UNE PROCLAMATION DU COMTE DE LILLE
Elle est bien du comte de Lille. On y reconnaît son style d'homme de lettres, plein d'antithèses et de rhétorique. Il s'adresse particulièrement à la noblesse qui m'environne ; il promet à chacun de le confirmer ■dans ses prérogatives et ses emplois. Mais pour la première fois il ne garantit pas la validité des ventes <les biens nationaux; il dit seulement qu'il n'a pas à s'en occuper. En Angleterre le parti de l'opposition a pris aussi de l'ombrage de cette pièce. Il a demandé en plein parlement aux ministres s'ils la connaissaient, et les ministres l'ont désavouée en déclarant qu'elle avait été publiée à leur insu, et qu'ils ne penseraient jamais, quels que fussent les événements, à donner pour objet ou pour résultat à la guerre le rétablissement de la Maison de Bourbon. L'archichancelier et Talleyrand, à qui j'ai montré la proclamation, l'ont trouvée maladroite. J'avais envie de la faire mettre dans le Moniteur, avec les débats du Parlement d'Angleterre, mais ils ont pensé, et j'ai fini par penser avec eux, qu'il valait mieux n'en pas parler.
(( — Sire, j'aurais partagé cet avis.
(c — Comment n'aviez-vous pas entendu parler de tout cela?
K — Sire, je l'ai déjà dit à Votre Majesté, le bruit ■de la mort du comte de Lille était seul arrivé jusqu'à moi.
« — Il est vrai que ce bruit a couru aussi. C'était encore une manière pour les Bourbons de se rappeler à l'attention publique et de pressentir le souvenir qu'on leur conservait. Au reste, je ne puis croire que la proclamation elle-même, si elle eût été plus connue, eût fait une grande sensation. Trop d'intérêts en France s'opposent au retour de ces princes ».
« Puisse recueillant davantage :« Il n'y aurait qu'un
193 l'empereur cherche une aristocratie.
d'Orléans... ; mais je ne le crains pas. Le duc d'Orléans a des principes qui lui feraient refuser une couronne qu'il regarderait comme usurpée. Quant à tous les autres, ils ne peuvent être rappelés par aucun parti. En résumé, la nation ne rappellera, n'acceptera jamais un membre de cette dynastie dont elle a égorgé le chef, mais elle pourrait, dans sa lassitude, se le laisser imposer. La barrière la plus forte à opposer à leur rétablissement, aussi bien qu'à celui de la république, serait une bonne aristocratie, fortement constituée et vraiment intéressée au maintien de la dynastie nouvelle. Mais où en prendre les éléments ? Il est toujours à craindre que les anciens nobles ne regrettent au fond de leur âme leurs anciens rois. D'ailleurs les nouveaux nobles manquent de foi en eux-mêmes et haïssent les anciens. N'ont-ils pas aussi des familles qu'il est impossible d'anoblir ? Combien de colonels sont frères de femmes de chambre ?
(( — Sire, vous savez qu'un de vos conseillers d'Etat aun frère balayeur des boues dans Paris. »
« Avec un profond sentiment de tristesse : « Allez, mon cher, ma tâche n'est pas facile. Le temps est un ingrédient auquel je ne puis suppléer. Je ne puis avancer que lentement vers le but; c'est encore le plus sûr moyen de l'atteindre. Dans vingt ans, je pourrai songer à faire des institutions. En attendant, il faut aller au plus pressé. La régence pourvoira aux besoins du moment, c'est-à-dire aux périls que pourrait faire courir mon absence.
« — Sire, il sera en effet d'une grande importance que Votre Majesté laisse le gouvernement à l'Impératrice pendant qu'elle n'y sera pas.
<( — Oui, sûrement je le lui laisserai. Je veux qu'elle préside le Sénat, le Conseil d'Etat. Je laisse auprès