‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 93 sur 203 · UNE PROCLAMATION DU COMTE DE LILLE · texte numérisé non relu

UNE PROCLAMATION DU COMTE DE LILLE

<lisposé à ressusciter leur cause. Il a ajouté que d'ailleurs il n'avait aucune haine personnelle contre l'empereur Napoléon, que j'avais voulu injustement lui faire la guerre, et qu'il serait toujours prêt à faire la paix à de certaines conditions. Ici, à Paris, ce sont les Defermon, les anciens conventionnels, les révolutionnaires enfin, qui m'ont donné l'éveil. Ainsi à l'intérieur, ce sont les Jacobins; à l'extérieur c'est l'Autriche, qui me servent de sentinelles avancées contre les Bourbons. » (L'Empereur riait presque aux éclats en me disant cela.)

« — Sire, répliquai-je froidement, j'ignorais entièrement cette proclamation. J'avais seulement entendu dire hier que le comte de Lille était mort, ce qui me paraissait un malheur pour sa cause, puisque sa mort faisait passer les droits qu'il se croyait à la couronne au prince le plus impopulaire et peut-être le plus arriéré de sa famille.

« — Comment, s'écrial'Empereur, vous ne saviez rien ■de tout ce que je viens de vous dire ? Il parait cependant qu'il y a en ce moment un petit mouvement d'opinion en faveur des Bourbons. On pense à eux. Les révolutionnaires en ont été alarmés et ils sont venus m'avertir que le Faubourg Saint-Germain remuait.

« —Qu'il remue. Sire, c'est impossible, qu'il parle, c'est probable. II faut s'attendre que, pendant longtemps encore, le gouvernement établi en France n'éprouvera pas un revers, ne sera pas mis en échec, sans que les Bourbons et leurs partisans ne reprennent quelque espérance.

« — Eh ! sans doute, il n'y a pas longtemps que les Stuarts ont abandonné la partie. Au reste leur proclamation est maladroite ; elle doit faire croire à l'archichancelier lui-même qu'il serait pendu à leur retour.

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