‹ Le comte OmnibusChapitre 9 sur 20 · I . - II t · texte numérisé non relu

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— Et, tenez, voici encore la cicatrice de cette blessure. Tiens! c*6tait done une morsure? Oh I oh I Tanimal qui vous a mordu devait 6tre d*une forte taiile. Si c'6iait un chien, c'6tait un maitre chien.

— Un chien ? r6p6taMaucieux qui, involontairement, s'attacha ^ ce detail.

Baudraie, iQujours tenant le bras du millionnaire, ayait continue sur le ton d'un d^sespoir comique.

— Dire que j'ai c6d6 k un autre la gloire d'avoir soign6 une aussi belle morsure !

— Mais au fait, cher ami, demanda Maucieux, puisque M. Peyrade invoquait vos soins, pourquoi ne vous 6tes-vous pas rendu k son appel?

Sans desserrer les doigts, Baudraie r^pokdit de son ton le plus bonhomme :

— Cela m'a 6t6 impossible, j'itais absent, en votre compagnie du reste, et nous ne sommes rentr^s que ivhs tard... trop tard mdme, car lorsque je me suis pr6sent6 chez monsieur, il 6tait parti depuis une heure pourle voyage dont il revient aujourd'hui.

Et, tout lentement, le docteur d6bita de sa voix claire :

— C'6tait le jour, souvenez-vous-en, oH, aprfes avoir ente'rr6 le pauvre M. Storere, nous sommes all^s k Saint-Mand6.

En m^me temps qu*il pronongait cette phrase, le docteur, sous sa main qui n'avait pas Uch6 prise, avait senti lin brusque tressaillement secouer Peyrade dans tout son 6tre.

La scSne avait 6t6 si inattendue pour Peyrade et, surtout, si rapidement jou6e par Baudraie que le millionnaire, atterr6, 6tait d*abord rest6 muet. Pourtant, comme il lui fallait expliquer son frisson de peur, il

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retira vivement son poignet d'entre les doigts du medlBcin en disant :

— Pardon, docteur, vous me faites mal.

— Ah ! vraiment? dit Baudraie, c'est encore sensible k cepoint-li? Mauvaise cicatrisation alors. II est k craindre que cette morsure vous joue un jour quelque vilain tour... II faut vous y attendre, mon cher monsieur.

Quoique ces paroles eussent 6t6 dites sur un ton d'inl6r6t, il y avait dans.les yeux de Baudraie une ironic menagante qui troubla Peyrade, bien qu'il s'efforQ^t de paraitre ne rien comprendre.

Pour se soustraire k ce regard qui semblait vouloir lire au fond de son ^me, Tex-manufacturier, achevant sa retraite, qu' avait retard6e I'apparition de Baudraie, gagna la porte en disant k la h^te :

— Encore une fois, adieu, mon cher monsieur de Maucieux... et au plus prochain revoir.

Ensuite, comme le courage, ou, pour mieux dire, I'audace lui 6tait revenue, il salua Baudraie de la main, en ajoutant d'un ton d6gag6 :

— Vous savez, docteur, que vous ne m'avez nuUe* ment effray6, attendu qn'k la premiere souffrance que me fera ressentir ma blessure, je r^clamerai vos bons soins... ce qui sera le plus infaillible moyen d'6viter ces i^uites funestes dont vous me menacez.

La porte s'6tait i peine referm^e^ que le docteur j le doigt tendu vers la sortiCj disait k Maucieux :

— Voil^ ce coupable que nous avons tant cherchfi. Bien que la sc^ne eHi 6t6 pour lui une demi-r6-

v^lation, le poitrinaire, qui doutait encore, allait demander des details sur cette certitude acquise si promptement par son ami, quand la porte se rouvrit brusquement pour donner passage k Auguste.

Tout 6mu qu*il 6tait, le gamin ne vit dans la chambre que le m^decin qui, rcst6 pr^s de la porte, dressait son grand corps devant lui.

— Ouais I fit-il, c'est bien la peine que vous ayez des bras longs h n'en plus finir pour ne pas mieux les utiliser.

— A quoi devais-je done les employer, garnement? demanda le docteur, bien qu'il etlt devin^ la cause de la colore d^Auguste.

— Parbleul k agrafer le gredin qui sort d'ici... Ah I qkj vous connaissez done mon homme?

— Quel homme?

— L'homme de Saint-Mand6 ? Figurez-vous que j'6tais dans la cuisine, en train de taquiner ma cinqui^me c6telette, quand que je Tai apergu qui traversait la cour... Oh ! c'est lui, je vous en r6ponds, j'ai reconnu sa taille, sa marche !

— Tu es bien silr de ton fait? appuya Baudraie. C'est bien Thomme qui, m*as-tu dit, a donn6 des billets de mille francs k ta grand'm^re pour qu'elle lui ouvrit la grille?

— Positivement sftr.

D'un pas de c6t6, Baudraie d6masqua le malade que son individu cachait aux regards d'Auguste.

— Alors, dit-il, conte-nous done, k monsieur et k moi, tout ce que tu sais sur les demoiselles Stor^re.

Le jeune Pirouette sembla h6siter.

— Que crains-tu ? Nous sommes de leurs plus d6vou6s amis... en attendant que nous soyons leurs vengeurs, prononga lentement Maucieux.

Le gamin regarda en dessous celui qui, ext^nu^ et k demi mort d6j^, se posait en futur vengeur. Puis son oeil se reporta sur le m6decin dont la maigreur accusait la vigoureuse charpente.

— Le petit est mort dans le dos, pensa-t-il, et n'a m^meplus assez de force. pour tuer une puc^... Les bonnes demoiselles n'auront pas 1^ un bien redoutable Tengeur... Mais Tautre, le grand 6chalas, ehl eh! ce doit 6tre un rude pince-sans-rire.

Puis tout haut :

— Ma foi I je me risque, dit-il. Je vais vous center tout ce qui est arriv6 aux demoiselles depuis la fameuse nuit de Saint-Mand6.

Peyrade avait dit la v6rit6 sur ses filles et sur lui.

L'impatience de revoir Paris leur avait fait bruler la route et devancer de quelques heures le moment annonc6 pour leur rotour.

En revenant de chez Roudiac, auquel il avait fait

part de la tr^s prochaine arriv6e de son maltre, Go-

berju s*6tait trouv6 bien juste h point pour recevoir le

millionnaire et ses enfants k leur descente de la chaise

.de poste.

Pendant que les filles Peyrade, suivies par la jeune Nanette, leur femme de chambre, se retiraient dans I'aile de Thdtel qui, pendant cette ann6e d*absence, avait 6t6 appropri^e pour leur habitation, Goberju, jouant le plus joyeux empressement, s'6tait attach6 aux pas de son maitre.

De fait, 11 6tait dans toute la joie de son 4me, le brave gargon. Rien n'6tait rest6, dans son esprit, de ces craintes qui, une ann6e auparavant, le lendemain de la sc^ne de Fontainebleau, s'6taient erapar^es de lui, quand, h Roudiac qui s*efForQait de le rassurer, 11

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pr^tendait que son mattre avail ri jaune et qu'il devait lui manager un vilain coup de Jarnac.

Non, il n'avait plus Tombre d'une inquietude, le digne groom ; car la plu^ franche bonne humeur avait rayonn6 sur la face de Peyrade h sa descente de voiture, lorsqu'il avait aperQu son serviteur de confiance. A cette physionomie souriante le maitre avait m^me joint une des brutales plaisanteries dont il 6tait coutumier en ses heures de gaiet6. Sa lourde main s^6tait pos6e sur la tftte du groom qu'elle avait fait se courber presque jusqu'k ses genoux et, en m^me temps, il s'6tait 6cri6 sur un ton de contentement sincere :

— Te voici done ? clampin ! J'ai grand plaisir h revoir ton museau de fouine.

Geste, accent, plaisanterie, lout avait done contribu6 k rass6r6ner Vkme inquifete de Goberju qui, par cela m^me que la main de I'ex-manufacturier lui avait courb^ r^chine, n* avait pu voir, dans ToBil de son maitre, briller certain Eclair dont la lueur sinistre contrastait6trangement avec sa voix joyeuse.

Done Goberju, en aidant Peyrade k quitter sa toi' lette de voyage, 6tait prodigue de details k toutes les questions que lui adressait son mattre sur ce qui s*6tait pass6 durant son absence.

— Comment? M. de Maucieux vit encore I Mais ^ r^poque de mon depart, c'6tait tout an plus s'il pouvait compter sur une semaine d'existencel s'6cria Peyrade, surpris, au nom du poitrinaire, amen6 par un hasard de la conversation.

— Oui, mais gr^ce au docteur Baudraie qui, dit-on, a op6r6 un miracle de science, il traipe encore, r6pondit Goberju.

— Ma premiere visite sera pour lui... Dis qu'on att^le imm^diatement, ordonna Peyrade.

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Ginq miautes apr^s, le groom 6tait de retour.

— L'ordre avait 6t6 donii6 d6ji au cocher, annon- Qa-t-il.

— Pap qui ?

'— Par mesdemoiselles qui vont sortir, dit Goberju, en s'attendant k voir Peyrade s'emporter.

Mais ce dernier, jadis tant autocrate, si altier, lui qui traitait autrefois ses enfants de bambines, au lieu de s'irriter qu*un ordre eftt 6t6 donn6 par tout autre que lui, rfipondit sur un ton d'insouciance :

— Apr5s tout, Maucieux ne demeure qu'^ deux pas. Elles font bien de se servir de la voiture dont je n'ai vraiment pas besoin. J'irai h pied.

A ce moment, il se trouvait pr^s d'une fenfetre. II aperQut ses filles qui, dans la cour, attendaient que le cocber etit ajust6 les derniers traits. Aussit6t, h la profonde stupefaction de Goberju, il s'erapressa de courir pour aider ses enfants k monter en voiture.

-^ Les voyages lui ontadouci le caract^re, murmura le groom qui, de la fenfitre, suivait la scfene des yeux, h d6faut de pouvoir lui prdter I'oreille.

C'est ainsi qu'il apergut, apr^s quelques phrases braves 6chang6es, Tatn^e des fllles montrer h son pfere un papier dont la vue le fit pilir... du moins h ce que crut remarquer Goberju.

— Quelle est cette lettre ? se demanda-t-il.

Mais, i ce qu'il parait, le groom n'6taitpas en veine d'observation et il s'6tait tromp6 sur la pAleur et surla lettre, car tout aussit6t Peyrade s'6cria d'une voix amicale et railleuse dont, involontairement sans doute, il avait si bien 61ev6 le ton que chaque parole arriva distincte a I'oreille de Goberju :

— Comment? vilaines coquettes, k peine arriv6es, vous avejs 6^}k dress6 la liste de vos acquisitions de

toilettes nouvelles?... SoitI Allez done fouiller tous les magasins, et surtout ne me ruinez pas en fanfreluches.

Ensuite, k Finstant oh la voiture s'6branlait, il avail ajout6, toujours gaiement :

— Achetez de quoi vous faire belles, ce soir, car, vous le savez, j'attends Grondier et d'autres amis qui doivent venirfSter notre retour.

Apr^s quoi, il s*6tait recQl6 pour laisser passer la voiture qu'il avait suivie des yeux. Puis, k pied, comme il I'avait annonc6, il 6tait parti pour faire sa visile k Maucieux.

— Pourquoi, diable! revient-il avecune faceaulant k I'envers de chez M. de Maucieux? se demanda Goberju quand, aprfes deux heures 6coul6es, il vil reparaitre son maitre.

En rentrant, le premier soin de Peyrade tivait 616 de s*informer si ses filles 6laient de retour.

— Pas encore, r6pondit le valet.

Le millionnaire reraonla dans son appartement, suivi par le curieux Goberju qui voulait avoir le mot de cette face bl^me que son maitre rapportait au logis de sa visite k M. de Maucieux. Mais Tbeure des bavardages 6tait pass6e pour le groom qui attendil vainement, de la part du voyageur revenu, une nouvelle s6rie de questions sur les 6v6neraenls arrives pendant son absence.

Sombre et pensif, Peyrade alia soulever le rideau d'une fenfire, et, le front sur la vitre, les yeux tourn6s vers Fentrfie de la cour, il attendil le retour de ses filles sans se douter de la presence de son domestique qui, muet et immobile, se tenait coi pr6s de la porte.

Pendant cette attente, la pens6e se remuait active

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dans Tesprit de Peyrade. La longue personne du docteurBaudraie, sonisourire ironique, ses paroles moqueuses lui revinrent en m6moire, et il 6prouva encore un petit frisson de peur.

— Est-ce que ce grand d6charn6 doit m'6tre funeste? se demanda-t-il.

Puis, honteux d'avoir trembl6, il se secoua brusquement comme pour chasser le pressentiment qui se logeait dans sacervelle. Ge mouvementle fit se retourner et il apergut alors Goberju toujours raide k son poste.

La vue de son laquais dut changer le coursdes id6es de Peyrade, car, tout aussit6t, sa figure se contracta, son ceil s'alluma de fureur et ses poings se crispfer6nt.

La transformation avait 6t6 si subite et elle paraissait si menaQante pourle groom que ce dernier sentit imm6diatement ses jambes flageoler sous lui, ce qui' le mit dans Vimpossibilit^ de fuir.

— II va m*6trangler, pensa-t-il en fermant les yeux d'6pouvante, tant 6tait significative Tattitude de Peyrade qui venait de se ramasser sur lui-m6me k la fa^on du tigre qui s'61ance sur sa proie.

Aussi, grande et fort agr6able fut la surprise du dr61e quand, au lieu de se sentir le cou serr6, il entendit la voix de son maitre lui dire sur un ton des plus placides :

— Ah ! te voici, Goberju. Tu arrives h propos pour me faire une commission. Cours done au plus vite pr6venir M. de Roudiac de mon retour et, en m6me temps, rinviter k 6tre du nombre des quelques amis qui viendro'nt ce soir f6ter ma rentr6e k Paris.

Ce disant, Peyrade se tenait k trois pas du groom n'ayant plus rien de cette physionomie terrible qui avait fait fermer les yeux au laquais efFray6.

— Je vole chez M; de Roudiac, annonQa Goberju, auquel la satisfaction rendit Fusage de ses jambes et qui fila avec une louable c616rit6.

Mais, quand il eut mis une diistancerassurante entre sa personne et la poigne de son maitre, I'intelligent garQon hocha la t6te en disant :

— Ouf ! j*aurais pass6 un fichu quart d'heure s'il n'avait pas raval6 sa colore... Euh I euh I j'avais raison quand je soutenais k Roudiac que le patron me gardait une dent... Je Tai 6chapp6 belle aujourd'hui, parce que, proba'blement, il s*est dit qu'il avait encore besoin de moi ou que Theure n'6tait pas propice... mais, h Tavenir, je m'abstiendrai de cultiver le tftte-^-t6te avec mon cher maitre et, surtout, de le rencontrer au coin d*un bois.

Quand Goberju revint de sa course, Peyrade 6tait chez ses lilies qui venaient de rentrer; il attendit sa sortie au passage pour lui rendre compte de la commission.

— M. de Roudiac a accepts votre invitation, annonga-t-il au millionnaire dont la figure lui souriait d'une si charmante fagon que la m6fiance du groom n'en demeura que plus 6veill6e.

— Tr^s bien, mon gargon, fit Peyrade.

— Seulement, j'ai peur d'avoir commis une boulette.

— Laquelle?

— Sur mon chemin, j*ai rencontr^ quelqu'un qui m'a demand6 de vos nouvelles et que j*ai eu la bfttise d'informer de votre retour.

— Qui done?

— M. le comte de Bl^ves... qui, aussit6t, m'a charg6 de vous pr6venir qu'il viendrait ce soir vous serrer la main.

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— En quoi la bMise? Ne sais-tu pas que le comte a toujours 6t6 le bienvenu chez moi?

— Oui, iriais monsieur ignore sans doute que M. de Slaves a croqu6 toute sa fortune et qu'il court aprSs une pi^ce de vingt francs,

— Alors raison de plus k lui pour se souvenir de ses amis, r6pliquaPeyrade. >•

En effet, de tous ceux qui allaient festoyer k la table de Tex-manufacturier reparu, le premier qui se pr6senta fut M. de Bl^ves dont Thabit d6mod6 et le linge d'une blancheur douteuse t6moignaient visiblement du piteux £tat de ses finances.

Malgr6 cette mis^re apparente, Peyrade courutavec empressement k la rencontre du joueur ruin^.

— Mon cher comte, lui dit-il en souriant, vous pouvez vous vanler d' avoir 6t6 la cause du seul remords qui, durant mon voyage, m'a fait regretter d'avoir quitt6 Paris,

— Pourquoi done? demanda M. de Bl^ves 6tonn6»

— Parce que je n*6tais pas k vingt lieues de Paris quand je me suissouvenu que, dans ma precipitation h partir, j*avais compl^tement oubli6 der6gleraYecvous cette partie de ma derni^re nuit au cercle qui me faisalt voire d6biteur, sur parole, d*une somme de dix mille francs.

Et, apr^s avoir fouill6 kson gousset, Peyrade en tira une liasse de billets de banque qu'il glissa dans la main du comte en ajoutant :

— Permettez-moi done de m'acquitter.

Si la mis5re avait 6mouss6 la dignit6 chez M. de Bleves, elle n'avait nullement nui ^son intelligence. II comprit done que cette somme 6tait une aum6ne d6guis6e et, loin de la repousser, il Tempocha en disanl :

— Vous avez meilleu;^'' m6moire que moi, car du

LES FILLES DU MILUONNAIRE i07

liable si je me souvenais d'etre votrecr6ancier... Vous avez done eu grand tort de ne pas 6teindre ce remords qui, dites-vous, a tourment6 votre voyage.

— Ohl^mais, tourment6 au point que je voulais revenir h Paris, appuya Peyrade.

A ces mots, dont Tintonation lui avait fait dresser Toreille, M. de Bi^ves regarda le millionnaire en face.

— Oui, reprit l*ex-manufacturier, et c'est uniquement parce que j'ai compt6 sur votre indulgence que je n'ai point rebrouss6 chemin, bien qu'on ait affirmS m'avoir rencdntr6 ^ Paris.

Apr^s celte derni^re phrase, sur laquelle il avait train6 en Tarticulant, Peyrade, k son tour, regarda flxement le comte et continua:

— Car si j'6tais revenu h Paris, mon premier soin aurait 6t6 de vehir vous payer, et vous fttes 1^ pour d6mentir ceux qui affirment que j'ai fait une courte et secrete apparition k Paris.

Tout en 6coutant, M. de Bl^ves n* avait pas encore sorti la main qui massait les billets de banque au fond de sa poche. II ramena le paquet au jour et, en le montranti Peyrade, il demanda d'une voix tranquille et avec un petit sourire :

— Alors cette somme de dix mille francs que vous m'ofFrez est pour m*emp6cher de dire que, vous et une de vos fiUes, je vous ai vus, il y a trois mois, descendant de fiacre, dans un quartier perdu, ^ la porte d*une sage^fe...

La question 6tait trop claireraent pos6e pour que Peyrade la laiss&t finir sans Tavoir comprise. II interrompit done le comte en disant d*un ton suppliant :

— Eh bien, soit! Monsieur deBlfeves... Service pour service... Permettez-moi de lui fier h votre discretion;

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— Alors reprenez cette somme, dit le comte en lai tendani les billets.

— Me refusez-vous?

— H61asl oui, car voire march6 a le tort d'etre propose trop tard... attendu que j'ai d6jk parl6.

— Oui, k Maucieux, je le sais... il me I'a dit aujourd'hui m^me... mais voire propos remonie k quelques semaines eiil vous sera facile de revenir dessus.

— La chose 6taii encore possible il y a une heure, r|§pondii le comte d'un ion de regret en tendant toujours les billets au manufacturier.

— Pourquoi ne Fest-elle plus k pr6seni ?

— Parce que, tout k Theure, avant de venir chez vous, j'ai pass6 d'abord chez M. de Maucieux pour m^informer de sa sani6. Tout en cafsant de choses et d'auires, son m^decin, M. Baudraie, s'y est pris je ne Sais comment pour m*amener k r6p6ter que je vousv avals rencontr6 k Paris pendant qu'on vous croyait bien loin.

En voyant la pMeur envahir le visage de Peyrade, . le comte s'empressa d'ajouter :

— Oh! rassurez-vous, j*ai dit vous avoir apergu au fond d'un fiacre. Rien de plus, je vous le jure! Quant au reste, s'il vous plait que je I'aie oubli6, il m'en souvient d6ji si pen que je d6fie quiconque voudraitm'interroger de mefaire me rappeler du moindre detail.

Force de se conienier de ce qu'on lui offraii, Peyrade n'en pressa pas moins avec reconnaissance la main que lui prSsentait M. de Bl^ves.

— Merci, comte, dit-il, mais en laissant les billets de banque dans la main du joueur ruin6.

Sa somme k nouveau empoch6e,le comte, en voyant entrer d'autres invites, souffla viteau millionnaire :

— A propos, il va venir.

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— Qui done ?

— Le midecin de Mauoieuz. II m'a dit que bien qu'il n'ait pas regu d'invitation, il savait vous faire un plaisir extr^ihe en assistant i, votre f6te de bon retour.

M. de Bl^ves alia rejoindre les autres inTit6s sans s'apercevoir de la stupeur de son h6te.

En effet, presque derri^re Roudiac qui venaij; d'arriyer, la voir de Goberju annonga :

— M. le docteur Baudraie.

De ce pas nonchalant, particulier aux hommes trop grands lorsqu*iIs sont obliges de ralentirleur marche, Baudraie, avec un dandinement qui faisait Hotter son habit autour de son torse d^mesuri, et avec un sourire aim^e qui fendait sa large bpuche jusqu*aux oreilles, Baudraie, disons-nous, arriva droit h Peyrade qui, les yeux Scarquilles par une surprise craintive, le regardait s'avancer sans faire un pas k sa rencontre.

— Bhl bon jour, cher monsieur, dit-il de sa voix ironique ; vous voyez que je ne suis pas toujours comme le chien de Jean de Nivelles qui s'en va quand on Tappelle. II y a un an, vous m*avez demand^ et je ne suis pas yenu. Aujourd'hui, je me pr^sente quand on ne m'attend pas.

Peyrade, trouble, cherchait encore sa r^ponse, que le docteur, en lui posant son doigt sur le poignet ' gauche, avait d6j& ajout6 :.

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