme dans ses attitudes, une dignité qui était peu de son âge, et qui semblait souvent aller jusqu'à la tristesse. Les malheurs qui avaient marqué sa première jeunesse avaient étendu sur ses traits ce voile de gravité et de mélancolie qu'ils devaient toujours conserver et qu'on retrouve dans tous les portraits qui sont restés de lui.
Porté naturellement vers la réflexion et l'étude, issu de cette génération du xviii® siècle à tendances philosophiques et rêveuses, il se lia surtout avec Cha-. teaubriand, Fontanes et Joubert.
Jean-Jacques Rousseau, sans d'ailleurs rien résoudre, avait mis à la mode l'étude des problèmes sociaux et philosophiques, que depuis des siècles l'humanité traîne avec elle ; cette mode avait survécu à la Révolution, qu'elle avait en grande partie facilitée, et encore au lendemain de la tourmente, celui qui en avait souffert comme celui qui en avait profité, chacun voulait avoir écrit son contrat social, depuis Siéyès qui passait son temps à faire des constitutions, jusqu'à M. Mole qui n'avait pas vingt-cinq ans.
M. Mole fut ainsi amené à composer des Essais de morale et de politique, sujet ardu qui cadrait avec son « austère jeunesse ». Il s'était formé un système philosophique et social qu'il expose dans ses Essais.
Pour lui, la société humaine ou plutôt les constitutions qui doivent la maintenir dans des limites raison-