LE GRAM) CHAMBELLAN
tuante. Il était rentré sous le Directoire, et je le rencontrais souvent alors dans le salon de M™* Pastoret. Silencieux, calculé, et non sans morgue, il attirait mon attention par des manières et un langage où la dignité, la sobriété et les convenances l'emportaient sur l'agrément. Il parlait peu et semblait toujours attendre l'occasion de frapper ses auditeurs. Je croyais voir en lui un débris de l'ancien régime, non des plus marquants, mais des plus caractérisés'.
« Le grand Chambellan, son fils, appelé avant la Révolution le baron de Montesquiou, avait reçu de Napoléon son titre de comte ; de chambellan zélé, il était devenu grand Chambellan dévoué. Sa femme était gouvernante du roi de Rome. Comblé de faveurs de toute espèce, ayant un peu de la hauteur de son père, sans esprit mais de mœurs et d'habitudes .aristo- <îratiques, il était aux yeux de Napoléon, le modèle de l'homme de cour, moins la bonne grâce et la séduction. Le grand Chambellan avait une juste horreur pour les crimes de la Révolution. Il en avait souffert dans sa personne et dans sa famille et^
il s'associait de son cœur aux idées de Napoléon. On l'accusait de flatter son maître, et il ne faisait que le servir et le seconder avec conviction.
« Son discours fut tout ce qu'il devait être. <( ... les divers peuples, dit-il, de ce vaste empire,
1. Quoique cet écrit ne soit pas la continuation ou un fragment de mes Mémoires, quoique je l'aie entrepris en désespoir de n'avoir pas le temps de continuer et d'achever ces derniers, quoique ces pages aient pour but principalement, ainsi que je lai déjà dit, de sauver de l'oubli mes rapports et plusieurs de mes entretiens avec l'homme le plus extraordinaire de tous les âges, on me pardonnera, je persiste à le croire, de peindre, chemin faisant, ceux des personnages que j'ai ie plus connus. (Note du comte Mole.)