‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 82 sur 203 · CRISE EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

CRISE EUROPÉENNE

avaient été un moment comprimés par l'épée d'un conquérant tenue par une main de génie, mais si la force intelligente semblait la maîtresse du monde, son règne devait passer, renfermé qu'il était dans les limites de la vie d'un homme, et les véritables principes sur lesquels l'ordre moral, politique et social repose, n'étaient ni réhabilités dans les cœurs, ni arborés sur aucun drapeau. Les rois et les cours, il est vrai, n'avaient plus présenté les mêmes scandales qu'au xviii© siècle. Ce n'avait plus été un Louis XV affrontant la pudeur publique et laissant les philosophes justifier la corruption et les désordres dont sa vie offrait les exemples ; ce n'avait plus été un Frédéric dit le Grand, montrant le matérialisme sur le trône, et humiliant la gloire des armes jusqu'à mendier les éloges de Voltaire ou de d'Alembert : mais le* rois et leurs armées toujours vaincus, la royauté taxée, non sans raison, d'incapacité, de faiblesse, avilie même, comme elle l'était en ce moment par le procès en adultère, intenté avec tant de cynisme à /a princesse de Galles par l'héritier du trône d'Angleterre, ne laissaient aucune espérance de voir la vérité et la justice présider à la destinée des Empires et protéger tous les droits. La France, il faut bien le reconnaître, n'avait jamais cru à la durée d'un état de choses, fondé par la force, conservé par la contrainte et justifié par la gloire. En soutenant jusqu'au bout et par tant de sacrifices celui qui avait élevé son nom si haut et dont elle prévoyait la fin, la France ne fit que se respecter elle-même et rester fidèle à sa propre grandeur.

« C'était un curieux spectacle que celui d'une grande nation entrant tout entière dans un rôle, affectant dans son langage officiel un dévouement à son chef, une confiance dans le présent et l'avenir,

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