‹ Le comte OmnibusChapitre 12 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

i70 IM COMTE OMNIBUS

diac, vous voyez bieu que j'avais raison en vous adressant la' plus grosse part de mes remerciements... Si vous 6tes venu, c'est pour tenir la parole donn^e... Et je Tous rends cette justice de reconnsdtre que vous n'avez pas mis la moindre hesitation h m'accompagner. A ma premiere parole, yous aviez d^jlt le chapeau sur la t^te.

Plus le m^decin appuyait sur Tempressement de Roudiac, plus ce dernier semblait mal k False. Sa promptitude h se rendre k I'appel du docteur avait 616 veritable; mais par cela qu'elle avait un6 cause inavouable, il ne tenait pas k ce qu'elle Mt tant pr6n6e devant Peyrade dont le regard s'attachait tout 6tonn6 sur lui.

— Ce bavard maudit va me compromettre si je laisse Peyrade r^fl6chir, pensa-t-il.

Aussi tout haut :

— Oui, se d6p^cha-t-il de dire, j*avoueavoir t6moign6 un certain zMe k venir, mais c'6tait un zMe de curiosit6, car 11 me semblait impossible que la peur eHi fait renoncer M. Peyrade k son pari.

— N'est-ce pas? s'6cria vivement le millionnaire dont Tamour-propre se sentit caress^.

Roudiac, se voyant sur un terrain solide, crut bon d'in sister et continua :

— Et pendant que vous 6tes en train de me rendre ustice, docteur, ne pouvez-vous ajouter que, durant

toute la route, j'ai r6p6t6 que je ne croyais pas k une reculade de mon ami ?

— Merci ! merci I fit chaleureusement Peyrade.

— Cela est vrai, confessa Baudraie. Vous avez eii perpStuellement ce refrain d'6tonnement sur les 15vres... excepts pdurtant pendant les quelques minutQS oil votre surprise a change de cause.

tES FILLES DU MIILIONNAIRE 174

— Chang^ de cause? rfrpSta Peyrade sur un ton curieux qui demandait uue explication.

Sans doute que le fait auquel le docteur faisait allusion ne semblait pas h Roudiac ^tre de nature k ce qu'on appuyftt trop dessus, car la derni^re phrase du n;i6decin lui fit monter au front le rouge d'une colfere concentric.

— Get homnte remarque done tout! se dit-il.

Pour rompre les chiens, il reprit en s*adressant k

Peyfade auquel il tendit la main :

— Ainsi, demanda-t-il, tout ce malentendu pro- Yient de la hfitise d'un domestique qui a mal compris un ordre?

Mais Baudraie n'^tait pas homme k lAcher facilement un thtoedonn^. Sans faire attention au crochel que Rx)udiac tentait d'introduire dans la conversation, il reprit en riant :

— Hein ! avouez, M. de Roudiac, qu*apr6s vous 6tre 6tonn6 que M. Peyrade eti pu avoir peur, votre 6tonnement s'est exerc6 sur un autre sujet... Est-ceque que vous Tavez oublie? Voulez-vous que je vous rappelle un peu k quel propos?

Le docteur parut enfln s*apercevoir de la froide mine que Roudiac faisait k son insistance.

— Ah! reprit-il avec embarras, vous ne tenez pas h ce que je le dise... Je ne vois pourtant rien qui pulsse vous 6tre d6sagr6able, car je...

Baudraie s'interrompitpour se frapper brusqueraent le front en homme qui a devin6.

— Ah! bon! j'y suis ! s*6cria-t-il en riant.

Puis son regard s'attacha sur le jeune notaire.

— Vous avez peur que je compromette M. Grondier.

— Moi ! fit le jeune homme, 6tonn6 qu'on le mit en scfene.

' — Oui, vous, vous-m6m€..<. que M. de Roudiac craint de me voir compromettre devant votre futur beau-p^re. *

— Moi? redit h son tour Peyrade.

La conversation glissait sur une pente qui devait d6plaire fort au chevalier d'industrie, car eg parlant k Grondier, il se h^ta de d^biter d'une voix:l|^fit Tintonation s^che 6tait toute k Tadresse de Bgmdraie.:

— Je vous prie de croire, monsieur Grondier, que cette sc^ne d'6tonnement oti vous m61e le docteur, est de son invention. Je vous affirme, de chez moi jusqu'ici, n'avoir pas prononc6 un mot qui vous concern^t.

— Entendons-nous, entendons-nous, criavivemeni le docteur. Je n'ai nuUement avanc6 que votre second 6tonnement s'6tait traduit par des paroles, car il s'est uniquement manifesto parl'expression de votre visage quand nous avons pass6 devant la loge du concierge de M. Peyrade. Voyons, soyez franc, est-ce vrai?

II 6tait si bien lanc6, ce naif Baudraie que, san^ attendre la r6ponse de Roudiac, il poursuivit :

— Oui, je le r6p6to, vous craignQz de trahir M. Grondier. Mais, moi, je suis certain que M. Grondier est un homme trop bien 6lev6 pour se permettre rien qui n'aurait pas 6t6 autoris6 par.M. Peyrade et mademoiselle Hel^ne.

— Mais, enfin, de quoi s'agit-il? demadda Grondier impatient^.

— Vous reconnaissez avoir fait d6poser chez le concierge un bouquet pour votre fianc6e, n*est-ce pas?

— Oui, c'est mon habitude de tons les matins, depuis huit jours.

— Or, quand nous sommes passes devant la loge, d'oii, entre parentheses, le concierge 6tait abseot,

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M . de Roudiac, en apercevant ce bouqi^et, est entr6 pour Tadmirer. C'est au moment od il letenail;^ la' main et qu'il s'extasiait sur sa beauts, que j'ai aperQU sa figure se contracter (ji'^tonnement k la vue de la lettre que vous aviez glissie au milieu des fleurs.

-» Une lettre ! Mais je n*ai mis aucuno leltre dans le bonqpet d'H616ne, s*6cria Grondier avec force.

Le jeune bomme avait h peine prononc6 le nom de sa future, que la jeune fille apparaissait sur le seuil de la porte.

Elle 6tait cfaancelante, plus p^le qu*une morte et tenait une lettre h la main.

Pour les trois hommes qui se trouvaient avec Peyrade, il fut bien Evident qu'H6l6ne, en p6n6trant dans le boudoir, s'attendait h trouver son p6re seul, car, h la vue du trio, elle poussa un cri de surprise douloureuse et fit un pas en arri^re pour se retirer.

Mais en reconnaissant Grondier, elle arrftta sa retraite. Plus pMe encore, elle s'avanga en tremblant vers le jeune bomme sur lequel elle fixait ses grands yeux hagards. Quand elle fut en face de lui, ses l^vres se remu^pent d'abori sans parler, taut 6tait immense r6motion qui, en lui serrant la gorge, paralysait la parole. Enfin, au prix d'un effort indicible, elle parvint, d*une voix bris6e, k prononcer ces mots :

— Monsieur Grondier, je ne puis 6tre votre femme.

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Puis, ses forces derniferes Tabandonnanl, elle se renversa entre les bras de son phve et s'6vanouit.

L'entr6e d'H616ne et la scftne qui Tavait suivie avaient 6t^ si rapides qu*aucun des assistants, n'edt-il pas ii& tout d*abord interdit par le trouble et le visage convuls6 de la jeune flUe, n*aurait pas eu le temps de placer une parole.

A r^vanouissement d'H^l^ne, cette stupgfactioa cessa brusquement. Avec une sorte de rugissement de d^sespoir, Peyrade enleva dans ses bras sa fille 6vanouiey. Si robuste que fAt le colosse et si 16ger que fut son fardeau, la douleur semblait avoir bris6 les forces du pfere qui, titubant sur ses jambes et pliant sous le poids , gagna p6niblement la porte qui ouvrait sur sa chambre k coucher, en b6gayant d'un ton suppliant :

— Docteur, de gr^ce, docteur !

— Je vous suis, monsieur, dit Baudraie.

Et derri^re Peyrade, il entra dans la chambre oil le p^re venait de d6poser sa fille sur le lit.

Atterr6 par les paroles d'H616ne, le jeune notaire 6tait d'abord rest6 clou6 sur la place, se demandant s'il avait bien entendu cette phrase qui brisait brus* quement toutes ses esp6rances d'amour et d'avenir heureux.

Les yeux riv6s sur la porte que le m6decin avait referm6e, il pensa d'abord h p^n^trer dans la chambre, et fit deux pas en avant. Mais un sentiment de d6« licate biens6ance arr6ta sa marche.

Alors il se laissa tomber sur un des divans du fumoir et, la t^te dans ses mains, sombre et d6sesp6r^, il chercha mentalement h quelle cause il fallait attribuer cette rupture annonc6e par H615ne.

Tel 6tait Tabattement de Grondier qu*il demeurait

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soTird h la voix de Roudiac qui, venu se placer h ses c6tes, lufr^pitait :

— Du courage, cher ami, du courage ! il ne peut ^tre question que d'un malentendu qui s*6claircira, soyez-et} certain. '

. Mais, ce disant, Roudiac se livrait h un exercice que Grondier, ab!m6 dans ses reflexions, ne pouvait remarquer.

Quand H6l^e 6tait entr6e dans le fumoir, nous avons dit qu'elie tenait une lettre k la main. En perdant connaissance, la jeune fllle avait Iaiss6 6chapper le papier qui, suivi par le regard de Roudiac, 6tait all6 tomber prfes du divan. Dans leur trouble, Peyrade, Grondier et le docteur n'avaient fait aucune attention h ce detail.

Or, en ce moment, assis prfes de Grondier qui, les mains sur ses yeux, ne pouvait le voir, Roudiac 6tendait pen hpeu la main vers la lettre HMe h ses pieds, sur le tapis. Quand ses doigts eurent enfln saisi le papier, il Tattira doucement, le fit monter h la hauteur de la poche de son gilet, dans laquelle il Tenfouit sans que le moindre bruissement se fAt fait en^ tendre.

— Ouf! le void arriv6 ^ bon port, pensa-t-il, en tMaiit, avec joie, I'^tofTe qui, maintenant, recouvrait la lettre d'H616ne.

Apr^s quoi, sur le ton de la consolation, il recommenga son refrain pour Grondier.

— Du courage ! cher ami, du courage I Cependant une autre sc^ne se passait dans la

chambre voisine.

Aussit6t sa fille pos6e sur le lit, Peyrade s*6tait tourn6 vers Baudraie qui le suivait.

— Docteur, sauvez-la I balbutia-t-il.

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Baudr£iie avait saus doute reconnu du premier coup d*(Eil que T^tat d'H61ene n'avait rifen d'alarmant, car, h brftle-pourpoint, 41 adressa cette question au millionriaire :

— Vous n'avez done pas retrouv6 Goberju ?

D'abord surpris par cette demandeinattendue, Pey-

rade, dont toutes les pens^es se reportaient sur sa fille, r6pondit d*une voix quisuppliait :

— De gr^ce, docteur, ne vous occupez que de mon enfant.

— Mais je m*en occupe, cher monsieqr. Je m*en occupe si s6rieusement que c*est pour cela, en boa praticien qui veut d'abord remonter de Fefifet h la cause, que je vous ai adress6 cette demande : « Yous n'avez done pas retrouv6 Goberju ? »

Puis, comme Peyrade le regardait sans comprendre, Baudraie ajouta en appuyant sur les mols :

— Parce que Goberju est pour tout, j'en suis certain, dans ce qui vient d'arriver k cette pauvre jeune fille... Je vous en avais pr6venu. Parquelques mots 6chapp£s, lorsque je lui ai donn6 mes soins, k la colore du dr6le que vous aviez lanc6 par la fen^tre, j'avais devin6 qu'il vous jouerait un vilain tour... Et il vous Ta jouS... Malheureusement, au lieu de vous frapper, il a choisi votre fille pour victime.

A voir le docteur si pen s'occuper d'H61fene, Peyrade avait fini par comprendre qu'il s'alarmait h tort.

— Alors, ce n'est pas grave ? reprit-il en montrant sa fille dont les joues pdles commeuQaient h se teihter 16g^rement de rose.

— Physiquement, non, ce n'est rien. Dans cinq minutes, elle sera revenue de cet ^vanouissement dont le repos et une simple potion la remettront tout h fait.

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Peyradepoussa un 6norme sbupir d'une satisfaction qui ne fut pas de longue dur^e, car Baudraie, apr^s r avoir examin6 en secouant la t^te, continua :

— Le plus malade dans cette chambre n*est pas Yotre enfant... Eh! ebl cher monsieur, je vous avais pourtant d6fendu les Amotions violentes... Diable! diable !... Je vous trouve le teint bien color6 ! Toreille est trop rouge! les yeux se sont inject^s de sang! mauvais signes ! Je suis stv que vous me r6pondriez oui si je vous demandais si les oreilles ne vous tintent pas un peu... Et dire que vous n'fttes pas encore au bout de ces Amotions qui vous poussent doucettement ^ Tapoplexie !

Du moment que Peyrade n'avait plus k craindre pour sa fille, son caract^re orgueilleux et bravacbe reprenait le dessus. II avait 6cout6 avec un sourire de d6dain sur les l^vres la tirade de Baudraie. A la derni^re pbrase il baussa les 6paules en disant :

— Ouais ! suis-je done tant malade ? Et, puisque voiis 6tes si bon devin que vous annoncez la date et le genre de la mort des gens, vous plairait-il de me faire connattre une de ces 6motions qui, selon vous, m*attendent encore?

•— Tenez-vous k vous procurer cetle 6motion-lJi tout de suite? demaqda s^rieusement le docteur qui n'avait pas sourcill6 h la stupide bravade.

— Tout de suite ? Soit !

-^ Rien, alors, n'est plus facile, dit le m6decin en se rapprocbant du lit.

Ses yeux all^rent de Tune ill 1' autre main d*H61&ne ; puis lis cbercbferent sur les couverlures aux c6t6s de . la malade ; enfin , comme ils n'avaient pas trouv6 ce qu'Us voulaient d6couvrir, ils se mirent & examiner le tapis, au pied du lit, et faute d'avoir en-

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core rien aper^u, ils flrent le Irajet du lit ^la porte, Alors, un peu 6tonn6, le regard de Baudraie se reporta sur Peyrade qui avait suivi cet exatnen dans tous ses details.

— Que diable est-elle devenue ? finit par s'icrier le, docteur.

— Quoi ?

— Est-ce vous qui I'avez prise? Ce serait-l& une precaution prudente dont je vous f61iciterais.

— Mais de quoi parlez-vous done ?

— De la lettre que votre lille tenait h la main quand elle a fait son apparition dans le fumoir.

— C'est vrai ! fit Peyrade, elle avait une lettre.

— Lettre, j'en suis certain, qui est la cause de la rupture du mariage annonc6e par votre fille h M. Grondier, qui a motiv6 Tfivanouissement de mademoiselle H616ne; lettre, enfln, qui, si nous la retrouvions, doit 6tre d'une lecture si int6ressante... et si d6sagr6able qu'elle vous procurerait cette nouvelle Amotion que, gar une forfanterie bfite, vous r6clamez de moi.

Et, des yeux, Baudraie recommenga sa recherche en r6p6tant :

— Qu*est devenue cette lettre ?

— Peut-6tre, en s*6vanouissant, H615ne Ta-t-elle laiss6e tomber dans le fumoir, avanga Peyrade.

— 11 est facile de s'en assurer.

Quand le millionnaire entra dans le fumoir, Gropdier 6tait foujours sur le divan.

— Tiens ! M. Roudiac a d6camp6, pensa Baudraie qui avait suivi Peyrade.

Cette absence de Roudiac, constat6e par le docteur, n'attira pas Tattention de Peyrade, tout occupfi i chercher des yeux, sur le parquet du fumoir, la lettre disparue,.en r6p6tant ;

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— Oui, vous avez raison, H6l5ne tenait une lettre... Qu*est dBvenu ce papier?

— .Et qu*est devenu aussi M. de Roudiac?... L'un est peul-6tre parti en emportant Tjautre I avanga Baudraie d'un ton qui fit lever la t6te k Peyrade.

— C'est vrai ! Roudiac a 6t6 bien prompt a se retirer, dit, d'une voix m6fiante, le millionnaire dont le regard circulaire qui cherchait Tabsent, apergut enfin Grondier.

L'entr6e et les paroles des arrivants avaient tir6 le jeune homme de sa torpeur. II se leva et vint droit k Peyrade.

— Daignerez-vous m'apprendre, lui demanda-t-il, le motif qui a fait renoncer mademoiselle H6l^ne k notre mariage ?

Adresser cette question au pfere, c'6tait rendre plus ardent son d6sir de retrouver la lettre qui lui donnerait Texplication de la conduite de sa fiUe. Aussi, tout naivement, r6pliqua-t-il :

— La lettre que nous cherchons, nous ferait connaitre ce motif que j'ignore... Ne Tavez-vous pas trouv6e ? Roudiac, devant vous, n*a-t-il pas ramass6 un papier?

Tout k son id6e, Grondier, k cette r6ponse, comprit que Peyrade ignorait la cause de la rupture.

— Alors, reprit*il, je suis en droit de r6clamer une explication de mademoiselle H61^ne?

— Et vous ne serez pas longtemps k Tattendre, car voici notre malade qui reprend connaissance, annonga le docteur dont Toreille venait de saisir, du c6t6 de la chambre k coucher, le 16ger bruit caus6 par H61^ne en s'agitantsur le lit.

— P^rel p^re! prononga presque aussitftt la voix afi'aiblie de la jeune fiUe.

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A cet appel, Peyrade se pr6dpita' dans la chambre. Trop malheureux pour r6fl6cliir, Orondier allait le suivre, s'il n'eftt 6t6 retenu par Baudraie qui lui souffla :

— Y pensez-vous ? Accordezau moins 2i cette jeune fiUe le temps de se^remettre tout ^ fait.

Plus curieux qu'une vieille femme qui saisit au vol Toccasion de s'instruire, le docteur reprit imm6diatement :

— Ainsi, vous n'avez pas vu M. deRoudiac ramasser

lalettre?

— La lettre? Quelle leltre? dit Grondier pr5tant enfin attention h cette demande que le mddecin lui r6p6tait apr^s Peyrade.

— La lettre que tenaitvotre future i son Qntr6eici, lettre qui a caus6 indubitablement tout le mal; enfin, lettre qui doit 6tre celle qu*on avait gliss6e dans le bouquet, envoy6 ce matin par vous i mademoiselle H61^ne; magnifique bouquet, je le r6p^te, car, tout aussi bien que la mienne, il avait attir6 Tattentioii de M. de Roudiac qui, pour mieux Tadmirer, je vous

' I'ai dit, est entr6 dans la ioge du concierge.

Grondier, distrait par les premiers renseignements du docteur, laissa passer, sans I'entendre, la derniere phrase, absorbs qu'il 6tait par cette reflexion qu'JI 6mit h. mi-voix :

— Qui a pu mettre cette lettre dans le bouquet? En voyant qu'il n'avait pas k\k compris, Baudraie

haussa imperceptiblement les 6paules.

— Je lui ai pos6 le nez sur la piste, se dit-il, tant pis pour lui s'il he veut pas la suivre.

Et, de Grondier, sa pens6e allant ^ Roudiac, le docteur ajouta mentalement :

— Ehl eh! un adroit coquin,yCe Roudiac... Je lui ai

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vu fourrer la lettre... Puis, son eifet produit, il a su la subtiliser... Adroit coquin, en Y6rit6!

Tout en d^cernant, in petlOy des iioges k Roudiac, le m6decin guettait de TobII et de Toreille Tamoureux d6sesp6r6 qui, en croyant penser, laissait ses l^vres murmurer :

— Que pouvait contenir cette lettre?

— Quelque d6nonciation anonyme contre vous, r6poudit Baudraie comme s'il eM kik interrog6.

— Oh! oh! fittristement Grondier, je suis bien h. Tabri d'une d^nonciation.

— Nul n'est ^ Tabri d'une calomnie qu'il plait h. un ennemi d'inventer.

— C^est possible ; mais nul n'aurait pu inventer plus fort que Tinfamie dont j'ai kik coupable et qu'H^l^ne m'avait pardonn6e.

— Ah! bah! fit le dooteurstup6fait.

Pour bien comprendre la sc^ne qui va suivre, il faut se rendre compte de T^tat de trouble dans lequel se trouvait Grondier. II est des moments de d6sespoir oti rbomme qui souffre ne pent r^sister ^ rinvincible be^ soin d'6pancher son coBur et son &me. 11 lui semble que sa douleur s'all6gera par la confidence h autrui de ses plus intimes pensies et de ses secrets les mieux voil6s. •

Ge fut done cette cause qui poussa Grondier, apr5s Texclamation de Baudraie, k ajouter imprudemment :

— Ge mariage est la r6paration d*une grande faute commise par moi.

Le docteur commeuQa par ouvrir les grands yeux h -cet aveu inattendu. Puis, en m6me temps qu'il regardait celui qui venait de se- confesser, la m^moire lui rappela le souvenir de cette porte de sage-femme qui, dans la maison des soeurs Storfere, s'6tait ouverte pour

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