ATTITUDE DE LA NATION
« — Il est certain, Sire, que la nation vient de fournir des preuves multiples de votre irrésistible ascendant sur elle. L'opinion était contraire à la guerre qui vient d'amener tant de malheurs. Le commun dos hommes reste étranger aux calculs d'un haute politique ; il ne pouvait comprendre que la guerre contre la Russie servit de terminaison à un vaste plan ayant pour but la grandeur et la prospérité de la France, en fermant à l'Angleterre le continent si elle se refusait à faire la paix. Les Français, en masse se sont écriés: « Qu'allonsnous faire en Russie? » C'est ce qui fait que de toutes les guerres entreprises par Votre Majesté, celle-ci pouvait le moins se passer de succès.
« — C'est vrai, ce que vous dites est juste ; aussi ne puis-je assez répéter que j'ai été content de la nation. Je la connais, je sais ce qu'elle dit de moi, qu'elle me redoute plus qu'elle ne m'aime, qu'à la nouvelle de ma mort, elle se croirait d'abord soulagée. Mais croyez-moi, cela vaut mieux que si elle m'aimait sans me craindre. Le peuple français, depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, a toujours été le peuple qui a eu le plus besoin d'être gouverné, et par conséquent de craindre ceux qui le gouvernent. Il aime la guerre et les souverains qui la font. Je veux faire la paix moins encore à cause du dégoût où l'on est de la guerre, que parce qu'il y a trop longtemps que le sang coule et qu'il est temps de l'arrêter. Mais je le ferai sans laisser entamer le territoire démon empire ; je ne céderai pas même les villes hanséatiques; je suis sans aucune inquiétude sur la campagne qui va s'ouvrir, et les événements qui s'ensuivront. Si j'en avais, je vous le dirais. Mais je suis sûr de battre les Russes, ils n'ont pas d'infanterie. La défection de la Prusse me donnera des moyens de compensation. Il est heureux qu'elle se
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soit tournée contre moi ; je placerai sur l'Oder les bornes de mon empire, là où elles devaient être placées un jour, et je pourrai ofTrir à mes ennemis et à mes alliés, des compensations honorables et suffisantes.
<( — Sire, vous pouvez seul avoir le secret de vos forces, mais il ne faut pas vous le dissimuler, votre sécurité est loin d'être partagée universellement. Bien des gens voient déjà les Russes sur le Rhin ; chaque journée, des nouvelles alarmantes sont mises en circulation; tantôt c'est le second ban que vous allez demander, tantôt c'est l'Autriche qui se déclare contre vous, et ces rumeurs, protégées pour ainsi dire par l'inquiétude générale, se propagent et se répètent de bouche en bouche sans que votre police puisse l'empêcher.
(( — Le bruit de la levée du second ban a répandu une tristesse salutaire et qui fera supporter avec plus de résignation la nouvelle levée sur le premier ban, que la déclaration de la Prusse va me forcer à deman- .der. Quant à l'Autriche, je ne pense pas que jamais elle se déclare contre moi, et sa conduite prouve bien que le meilleur acte de ma politique a été mon mariage. Peut-être avez-vous entendu dire que les Bourbons remuent, mais vous ne devinerez jamais comment je l'ai découvert. Figurez-vous que l'Autriche, ayant appris avant moi que le comte de Lille avait fait une proclamation qui montrait de nouvelles espérances, en a pris beaucoup plus d'alarme que je ne l'aurais fait, et a fait demander, par son envoyé à Kalisch auprès de l'Empereur de Russie, s'il avouait cette proclamation et ce qu'elle signifiait. Alexandre s'est empressé de rassurer l'Autriche, en désavouant la proclamation et en déclarant que personne ne méprisait plus qiie lui les Bourbons et n'était moins