‹ Le comte Molé, 1781-1855Chapitre 95 sur 203 · TALLEYRAND JUGE PAR NAPOLÉON · texte numérisé non relu

TALLEYRAND JUGE PAR NAPOLÉON

d'elle l'archichancelier, qui a la confiance de tout le monde.

« — Et qui la mérite; c'est un homme d'affaires consommé, vieilli dans nos orages, plein d'expérience et de modération.

(( — Ajoutez àmoi dévoué. Vient ensuiteTalleyrand, ennemi naturel de la république et des Bourbons. Son intérêt me garantit sa fidélité, bien plus que son caractère.

« — C'est un homme de beaucoup d'esprit, de beaucoup de ressources, et qui jouerait un grand rôle après vous, parce qu'on croirait que seul il pourrait négocier la paix.

« — Sa réputation est due en partie au hasard qui, plus que son mérite, lui a fait négocier et signer plusieurs traités de paix. Je vous jure que je ne pourrais pas dire avec vérité que j'en aie tiré un grand secours, ni qu'il m'ait fourni de ces expédients qui prouvent un esprit vraiment inventif, et qui révèlent une profonde habileté, et je ne pense môme pas qu'il soit, comme vous le disiez, un homme de beaucoup d'esprit, surtout d'un grand esprit: il n'y a qu'à regarder sa vie. Il était par sa naissance et par son état, un des premiers personnages de la noblesse et du clergé, et il a contribué de tout son pouvoir à leur chute. Revenu d'Amérique après la Terreur, il a achevé de s'avilir en s'attachant publiquement à une vieille fille sans esprit. J'ai voulu, malgré lui, lors du Concordat, le tirer de cette ordure en demandant pour lui au Pape le chapeau de cardinal, et j'ai été tout près de l'obtenir. Eh bien! il n'a jamais voulu me laisser faire, et il a, malgré moi, épousé, au scandale de l'Europe entière, sa honteuse maîtresse * dont il ne pouvait même espé- 1. Il s'agit ici de M""» Grand, que Talleyraad épousa en etfet. Mais 1. U

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