‹ Le comte OmnibusChapitre 10 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

110 LB GOSTE MNIBUft

— Vous savez ce que je voiis ai dit? Soyet biefH sur V6^ gardes^ ear e6U6 morsiiPd-lit tooft jdaetd nn tnau- Tais lour I wa ith$ matiYaiistDar.

Ge disHuity Baudraie sfcoaail la ttte dela plujilii^ gubre faQoiii

— Vous voil2i bito et dftilient a?ef ti^ fiitit-il par dirt siar uti ^n sec qui^ poxtr Peyfade^ seateit sa dficlaihition de guerre.

Gomme tops les colosses dcr fofee^ Fes-itLaliu^&cturieri§tait une de ces natures sanguines etirascibles qui, k la moindre contrariety, se soukgent par un emportement brut^l.^Mais le docteur^.ayec ses grands bras, ses grsAdes ysKqjf^ ^on grand sourire, sa face moqueusaet son sang-froid Imperturbable, avait sans doute une puissance de fascination, car Peyrade, malgr^tous ses effoBtstpoursecouer la stupeur qui leparalysait, resta boiich^ b^ante, dans un 6tat d'immobilit£ dont ses invites sa fteraient aperQut si, k ce moment^ la tois de Goberjii, da senil du ^kloi^ n^ayaiti ^h ce nom d'un arrivant : i/^ * >

-^M/Grondier*

Le nouveaa notaireBeressemblait plus en rien J/fgtkv- Qon viveur qui, ^oelquet mois aupararvant,. ^asplDatit stt vie dans une crisivet^ nfineuse. Si le fienx tabellie»i^ son p^re, 6tait revenu en ce bas monde y il aurait 6l6 fort ^tonni de reeonnaitre le mattvais suje^ ta^geur et d^pensier^ dont TaTenir Tavait taift fait tremblei', dans cet homme au maintien pos4^ k Tallure grave, adi visage s6rieui et triste qui, apr^s raniiK)Bee de sofk nonif apparut dans le salon.

D'oti venait, chez le jeune notaire, ce cba%eaiei>t qui, du jour au lendemain, Favait airraeh^ k soa existence de d6bauch67 C'est que chea Grondier^ dont la nature honn^te avait 6t6 d'abord Stoof die? par la fou-

lES FlLLBd M ItllllOlfNAItlE lit

gue dd la jeuiies»e, il y avait ett aft cri de la eonscience qui Tavnil arr6t6 au bord da Vabime, k ce moment soprtitie qui le s^parait d'one infamie. La faute lui ^it appurue criminelle el t&cbe avant qu'il s'en fC^I refida cotipable. Alors, 6pdoTant6 de s'6tre )aiis4 entraiMr inr aD« pareilie pente, il avait reAsenti un digoiit subit et profond pour cette inconduite qtti, pett k pea, atait ^nerri son sens moral. Une conversion soudaities'6tajfiopir6eenlui, conversion que les dernier^ conseils de son p^re moorant ataient contriba^ k rett* itB plus sincere eticore.

Poor ravirer don repentir dd pa^s^, tin fait $'6lait proddit qnelques jours apr^ que Grondier ^tait de-' Tenu notaire.

Un matin 6taient entries dans don cabinet deux ientres fi))«8 qai'venaient demander eompte ded bribes de la fortune qne ta mort subite de lelir p^re ayait hhffte 0ntre les mains hit^gres de M. Grondier p^re:

Profonde ayait bit la stupefaction du notaire debutant lorsque ses'jeunes clientes lui ayant d6elar6 6tre les fillds Stor^re, il s'itait vo en presence de visages qoi ItA eiaient complHement inconnus.

Quelleil etaieiit done celles que, sons ee noil}, ii passion avait poursuivies ?

Alors lui revinrent en mSmoire toutes led afflrmatioif9 deRoudiac. L'aigrefin, tout en le pbussant, k son m% dazH nne voie fnn^sie^, h'atait-il pas en I'adresse, mais en s'y prenant de fagon k n*6tre point cru, de luf declarer qne celles qa*il eontoitait et qii'il s'obstinait

pr^tendre 6tre les enfants du d^funt Stdr^re, etaient

sftlles dePeyrade.

Lors de la settle de Foniainebleau , il avait eo

orrear de lui-m^me an moment de commettre un nine ; tiiais par cela m^me qu'il etatt demeur^ innocent

li!2 IE COMTE OMNIBUS

^ du crime, celle qui avait M sur le point d'en 6tre la victime n'avait laiss^ dans son kme aucun remords qui la lui rendit int^ressante. Bien persaad6 qa'il avait eu afiaire h une des filles de T^picier, il s'^tait donn^ cette excuse isa conscience que celle qu*il avait volontairement 6pargn6e, avait suivi en voyage son siducteur Peyrade.

Or, en pr6sence des demoiselles Stor&re qui s'offraient k ses yeux pour la premiere fois, force avait £t6 k Grondier de reconnaitre son erreur.

Alors.une reaction se fit dans le cceur du jeune homme. A son indifference un peu m^prisante pour celle qu*il avait tenue ^vanouie entre ses bras, succida un violent d6sir de la retro uver. Cent fois il crut entendre ce cri de gr&ce, jet6 par la jeune fiile avant de perdre connaissance, ce cri tant d^sespiri qu'il avait 6veill6 la piti^ dans son kme et qu'il Tavait fait fuir, apr^s lui avoir enlev6 Taudace d'accompiir sa mauvaise action.

— Je r^pouserai, se dit-il.

Mais, lui aussi, quand il fallut 6crire k Peyrade avec lequel, comme notaire g6rant les affaires de Tabsent, il etait en correspondance r6gl6e, il eut aussi k se po- ^ ser cette question :

— Laquelle ?

Gar, aveugie par les Eclairs, il n'avait pu reconnai«tre celle des deux sceurs dont il avait escalade la fendtre.

— Quand je serai devantelle, mon ccBur me la d6signera, s'^tait-il dit.

De Ik s*en 6tait suivie cette singuli&re demande de de-

venirsongendre, adressieau manufaclurier, sans que

mention fiHt faite de celle des deux soeurs que concer-

I nait cette demande. Si strange que fiHt sa pr6tentioxi

LES FILLBS DU MIUIONNAIRE H3

de se faire d'abord admetlre comme gendre en renvoyant k plus tard de faire con aaitre son choix, Grondier avail 6t£ incite & la maintenir par la connaissance profondQ qo'lLavait du caract^re de son ancien compagnon de plaisirs.

— Tout ce qui est excentrique doit le s6duire, s*6tait-il dit.

De fait, il avail eu raison, puisque Peyrade avail accept^ sa proposition, soil qu*il y fiit pouss6 par un motif secret, soil que son cynisme Irouv&l dr61e celle mani^re de marier une de ses filies.

Done Grondier, en se pr^senlanlchez le millionnaire y venail faire son choix.

Au milieu du murmure de conlentement des invil6s, car, dernier allendu qu'il 6lail, son arrivie pr6sageail au^ afPam^s Touverlure prochaine des portes de la salle k manger, le jeune notaire se dirigea vers Peyrade que le docleur Baudraie venail de quitter pour alter serrer la main au comle de Bl^ves.

Pendant son court Irajet k la rencontre du maitre de lamaison, Grondier avail embrass^ d*un coup d'ceil tout le groupe de ceux qui se trouvaient dans le saloa et, en ne voyanl que des hommes, son regard, quand il letourna vers Peyrade, contenail une question que celui-ci comprit, car il se h&ta de dire h mi-voix ^I'arrivant :

^ Patience, mon cher. Dans la soiree nous serous en petit comity.

Et' ii tendit la main k Grondier qui, de son c61£, avanga la sienne pour la pressor.

A ce moment, soil que rappitit impatient rendlt les invites taciturnes, soil que I'enlr^e du lard venu eill distrait rattention g6n£rale, il se fit un petit temps de silence.

114 LB GOKTE OMMIBUS

8euls, Bau4raie efc M. da Bl^tes, qui se tenalent daas ua coin du salon, avaieat continue de causer. II arriva done que, bien distinctemeni, Peyrade et Grondier entandirent ensemble ces mols dits par le docleur au comte qui, saus doute, lui parlait de son malade :

— Oui, le dernier de ious cas nombreux exc^s, qui ont ruin6 la sanl6 de mon cher client, a eu lieu ici mdme, chez notre aimable ampbitryou d'aujour.d'bui. G'^tait k un diner oti, m*a racont^ M. de Maucieui^, on $*6tait fort aa)us6 d*un certain Stor^re.

Gomme nous Tayons dit, au moment ml^me oil le docteur prononi^ait ces mots, la poigni§e de main s'6changeait entre Grondier et Peyrade.

Au nom de Stor^re, qui i cbacun d*eux rappelait une action coupable, il y eut chez les deux hommes un mdme mouvement convulsif involontaira, qui leur St se serrer les doigts plus vigoureusement qu'il n*est d'usage.

A cette double pression, r^tonnement se peignit sur leur figure.

Puis cbacpn plong^a dans le$ yeus de Tautre ua regard interrogateur, comma si Tun et Tautre yepaieafc d^^tre surpris par une peas^e secrete.

Ensuite laurs mains, qui se desserr^rent, parureot se retirer une avec sorte de precipitation qui auratt pu se prendre pour un mouvement de repulsion.

A ce moment, les portes de la salle k manger s'ouvrirent et le groupe des aifam^s, en se pr^ipitant k Tassaut de la t^ble, s6para let deux hommes.

Apr^s avoir annonc6que la dtner4tait senri, GobArsu s'^tait respectuBusemeat teou k droite da la porte, attendant, pour la refarmar, que le flot des convives eti fait irrup^po d^n;^ la salle k maoger.

De son c6t6, Roudiac, c6dant le pas k tout le moodje,

LES Fltt&S DU MaLIONNAIRE 115

tTatt lentemeol; maii<»airr6 ponir /Itre le depaier k quitter le jsaloii.

— Quel est ee grand escogriffe que je n*ai jamais vu ici? souffla-t-il au domestique en g'arrfttant sup le s<mti de la porte, comme s'il attendait qne chaeun edt choisi sa place pour s'asseoir h celle qui resterait libre.

^ C'est le m^deciQ de If. de Maucieux, prononga 6k>berja entre ses dents.

-* Et puis ? eontinua Raadiaa aride de d^ails un pea plus fioaiplets.

— J'ai bien peur qu'il ne soit un chien dans ao6 qailles.

— Bon k savoir ! pensa le chevalier d-industrie. Apr^s ces mots, tehang^s pendant le brouhaha de

i'installatton, il v^nt prendre place k table snr un sifege, rest^ vacant, qui le mettait pr^cis^ment en face de Baudr^ie.

Sails doute que docteur ^tait de I'avis des gens qui ^Tuacent que, dans ce bas monde, 11 n*y a que i^s honteux qui perdent, car, en cette maison ok il se piisentait pour la premii^re fois, il usa du plfis complet Mas gftne. 8aas jr ^voir ^t^ inviti, il vint se placer k la droite de Peyrade ea cjisant, avec son meilleur sourire, aqi mattre interloqu6 par son assurance :

— Oh! ofa{ la plaea d'honnear{ i moil En v^rit4, ffien cber iiionsieur, je crois que vous a¥ez une trop bonne opinioia do eharma de ma conversation.

Puis, k peine assis, il n'ouvrit plus fon immenie boaehe que pour engloptir les mofceaox, occup^^tion h laquelle il paraissait sa eomplaire grandemept, car sa figure ^p^nouie et ses yeuK tout brillants de gourmandise timolgnaient d^uap pieiae justice rendue k la cpisiaa snuoalenta de son hAt«.

Mais, tout en jouant des mAcboires, le docteur

116 LE GOMTE OMNIBUS

n'avait pas 6t6 sans voir Roudiac, son vis-ii-vis de table. De m^me que son individu avait 6veilI6 la curiosit6 de Taigrefin, Baudraie se sentit intrigu^ par la presence de ce personnage.

— Quel est celui-ci? Figure de coquin,. du rjeste, , pensa-t-iL

Ensuite, comme il se trouVait devant son assiette videe, ce qui arrfttait forc6ment Texercice de ses m4cboires, il adressa un 16ger salut de t6td k Roudiac en lui demandant, sur un ton de bonhomie charman te :

— Vous vous 6tes bien port6 depuis que j*ai eu le plaisir de vous voir?

Etonn^ par cette question d'un homme qu'il n^avait jamais rencontr6, Roudiac n*avait pas encore trouv6 sa r^ponse que Baudraie avait continue :

— Car, si ma m^moire ne me trahit pas, je crois que nous ^tions Tun et Tautre d'une des derni&res f^tes que mon ami et client, M. de Maucieux, nous a donn6es dans son vide-bouteille de Saint-Mand4.

P^s les premiers mots, un pressentiment avait avert! Peyrade que le docteur, en lequel tout lui r6v61ait, depuis quelques heures ^ peine qu'il le connaissait, un ennemi acbarn^, ne s'adressait k Roudiac que pour le toucher par ricochet. Aussi, malgr6 le petit frimissement que lui avait caus6 le nom du village, il attendait, en faisant bonne contenance, Tattaque d6taiirn6e qui le menagait.

En effet, sit6t sa derni^re parole Uchie, le docteur. se frappa le front en s*6criant :

— •• Ah! i propos de ce vide-bouteille...

Puis il se tourna brusquement vers Peyrade :

— Vous savez, mon cher h6te, continua-t-il, que Ton connalt enfin le coupable ?

LBS FI^LBSv DU MIIXIONNilRE 117

— Quel coapable? demand&rent en chcBur tous les invites corieux.

Acette interrogation gin^rale, Baudraie promena autour de la table un regard £tonni.

— Comment? flt-il; personne ne sait ce qui s'est pass6 k Saint-Mand^ ? Est-ce possible I... Mais, vous au moins, monsieur Peyrade, vous ne devez pas I'ignorer.

Le millionnaire se raidit contre le coup droit qui lui 6tait port6, et d*un ton sec :

— Pourquoi, demanda-t-il, moi qui suis arriv6 ce matin de voyage, en saurais-je plus qu6 ces messieurs qui n'ont pas quitti Paris ?

— Mais parce que Maucieux 'a dt vous conter la chose quand, aujourd*hui, vous lui avez fait visite.

— Vous vous trompez. M. de Maucieux ne m*en a pas oavert la bouche.

— Alors, vous docteur, apprenez-nous ce qui a eu lieu h Saint-Mand6, r^clama un convive.

— Oui, oui, contez, docteur ! s'6cria-t-on k la ronde. Mais Baudraie prit un air r6serv6 en remnant la t6te :

— Non, fit-ii, du moment que M. de Maucieux n'a pas cru devoir en parler k notre aimable amphitryon, ilne m'appartient pas d'etre indiscret.

Malgr£ le murmure de d^sappointement qui accueiUit sa r^ponse, Baudraie put entendre le soupir d'all^gement qui venait de dilater la poitrine du millionnaire.

— Mais, reprit-il vivement, il est une chose, par exemple, que je puis vous dire.

— Alors dites, dites, cria Tassistance.

— G*est le chMiment r6serv6 an coupable.

— Ne va-t-on pas le livrer k la justice ? demanda un auditeur.

— La justice? allons done I Elle le rel&cherait peut-

116 is amvE OWUUS

£U*e, Cauie de preuves aic^z convataeantes... et U 8*en tirerait avec la reputation d*6tre seulecnest np aimable foredur* Noa, noa, pas de justice. U ne faut pas Uis'ser une chance d^impaniU k cetbomme qui est le damiar des Itebes #t des mis^rables.

Gd disaai, le m^decin, d'un regard eu dsssoas, Yoyait r^Qorme poing de Pejrr^de se crisper autour du manahe de son couteau.

— Bref, quel est ce fameuz chitiment qui, h l-insa de la justice, doit frapper le coapable? pronon^ Roudiac, lequel, tout d^ suite, avait devin^ que c*4tait Peyrade qui ^tait mis sur la seliette.

— Oh! c'est une id^e bien originale, allezl une id^a qui ne pouvait venir qu'^ un m^deciu.

^^ Alors, rid^e est de fous.,^ avouez*le ; vous ferez ensuitavotre 61oge.

T- Npn, non, malheureusement, elle n'est pas de moi, et je le cegrette< Ge qui me console un peu, c'est que je me suis tromp^ en disant qu'elle 6tait originale, attendu qu^eiie est un peu renouvel^e de I'histoire de cet Angiais qui, ayant pari£ que, dans un d^lai donn6, il verrait un dompteur de b^tes d6Tor6 par ses ani* maux, s'^tait mis, sans jamais en manquer une, k suivre les repri^sentations de ce malheureux hpmme. Ayant eu connaissance du pari et sentant cbaque jour les regards de TAnglais peser sur lui quand il entrait dans la cage, le pauvre diable finit par se laisser envahir peu h peu par une crainte qui, un beau soir d'exercices, le paralysa si bien qu*il se fit d6vorer... L'id^ de mon collogue, je le r^pifete, a beaucoup d'analogie airec cette histoire de TAuglais.

— L'id6el Vidiel I'idfo I cria Tauditoire impatient.

— La voici. Ge m6decin a d'abord commenei par ^tudfer le tempifirAment dfi soo homme qui,*,

LES nUMM BJJ mutonAiRE {19

ApGk« s*4tM anitt swte < qcii 9, fiai|i4fai6 promena, autour de la table, sur tous lof i;0i|v}F9it t|P rfgnrdqui finit par se fixer s^i^ p^yira^^,

nr T^»^^, «t-a, q^i §^\ pficiikmmt de }^ f 9«Bl9Pce

sanguin commie lui, pas plus de cou que }q[.

•^ A^FfeQr Im ji4t«ils J ^ll#s an f#|t I «rp j»ft resistance agac6e par ces prSambuIe:}.

rr EbJ bwft, to diHjt^pF ^'^#4 pif {BR t$|^ 4« feire mourir son miserable ^*^p^file^\^... §^^^ lui fidp adBniais^ffoi' ^^ iuaest^i f ^q; }^ PpiffSser ^ d^s ei^c^s p^rnicieux, mon confr^f*e e^); jntin^^ment p^r$u^4^ gue^ par ^4 seule ^f i^encei Qjt ^ussi par la craiqte perp6tueli^ gui ^e lo|;era| ^ r6tat 4'id6e fixe, daps la cervelle du coij^uiu, i} qbtipndr^ la congestion q^ii dpit

^^porter le4rAIP*-? ^^ 49 ippt* la r6p^t|tion 4^ Tbistoire de TAnglais... Ghaque fois, et ce sera le plus sou- Tent po3$ible, que le doctepr 3e montr^ra k son cond^mn^, celui-ci spnger^ aii genre de mort dont i] est ; w^n^pi. Petit h peti^, ^on cerveau 3*embarrassera; puis les oreilles lui siffleront.; la tdte deyjendra lourjde... ^t, un beap piatin, cfac! son affaire sera r4gl6e.

Gela dit, le docteur adressa une petite risette k Peyrade etil ajouta :

— Ab I oja obtient de bien curieux ySsultats en fair sait trayaiiler Timagination des gens, mon cher amphitryon,

— Tal tal vous nous faites poser, monsieur Bau* draie, ricana un convive sceptique.

— Pas je moins du monde.

— D'abord pour que votre condamni h T^popleii© I toumit de TcDil, il faadrait quil s6t ce qui I'atttod.

120 LE GOMTB OMNIBUS

■M— — II II II > ■■ ■■■ I ■ I I — ^^W*^! I B U M .^^^ . o^MV

— U le saity prononga sirieusement Baudraie.

— Bah t il est pr6veiia ?

•r- Archiprfivenu, je vous le jure.

A mesure que le m£decin avail parl6, Peyrade s'6tait senti pris d'une 6pouvaat6 indicible contre laquelle il Youlut r6agir.

Partant d'un £clat de rire bruyant, il haussa las 6paules 6n s'^criant :

— Quelle plaisanteriet ce n*est pas possible I Yous nous les contez trop fortes I

Baudraie tendit son 6norme main ouverte k Texmanufacturier et en souriant :

— Voulez-vous parier que, dans un mois, noire homme sera en terre?... La chose est m6me tellement possible que,, comme je parie k coup sAr, Tenjeu ne sera que de dix sous... La vie de ce miserable ne vaut |)as plus.

A ce ridicule enjeu de dix sous, ce fut, autour de la table, un 6c1at de rire g6n6ral que Baudraie, en souriant, laissa s'apaiser avant de reprendre d*UQ ton gouailleur :

— Oui, dix sous,.c'est pen, je le sais... Et pourtani, je suis certain que M. Peyrade n*acceptera pas la gageure propos6e.

Si plaisante qu*elle fdt pour tons les convives, k Texception de Roudiac, la sc^ne avait profond6ment trouble le millionnaire, bien qu'il se fAt efforc6 de paraltre indifKrent k ce r6cit du docteur, qui, comme un glas fun^bre, semblait annoncer sa mort.

Au difi du m^decin, qui mettait son courage en doute, il fit appel k son 6nergie et en se redressant d*un air £tonn6 :

— Pourquoi done n'accepterais-je pas le pari? de-

-manda't-il. Serait-ce parcrainie deperdre cet£norme enjeo de dix sous ?

— Non, ce n'est point k cause de cette crainte-Iit r6pliqua Baudraie d*une voix goguenarde qui devait, forciment, engager ramour-propre du manufacturier.

r- Alors quelle autre crainte? insista Peyrade par bravade.

— De ce que j'ai dit que le condamn^ avait votre corpulence et votre temperament, vous 6tes capable de croire que le pari vous est personnel et de vous mettre k trembler pour vous-mdme, avoua 3audraie avecTaccent d'une naivete complete.

Gette supposition fit mi^uz encore pouffer de rire la galerie dont queiques membres s'6cri^rent :

— Au fait, c'est possible t

— Pourquoi pas?

— Peyrade est homme k s'effrayer,

A ces apostrophes qui excitaient sa vanit6, le mil- . lionnaire haussa d6daigneusement les 6pau]es.

— Oh! fit-il, si ce n'est que cela, jetiens votre pari, docteur.

Le malheureux avait k peine pass6 le cou dans le lacet tendu par Baudraie que ce dernier se h4ta de le serrer en ajoutant :

— Ainsi vous 6tes sdr de ne pas trembler pour votre compte, quand je vous apporterai des nouvelles de mon condamn6 k Tapoplexie?

En guise de r6ponse, Peyrade haussa une seconde fois les ^paules d'une faQon plus m6prisante encore pour cette sorte de danger, dont on pr61endait qull aurait peur.

— Heul heul fit Baudraie en secouant la tete d'un

123 ts couxB oumwn

air d« douia doat la for&ilteri^ ii« i^anufapturiar

s'irrita.

— Ahl Qi, dit-il, m0 pre|^e?-irou« pouF up§ vieille

-^ Hon, mais j'p bian ^m da yop« pmpflf^M^ m second pari, avan^a tranquillement Baadraie.

— ' Vpyppp c§ §apoiid p^fi-T- Par^e^i docte^p. Gare i vous, Peyrade ! s*6cri^rent tousles convives quig'a^^- ,«a|ept fppf.

geql des assista))^, BA^djac n^it cqpsciencQ q^e I'adroit n^^decin aUirait le pt^il^qpnaira v^rs uue issuQ /atale.

— II roule cet iml)6Qfl(?, 93 disait-il.

Cepepd^t Ip (iocteur avait repris :

— Non seul^fpe^qt je vous pafie dix sous que noire homme sera mort dans up mois de Vapopiexie annonc6e; mais, encore, je vous parie vingt mille francs que...

— Oh I oh I dix sous et vingt mille francs.. . il y a un fameux 6cart entreles deux gageures... Que quoi? docteur... Vous pariez vingt mille francs que... quoi? interrompit bruyamment la galerie.

— Que M. Peyrade, si brave qu'il soit, n'aora pas le courage, tous les matins, an presence de deux t^-. moins, que nous allons choisir parmi les personnas ici pr6sentes, de me recevoir pour m^entendre lui donaer des renseignaments sur Titat de sapt^ du coadamni at sar las certitudes de Tarriv^o de Tapoplexie.

Peyrade comprenait que )e m^decia avait d^plac^ la question. II ae s'agis^ait plus maintenant (I'pn homme que Tidie fixe de Tappple^e ^evait terrasser au bout d^un mois. Ce que le m6dacin 6tait, iosensiblemeot, paiTenu h demander, c*6tait h venir, chaque jour, par sa presence, non saulement ampfecher cett§ i(J^e fixe

LKS FII.L6S DU VIUiOVIfAlBB: 133

4e I'^teiadM, maift 6acorf» la vendr^ plat Uoaedi et, yaetont, plm funeste.

Ifais, aoujB l^a?oa« d^ji dit viogt foU, le ea|?lictibre ^rotal da maaufacturier 6tatt toal de fanfarottiiade et da vanity staptde. Bien qa'uaa peup terrible Ib mordit flu eoiur, il voaluC tenir boa dexranl ses tnvitis at, apri»s avoir appel6 sur ses l^vres un sourire de d^daia, il r(§pondtt :

. — AllonsI paisquB vouft vouUe df&ctdimeat perdre wiagt milie francs, moa cher docieur, ja tieas Totre pari.

An liaa de tiaioigner la aatisfactioa d'un homme arriv6 h ses fins, Baudraie hocha la tdte en disaat d'ua ton tout i la fois boa enfant et protecteur :

— Non, tenez, loat biea riifliichi, je retire aioa parL.. par int^rM poor voua.

Peyrade eut la conviction que ee pas de retratte du m6decin 6tait une ruse, mais sa forfanterie idiote le poassa ea avapt et il ripUqua :

— Messieurs, vous 6tes t^moins que le docteur renooce k sea theories sur rinflaeace de rimagination.

Les plaiiianteries et ies hu^es des convivjBs se mireat k pieuvoir »ar Baudraie, qui re^ut Taverse ea riant de bon coegr et ea faisant de la main un geste pour r^clamer le silence.

— Ecoutez done, dit-il enfin. G'est justemeat parce que je maiatieas plus que jamais ma thtorie que, par int^rM pour noire excelieat M. Peyrade, je le tip^te, je ae veux pa3 le soumettre k T^preuve.

Cette esp^ce de cli§meace du midecin fut ua coup

d'6peroa pour le maaufacturier qui repartit au8sit6t :

— * Alors, c'est dire quQ je suts uae poule mouiU6e.

— fJou, aon, cher monsieur, je vouscrois, au contraire, un moral bien tremp6... mais comme d'autres,

tout aussi forts que vous, qu'on avait soumis k diyeiv ses experiences, n'ont pu r^sister, je regarde comme tout k fait ioutile, pour une sotte plaisanterie apr&s boire, de sacrifier un b6te aussi aimable que vous Tfetes. Tout cela ayait 6t6 d6bit6parBaudraiesurun ton de piti6 un peu ironique, qui s'accentua plus fort quand ilajoutaces mots:

— Encore une fois, je le dis, par int6r6t pour vous, je refuse de gagner vos vingt mille francs.

Puis apr^s Mre rest6, un instant, la bouche ouyerte comme si, sur le point d*aj outer quelque cbose, il eftt renonc6 k prononcer sa pbrase, Baudraie se mit k rire en disant :

— ^^Non, mieux vaut me taire... il ne faut jamais pousser les fous k faire une folic.

L'affaire en restait Ik et Peyrade 6tait sauy6 si un des conviyes ne se fdt 6cri6 :

— Dites, dites, docteur.

— Oui, oui, faites-nous part de yotre pens6e, ajouta un autre curieux.

Baudraie ne tenait sans doute pas k 6tre beaucoup sollicite de parler car, imm^diatement, il reprit :

— Je pensais k ce qui serait in^yitablement arriy6 si j'avais lalss6 M. Peyrade tenir le pari.

— Quoi done? fit le choeur.

— A force de me yoir venir, chaque matin, ayec mes deux t6moins, lui dire : Mon homme a le sang qui s*aIourdit ; sa vue se trouble ; les ^blouissements rinqui^tent ; les oreilleslui tintent, etc., etc., M. Peyrade, pris de peur en sonjf^eant qu*il est de m^me temperament que le condamnS, se serait si bien imaging qu'il ressentait les mdmes sympt6mes d*apoplexie que, un beau matin, il m'aurait suppli^ de le saigner aux deux bras.

LES JFILLES DO HILLIONNAIRE 125

Et en s'adressant au millionnaire :

— Avouez, cher monsieur, ajouta Baudraie,* que, ce jour-lk, las t^moins et moi nous aurions bien ri de voire pr^tendue force morale.

L'orgueil f6roce de Peyrade ne put accepter T^clat de rire dont ses convives venaient de saluer les derniers mots du m6decin. Cette gaiety de la gaierie lui sembla dtre un d6fi qu'on lui adressait. Alors, bfttement, il tendit la main au docteur en disant d'un ton sec :

— Je tiens toujours le pari. Et couard qui s' en d6dit.

' — Ah I ma foi I puisque vous fe voulez absolument,' va pour les vingt mille francs I prononga gaiement le m^decin en touchant la main de Peyrade, aux ap« plaudissements de toute la table.

Ensuite, quand les bravos eurent cess£ :

— Ainsi, c'est convenu, reprit-il, tons les jours vous me recevrez. Et mes t6moins seront Ik pour constater le cas oil vous me refuseriez votre porte... puis nous deviserons ensemble sur r6tat de sant£ du condamn6 h Tapoplexie.

— Oui, c'est convenu, r6p6ta Peyrade.

— Convenu aussi, continua Baudraie en riant, que j'aurai gagn6 dix sous si notre gredin est mort au bout d'unmois... et que j'aurai perdu vingt mille francs si, pass6 ce m6me d61ai, vous avez r6sist£ k ce que j'appelie I'influence de I'imagination.

— Encore convenu, dit le millionnaire.

— Reste maintenant k me choisir mes t^moins, ajouta Baudraie en promenant son regard autour de la table. Yous, monsieur, acceptez-vous ?

— J'accepte, dit Roudiac auquel s'adressait la question.

— Et vous, monsieur ?

196 ^ LIS GOMTS OMmBfJS

— J'accepte aussi, r^pondtt Groodier^ l6 secood in-

Gela fott, le docteur lira sa moutre.

— A present, men cher fa6te, coatinua-t-il, \q vous •r^iame ma liberie, car la safit^ d« M« 4e IjlL^u^iwx ne me permet pas une abseaoe plus loogue.

--- Le temps d'ua mideein appariient de 4i*oH % ceax qui souffrent, dit Peyrade, eo se ievaot pofir ra* conduire le parta&t.

Loin de s'opposer k cette politesse, Baudraie sp laissa aeconpagner. Quaod fls tr^kver^^reat le ^alon, }e docteur s*arrMa :

— Ah I flt-il k Toix basse, permeite^-moi d^ ypu$ douoer uu conseil.

— Lequel ?

— Mettez done vos affaires ea ordre.

-^ Pourquoi ?

— Paree que, daas uu mois, la torre S0ra d6l)arra$sie d'ua mif Arable que fous coanaisse^ iuUm^pieiit.

Sur ces mots dits da tou 1« plu^ i^imable, Baudraie ouvrit la porte de I'antichambre et disparut.

Terrific par ^t ^dieq (li; docteur qui V^y^it hi^%^ interdit, Peyri^d^ reviijt j§pr ses pa^ et, sous la coijp 4« I'^fflQ^PO ppigp^fJie qui Tabattait, il pp §oug6a pas, avant de rentrer dans la salle k manger, k compospr pa figure. A son apparition, uu ^[Jfuce gl4c|a} et en

quelqne sorte effray^, se 8t imm^diateiuent panni les convives dont tous les regards converg^rent sue La face bl^mie et sombre du rentrant.

Get aectieii ^tait, ea pariie, dt k Roudtais, Sitdt apr^s le depart du doeteur et de Pejrrade, At alors que les invites s'^tail mis k s^6gayer sur le siagulier pari engag4, Roudiac qui, grand p^cheup ea eau trouble qu'ii Malt, avait, naturellement, tout intdrdt it agiia^ Teau, s'i^taitdit avec inquietude :

-^ Diaatre ! ce Baudraie veut me tuer mon futur beau-p^e en un mois... Bonne id6e... !... En ua nnois, j'ai graudement le temps de brasser moii affaire... Done il me faut aider le doeteur.

Gomme les assistants plaisantaient toujourSf il se mit h seeouer tristecaaot la t6te eo d^bitaot d*une voix lugubre :

--^ Je erois, messieurs, que oons avoas grand tort de rire ; car, si comique que nous paraisse la lubie du doeteur, ja ae sais quoi me dii qu'elle peut devenir funeste k M. Peyrade... II ne faut pas joueravec Timagination des geas, surtout quand riea ne nous assure que ces gens soient dou6s d'une force morale qui leur permet de telLes ipreuves.

Le ton grave et Tair si§rieux de Roudiac ftrent aussit46t baisser de plnsieurs crai|s la gaieti§ des convives.

— Mais, objecta Tun d*eux, Peyrade est un gaiUard dont le moral est solidement tremp^.

— * Heu I heul qui aait? fit Roudiac.

t]e fut sur ces demiers mpts qu'eut lieu la rentr^e da Pefrrade dout le visage alt^r^ apparut aux invites pour donner raison h Roudiac.

Au silence d'<§tooiiem^iit qui l'acci|eitJit, Pejrrade, BIX peoaant qu'il ayait oubli^ de leommaod^r k son iroubld, pompi^it le §0utiment de curiosity alaroi^

128 ' LE GOMTE OMNIBUS

qui le faisait ainsi d6visager par ses convives et, aa plus vite, pour effacer Teffet produit, il 6clata de son bruyant rire en s*6criant :

— Hein 1 Gonvenez avec moi que \e docteur est un fac^tieux original 1

Mais ce rire reientit teliement faux que Tembarras de rassistance, loin de se dissiper, allait devenir plus profond encore si, h ce moment, rapparilion de Goberju qui ouvrit, h grand fracas, ies deux battants de la porte, n'avait annonc6 que le caf6 attendait Ies dineurs au salon.

Pour secouer le malaise moral qui I'^treignait, chacun s*empressa de se lever.

— Maitre Peyrade a beau se raidir, il est touch6 h Taile, se dit Roudiac qui, comme au commencement du repas, fut le dernier k suivre Ies autres.

De mdme aussi qu'au d6but du diner, Goberju I'attendait au passage, raide comme un piquet k c6t6 de la porte qu'il allait reformer d^s que tout le monde serait entr6 au salon.

— II y a du neuf, souffla-t-il h son associ6.

— Quoi ?

«— Nanette, la femme de chambre de ces demoiselles, est venue, de leur part, me charger d*avertir le patron qu'elles 6taient prates k recevoir la visite annonc6e.

— Une visite? A dix heures du soir?... Qui done attendent-elles? pensa Roudiac 6tonn£.

Ensuite, tout bas, au groom :

— Fais ta commission quand tu me verras causant avec ton mattre, dit-il.

Alors s*avanQant vers le gu6ridon sur lequel le caf6 6tait servi, il y prit une tasse et, tout en remuant le Sucre avec sa cuiller, il se^ dirigea k petits pas vers le

ms FIUES DU HILLIONNAIBE 129

millionnaire. Celui-ci, profitant de la distraction de ses convives, tons empresses autour du plateau h, cafi, s'^tait vivement rapproch^ de la glace de la chemin6e et, accoud^ snr le marbre, le regard anxieux, il examinait son visage comme si d£j& il s*attendait ^ d^couvrir sur sa face quelque pronostic du prochain accomplissement de la prediction sinistre de Baudraie.

— D£cid6ment, il a peurl pensa Houdiac arrivi derri^re le colosse.

Puis, k haute voix :

— Med compliments sur voire cave, mon cher h6te, dit-il en Tabordant.

A CCS paroles, Peyrade fit brusqi&ement volte-face.

— Oui, continua Roudiac en envoyant, sur le bout de ses doigts, un baiser en I'air, vos vins sont exquis et je leur ai largement fait f^te... Aussi suis-je certain que, comme vous, je dois avoir le teint quelque pen enflamm^.

— Ah I j*ai le teint enflamm6 1 fit Peyrade en sur* sautant de peur subite.

II se retourna vivement vers la glace, dans laquelle il s'examina encore. Mais ce mouvement de frayeur n'eut que la dur6e de T^clair, car, tout aussit6t, il se remit en face de Roudiac en disant :

— Ma cave, mon ami, sera toujours k votre disposition quand il vous plaira d*en appr6cier les crus.

— C*est presque m'inviter k revenir souvent, d6bita le matois entre deux gorg^es de moka.

— Mais, appuya Peyrade, n'allez-vous pas venir tous les jours chez moi?

Roudiac ouvrit les yeux d*un homme qui ne comprend pas.

^- Sans doute, n'6tes-vous pas un des deuxt^moins

idO tM (xntTE mimttB

qui doivent accompagoer le docteur dans fist tii^Ue quotidiedii&fVoGS savez Men?... Notre pari.

Roudiac eut Fair de revenir des indes^

— Ahlotiii c'est vrall fli-il... Tie&sl vou4 ppernsesj done encore I cetle ballYerne, tao9? PenAr nift party j'avone que je n'y songeaas p\m.

— Baliverne est le trat mot... et c'esn dan? c» sen^ que j'en parlais, croyez-le, r^pliqua Peyrade d'un ton de nioqtierie dMatgneose dont rautre nefcit pa^ fiupe, car, tout en humant le fond de sa ta»s^^ il fai^jtit eett^^ r6flexion :

— ' Yoici Vi4i6 fixe qxA contmerEtev k m logef dans le cerveau de mon imbecile... G'eftt 1& mideein qai gagnera Iciparl.

Saivant les instrnetions reQuesf de son associl, Goberja ehoisit cet instant pcmr yenir souffier $a emzr-^ missrioti h Toreille de son maltre.

•^ Ahl bien, fit celui^ei, r6pond» que |e r^clamd encore quelques minutes de patience.

Tout en prcmdn^nt ees mots, Peyrade atail,. in?olontairement, tourn6 ses regards rers Grondier^ a^sls h Tautre extr6niit6 du salod; A ttn petit gei^e qne tui adr0s»a \e jetine homnie, i\ r^pondit par Hn clignement d'yenx que surprit Rondiftc qui robsenrait.

— Grondier estle visiteur attendn^ ^^ dit-H; Pendant que Gober|u s*6k)ignaitj il tendit Id rn^ain

au mfltlonnaire en demandant :

-^ Mcr per mettez-Toos de me retiref ?

— Liberty com^lfete^ mi^m eber ^ af^efflpr^s^ d* vt^ pondre Peyrade k haute wixi dans Fespoir que le depart de Tun de ses invites bliterafil teM ^ tot$ te^ antrers.

Comme s'il eti devin6 et voulu favoriser ce ftfeiT^ Boudlae ftl remarq«ier sa retraite par d«r nombteuses

LSS F1LLS9 mj ttlliliOiniAIRB 131

pcfigntes de fliiaiii qifil se mil & distribuer k la/roitde.

Puis il gagna rantichambre od Goberju raiteirdait.

^^C'est Grondier que lea fiUes de ton maitreyont recefoir, aUnod^a-i-il an groom. Gonnais-tu on i^elii coin dans lequel on puisse assister, en cacbette^ i rMtretlto?

— Non. Impossible 60 p6&6lretr dans la plaee^ qui est gard^e pat Vinccyrriiptible Nanette.

— Alors, au petit bonhfeurlj... Espirons ^u'dn ba* sard iioas appreodra ee qui ya se passer. «. Si tii d^cotivres qoeiqoe diose^ vieas ni*e& faire part denaaiD matin, dit Roudiac en marchant vers Fesealier.

Mais & son troisitoepa^, il se retoutna:

— Ah! fit4l, dis dene?

^ Qnoi ? demalida Goberju en le rejoissant^ '^ I'ai OB coDSdil h te donnef .

— Leqilel?

-^ Tftehe done d'atoii^ labe autre bonne plat^e ea Tae pour le cas oil celle-ei vitBdrait U te man<|iier dans un iD^is.

T-^ £st-ee que le bonrgecAs petise k me flslnqoer k la porte? s'informa anxieusemeiil le groom quA^ n'ayant pas pant an sertiee d» dlner^ ignorait tout ce ^ni ^'Mail passi.

— Non, mais dans an tnois, Peyrade sera mort^ prononga Roudiac smr le to^n de la plds sinctrfe con- Ticttto^

-^ Dslst 1 loot le moitde Ht Mortel ! d^btta pbiloso" pbiqoement Goberju en snivant des yens son associ6 qui s'61otgt)ait.

Ainst que Favait esp^r^ le millioonaeire^ rezeiople der Roudiac d^cidala prompte retraile de» antres eoDtives qui, mal h Faisc depuisla sc^nede Bandraie, i>e demandaient; en somme, qn'k d^camper auplusyite.

132 LG COXTB OMNIBUS

Dix minutes apr§s, Peyrade et Grendier restaient seuls dans 1e salon.

— Mon cher ami, annonja Peyrade, mes ftlles m'ont fait pr6venir, tbut h I'heure, qu'elles attendaient notre visite.

— Yeuillez alors me presenter h «lles, dit Grondier en se pr6parant k suivre son h6te.

Au Ueu de se mettre en route, le manufacturier regarda le jeune notaire dans les yeux.

— Bien'vrai? fit-il d'un ton sec, vous ne savez pas encore iaquelle de mes deux filles vous devez me demander en mariage?

— Sur mon honneur, je Tignore.

Les l^vres de Peyrade se remu^rent comme si elles laissaient expirer une phrase qu'elles se refusaient k prononcer ; puis une lueur rouge brilla dans ses yeux ; les veines de son front et de son cou de taureau se gonfl^rent et tout son visage se colora d'une teinte d*un rouge de brique. Une fureur soudaine et comprim6e secouait le colosse des pieds k la t6te.

Peut-^tre aliait-il 6ciater quand le hasard lui fit tourner la vue sur la glace qui lui renvoya son image*

— Oh ! Tapoplexie ! se dil-il avec 6pouvante. Aussit6t domptant sa colore, il dit d'une voix qui

n^avait aucune intonation hostile :

— Allons, cher ami, suivez-moi.

En public, pour sauvegarder sa reputation de viveur excentrique, par vanity b6te de ne pas vouloir faire comme tout le monde, Peyrade pouvait fort bien, ainsi que cela lui 6tait arrive devant Maucieux, rire de la demande singuli^re que lui avait adress6e Grondier de devenir son gendre, sans lui avoir, au pr6alable, d6sign£ de Iaquelle des deux scBursil voulait 6tr^ ripoux.

LES FILLGS DU hiuionhairb 133

Mais, en lui-m6me, au plus profond de sa conscience, il se rdvoltait contre cette concession honteuse que sa forfanterie, du vice le forgait k accepter. Tout dissimul4 qu*il 6tait, ce sentiment, vrai et bon, tourmentait d*autant plus cruellement Peyrade, que T^trangeti du caprice de Grondier avait £yeiI16 un soupQon i^iolent dans son esprit... Car, il est temps de le dire, il avait rcQu la confidence de celle de ses fllles qui avail €ii la victime de Tattentat de Fontainebleau.

— Dieu m'a puni I s*6tait-il dit, apr5s Taveu de son enfant, au souvenir du double crime dont il 8*6tait 1&« chement rendu coupable.

Bien loin de Paris d'oii il s'^tait enfui, quand il avait, indirectement, appris que, par le fait du silence et de la disparition des fllles Stor^re, la sc^ne de Saint* Mand6 n' avait eu aucunes suites dangereuses k redouter pour lui,'Peyrade aurait pu abr^ger son absence. S'il avait fait durer son voyage pendant toute une ann^e, c'est qu*il avait voulu sauver la reputation de sa fiUe. Pour cela faire,. il ^tait revenu en secret k Paris, seul endroit, en somme, oil peutle mieux se cacher un accouchement clandestin ; puis, apr^s deux mois d*un myst^rieux s^jour, il en 6tait reparti, sans se douter qu'il avait ^t^ reconnu par le comte de B16ves, et, k grand bruit, il avait annonc^ son retour prochain, apr^s avoir tout arrange pour qu'on crtLt que ses lilies et lui arrivaient tout droit du fin fond de Tltalie,

Dans son igoYsme immense, cet homme, qui avait impitoyablement sacrifi^ deux pauvres jeunes filles au monstrueux caprice de sa luxure,fr6missaitd*indignation k la pens^e incessante du malheur de son enfant.

— Jeneconnaltrai done jamais le miserable! s'6taitil r^p^te mille fois dans ses crises de rage impuissante

Yoilk pourquoi, tout& Theure, la colore lui avaitj |

^s fi

tm coiitE oitmnm

enrahi le cdrveau^ qnAnd Grondiepy persistant p\iis que jam^i^ Aan» »» dMermitiatioii de ne pad encore designer eelle des deux so6ur» q«i*U voulait ipouser^ avait r^clatui la presentation dans )^s feorflditions ^ro^ mides.

•*^ G'est loi I ftTSlil pen^e Pejr9dd«

Mais, aci moment d'delater, trcds raitons luiatai^nt subitement fait maltriser sa col^rei La premi^rd 6taif que si Grondier 6tait le Codpable, sa demande en marriage, par eela m^me.qa'elle softait des usages re^us, timbigdait, sanltoutefois avouer la fkole^ d'une ferme volont^ de la r^parer. La deuxi^me raison qfil ayall calmi Peyrade 6tait ^ue, s*il se trompait s\it \k eulpabilite de Grondier^ il risquait^ h aceuaer le jeune nolaire du orime, de lui d^vpiler le ^erpt det ^b enfant. A Tappui de cette deuxi^me raisoft 6tait efieore venue la eonnaissanee <)u'il ayait du qaract^re de son aneien compagnon de plaisirs. II t'atait todjours yu foift 6pris du fantasque^ de )'impf6yUy de Fori^inalit^, en lin mot, de tout ce qui 6taiit en debori^, de ce qu'il appelait la routine.

Pais, enftui k derni^re cause de I'apaisemeni du millionnaire, cause^ nous deyons Fayouer^ qui atalt 6t£ la plus efficace, c*6tait cette crainte de Falpoplesie, «&-> not^c^e par Baudraie, qui 6tait arriv^ k temps^ comme une douche d'eauglac^e, r^frpidirson ceryeau en feu.

Donc^ apr^s ayoir Inyit6 le jeunenotaire h le suiyfe^ Peyrade ayait marchi dans la direction de Fappartement de ses fiUes. Sup sa route^ il rencontra le bon Goberju^ que le hasard semblait avoir amen4 \k bien ipnocemmentf et il lui donna une de ces grosses bo«ir* rades d'am)ti6 qu*il octroyait en i^s acc^s de joyeuse humeur.

Le groom accueillit la leurde caresse avec une joie

Page 1