‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 84 sur 203 · CRAINTES DE NAPOLEON POUR L AVENIR · texte numérisé non relu

CRAINTES DE NAPOLEON POUR L AVENIR

sa chute le représenter aux libéraux de toute l'Europe et aux révolutionnaires de France en particulier, comme ayant été contraint, pour ainsi dire, au despotisme par la lutte qu'il eut à soutenir contre tous les rois et toutes les aristocraties coalisés, et voulant, aussitôt qu'il aurait surmonté toutes les résistances, donner les institutions les plus libérales à toute la nation. Cette race, si ambitieuse et au fond sans aucun principe, avait bien compris qu'elle devait se placer à la tète de tous les réformateurs, même les plus insensés, pour se ménager quelques chances de retour. Mais, quoi qu'elle en ait pu dire, le génie de Napoléon, son naturel l'éloignaient de tout partage de l'autorité ; l'unité était à ses yeux la condition indispensable de tout gouvernement fort; toute puissance contestée, limitée, contenue, était à ses yeux conilamnée à l'hésitation et privée de ces illuminations soudaines auxquelles il avait dû lui-même d'opérer des miracles, et aussi de cette promptitude d'exécution, de cette rapidité de coup d'œil qui avaient été pour lui les éléments principaux du succès. Au moment que je raconte, à cette époque où sa fortune pâlissait, savez-vous où sa pensée allait chercher du remède, de quelle faiblesse il s'accusait, et les conditions de stabilité qu'il voulait se donner pour l'avenir? Il se reprochait d'avoir laissé au Corps législatif trop de liberté et d'ingérence dans les affaires, en même temps que sa composition était trop démocratique, et au Sénat trop d'importance. Cela ressortait évidemment de ce qu'il m'avait dicté à Trianon et chargé de faire entendre aux législateurs, comme pour les préparer à mourir. Pendant les quinze années qui venaient de s'écouler, il avait défait, pour ainsi parler, la révolution pièce à pièce, en mettant toute son habileté à ne

Page 1