‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 90 sur 203 · VIS-A-VIS DU CORPS LEGISLATIF · texte numérisé non relu

VIS-A-VIS DU CORPS LEGISLATIF

fait pressentir. Le Sénat, le Conseil d'Etat, le Corps législatif, la Cour de cassation, sont en doute sur leur existence, et se demandent si la modification ou le changement des institutions ne porteront pas une atteinte profonde à leur existence ou à leurs intérêts. »

« L'Empereur écoutait en sifflant, et se promenant, faisant effort pour dissimuler sa préoccupation et l'impatience que je lui causais.

(( — Oui, dit-il, je savais cela. Au reste, telle a toujours été ma méthode. L'appréhension prolongée a cela de bon que, quand le coup éclate, on le trouve bien au-dessous de ce qu'on avait craint, et on accepte presque comme un bienfait ce qu'on n'aurait pu endurer quelques mois plus tôt sans murmure. Au reste, je me suis exprimé hautement sur les membres actuels de ces autorités; ils n'ont rien à craindre, et quoi que je fasse, tous les avantages dont ils jouissent leur seront conservés pendant leur vie. Quant au Corps législatif, cet assemblage de médiocrités, d'hommes obscurs et besogneux, il faudra bien le renouveler, si je le conserve.

« — Sire, il ne faut pas toutefois oublier que Votre Majesté, quand elle ira bientôt prendre le commandement de ses armées, laissera derrière elle tous ces hauts fonctionnaires de l'Etat, troublés, mécontents.

« — Que voulez- vous qu'ils fassent ? Ne me croient-ils pas nécessaire? N'ont-ils pas également peur* de la République et des Bourbons ? Au lieu qu'ils ne redouteraient pas une minorité qui leur permettrait de reprendre leur ascendant, de conserver, de fortifier toutes ces institutions qui leur profitent; une minorité

1. Toutes ces conversations sont textuelles ; c'est ce qui explique le retour fréquent des mêmes expressions, comme le mot peur dans la bouche de Napoléon. (Note du comte Mole.)

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