ENTREVUE DELICATE
j'attendrais peut-être indéfiniment. Loin de là, je fus introduit à mon arrive'e. Au moment où le chambellan de service ouvrit la porte du cabinet, j'aperçus l'Empereur qui regardait par sa fenêtre avec la figure la plus éclaircie et ce demi-sourire bienveillant que je n'ai vu qu'à lui.
« — Eh ! Monsieur Mole, me dit-il, avec cet accent de badinage qu'il prenait quelquefois avec moins de naturel que de calcul, je ne vous ai pas vu depuis que vous avez harangué les législateurs. Avez- vous été content d'eux?
(( — Sire, plus assurément qu'ils ne l'ont été de moi. Je leur parlais du budget dans des circonstances fort graves, et par conséquent je n'avais rien à leur dire ou à leur apprendre qui put leur être agréable. »
« Napoléon avait évidemment pour parti pris de ne pas admettre que j'eusse à me plaindre, et il reprit du ton le plus calme, et le plus doux :
'( — J'entends, vous avez raison, ils n'ont pas été satisfaits de votre discours. Et pourquoi cela? ajoutat-il de l'air le plus naïf.
« — Sire, surtout parce qu'ils ont cru voir dans une phrase l'annonce de leur suppression. L'Empereur sait du reste que le Corps législatif se compose d'hommes qui tiennent beaucoup à la position qui leur est faite, surtout à leur traitement. Ils avaient cru d'abord que cette phrase ne pouvait venir que de l'Empereur luimême. Mais quand ils ont vu Votre Majesté les accueillir, il y a peu de jours, avec tant de bonté, les ajourner pour ainsi dire, à l'époque où la fin de la guerre permettrait de songer au couronnement de l'Impératrice et du Roi de Rome, ils n'ont plus douté que la phrase n'exprimât mon opinion personnelle, et la froideur avec laquelle ils m'avaient écouté s'est