‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 83 sur 203 · PESSIMISME GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PESSIMISME GÉNÉRAL

que chacun désavouait ensuite au sein de sa famille, et remplaçait par les malédictions dont rolonlissaient alors nos foyers domestiques. Nul n'échappait en ce moment, qu'on le sache bien, a cette double tendance des esprits, à ce pessimisme ou à ces sombres pronostics marchant de front avec la soumission et la flatterie, depuis ces maréchaux gorgés, pour ainsi dire, de fortune et de gloire, jusqu'à ces vétérans de 92 et de 93, devenus riches et presque sages, couverts de décorations et de titres, et même des amis de jeunesse de Napoléon, comme Lavalette, que je voyais tous les jours et qui semblait mettre à cette époque tout son amour-propre (et il en avait beaucoup) à laisser voir dans un petit cercle d'hommes politiques et de femmes du monde, dont je faisais partie, que son attachement pour l'Empereur ne faussait pas sa prévoyance, et ne lui causait aucune illusion.

(( Il faut bien qu'on le sache, tous les hommes qui prétendaient à l'esprit et à passer pour en avoir beaucoup se piquaient généralement de prédire la chute du colosse. On ne conservait de doutes que sur le sort de la France. Pourrait-elle lui survivre, ou son unité disparaitrait-elle avec lui.^ Déjà les conséquences de la grande faute des rois se faisaient sentir; les sociétés secrètes, que dans leur désespoir ils avaient encouragées, dirigeaient et enflammaient les esprits dans toute l'Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Ilalic. Personne n'était plus effrayé que Napoléon lui-même de l'avenir préparé à l'Europe, je dirai même à la civilisation chrétienne par des hommes monarchiques à courte vue et dont la destinée serait d'avoir cent fois plus exécuté qu'entrepris.

« La famille de Napoléon, ses frères (les Mémoires de Joseph l'ont assez prouvé) ont voulu aussitôt après

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