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moyen de i'aire accepter Jes deux nulUons k ce noble et g6n£reux ent^t^.
On comprend quel eifet cette clause du coptrat avail produit sur radmiration d'un do^^^^qqe qui, ^w morn^nt iii^a^e de r^nonciatiQU de cette clau$0, 6tait yenu apporter le verre d'eau destin6 i l^qpi^^cter le gorier du notaire alt6r6 par la lecture des deux contrats.
A peine sorti du salon, le domestique s'6tait fait r6cho de ce qu*il avait entendu, et, de bouche en bouche, des gens de la maison, le r6cit de Tadmirable conduite de Roudiac 6tajt arriv6 k la loge du concierge de rh6tel.
Or, dans cetle loge se trouvait Goberju qui, passant, par hasard, devantl'hfttel, avait-ildit, 6taitentr6 pour so^haiter un petit bonjour k s€^i^ anciens cam^^rad^s. Goberju, rendons-tui cett^ justice,, fit chorus ayec tpus ceux qui s'extasiaient sur Roudiac ; mais, du fin fonddu cQBur, une^rage furieuse lui 6tait mont^eavi cerveau en apprenant la nouvelle. Au beau milieu du concert d'a4!inirat\Qn 4^ la domesticity, le g^oo^l s'6taH adroiteqient esquiv6 pour 6viter que la colore, qu'il lui fallait cont^nir, F^touff^t en pl^iqe loge.
— Ah 1 Roudiac p'aceepte pas de dot ! grondait-il ; mais alors je suis iilout^ des quatre cent mille francs qu'il doit me payer 1^ leudemain du inariage... Oui, mais il n'est pas encore mari6, et, jusqu'^ demain, j'ai le temps de lui glisser un fort b^ton dans les roues.
Et le groom s'6tait 61oigne eu ruminant un plan de j vengeance.
Quant k Peyrade,que nous avons va s'enfuir,^ 6pQUv^n.te, de la demeure de Maucieux mourant, il s'^tait grandement remu6 depuis la mort du poitrinaire. Outre les d-marches el toutes les pr6occupations que-
LES Flumps DU IHWONKAtRE 355
coinportait pourlui, le mariage prochain de ses filles^ 11 devait avoir eu encore un autre martel ea t^te, car son temps s'6tait aussi pass6 h courir les avou^s, banquiers, agents de ehaiige. U est k snpposer que ces al* ^
l^es et venues le concernaieqt tout personnellement; * <"] car, sur h motif qui les dictait, (il n'avait souffl6 mot ^
k persoQue. Bref, pendapt cette douzaine de jours, le , ii millionnaire avait 6t6 tant affair^ qu'il paraissait j^%^ voir pas, une seule seconde, pense au docteur B^udraie, k sa prediction, k ses menaces et, surtout |l ^^ pretention de vouloir lui faire ^pouser L^ontine 3tor^re et r^connattre sonenf^int.
Nous devons pourtant avouer que, de son cdte, B^udraie avait bien pea fait ponr se rappeler au souvenir dumillionnaire. Soitque le soinderendre les derniers devoirs k son ami n^ort, soit que la t^che de d^fendre la veuve de Maucieux contre les criailleries des h6ritiers frustr6s par ce mariage in extremis, eM absorb6 le temps du docteup, le fait etait qu'on n'avait pas revu sa )ongue et maigre personne k rhdtel du millionnaire jusqu'au matin, commengant ce chapitre, oil les deux couples et leurs invites se pr^paraient k se rendre k la mairie.
Ajoutons que Roudiac qui, une fois qq'il serait marie, n'aurait plus k redouter Goberju, avait poiirtant juge qu'il etait utile d'^pargner k sa lune de miel les piaillements furibonds du groom d^sappointe. En consequence, 11 avait decide Heiene, apr^s la double consecration civile et religieuse,i un voyage de noces. A la sortie de reglise, une chaise de poste devait emporter au loin les nouveaux epoux.
Quant ^ Grondier, qui etait plus prosaique, ou, pour mieux dire, qui n'avait pas, comme Roudiac, une raison de s'eioigner 11 restait k Paris, et, en quittantre^
ir.
256 LE COMTE OMNIBUI&
glise, il devait ramener sa femme chez Peyrade oti un repas somptueux attendait les invit^s^
Gela pos6, nous dirons que onze heures .venaient de sonner quand les deux couples, suivis de leur cortege, apparurent sur le perron, au bas duquel stationnaient les Equipages qui allaient les conduire h Ja mairie.
— Pardieu I j'arrive bien juste h temps ! cria tout h coup une voix mordante.
Et Peyrade, qui pr6c6dait ses filles, vit se dresser devant lui le docteur Baudraie, qui lui barra le passage en ajoutant :
— Pardon, cher monsieur, j'aurais ^vous dire deux mots, rien que deux, mais excessivement presses.
L'elTroi avait saisi le millionnaire k Fapparition dii m^decin ; mais, devant une aussi nombreuse assistance, il se raidit contre cette peur et, en montrant le cortege nuptial qui Tentourait, il r^pliqua avec tin sourire :
— Avouez, docteur , que vous avez mal choisi voire moment pour me demander audience. Nous la remettrons, s'il vous plait, h notre retour de T^glise.
— Bah I bah! fit Baudraie, laissezpartirvotre mondc en avant... J*en ai si court ^vous dire que nous arriverons h la mairie presque en m6rae temps que les mari^s.
— Je ne puis me dispense de...
— Si, si, interrompit le m6decin toujours riant, si, si, au contraire, vous pouvez vous dispenser d'etre k la c6r6monie civile; vos enfants n'en seront pas moins bien mari£s... car la loi quidemandele consentement par 6crit des parents d'un 6poux mineur, n'exige pas la presence des dits parents h la calibration civile du mariage... Ainsi done, consentezk m'6couter... Vous aurezvite retrouvi votre liberty.
LES FILLES bu MILUONNAIRE 2'57
Puis, d'une voix souS/ laquelle , si joyeuse qii'elle ^tait, Peyrade sentit poindre une menace :
,— A moins, ajouta-t-il, que vous permettiez, devant ceu^ qui vous entoureut, que je dise tout haut ce que j'ai k vous confier en t6te-^-t^te... Voyons, suivez mon conseil, laissez partir votre monde.
La mani^re dontfiaudraieavaitaccentu6saderni&ra phrase d^cida Peyrade h, c6der.
— Je vous rejoindrai, dit-il k ses filles.
G'6tait un ordre de depart auquel, . peut-^tre , on n'edt pas ob^i, si le branle n'edt 6t6 donn6 k la foule par Roudiac qui tenait k ne pas laisser aucun emp6chement, qu'il lui vlnt de Goberju ou du docteur, entraver son mariage.
En trois minutes, Peyrade et le m6decin se trouv^rent seuls.
— Quelle est enfin cette communication si urgente que vous pr6tendez avoir k me faire? demanda Peyrade d'un ton rogue quand il eut conduit son visiteur dans un petit salon-parloir qui s'ouvrait ^ droite du vesti« bule*
Au lieu de r^pondre k la question, Baudraie se mit k secouer tristement la tdte en examinantle visage du manufacturier.
— Diable ! fit-il, vous avez fort mauvais visage... le teintest enflamm£, Toreille est rouge, Toeil est congestionn6... Prenez garde, honor6 monsieur, prenez garde !
La colore Stouffa la prudence de Peyrade.
■^ Ah I Qi, s'^cria-t-il, est-ce pour me r6p6ler vos stupidit6s que vous m'avez retenu ?
— Du tout, du tout, r^pondit tranquillement Baudraie ; je vous ai donn6 un bon conseil en passant... j' arrive maintenant tout droit aU motif qui m*a fait vous demander une entrevue.
258 LB GOMTB OMNIBUS
Ge disant, le docteur avait si bieti manoeuvre que, pour couper la retraite SiPeyrade> il s'^tait camp£ entre lui et Tunique porte de sortie.
Ainsi plac6, il reprit :
— Je suis venu pour vous dematider de me fixer le jour de votre mariage avec mademoiselle L6ontine Stor^re.
Depuis que Baudraie lui avait ordonh6 ce mariage, la cause qui avait fait plier iPeyrade avait cess6 d'exister. A la question du m^decin, il 6clata de rire.
— Epouser L^ontine? A quoi bon? dit-il ironiquement.
— Mais h ne pas aller aux galores.
— Peuh ! Croyez-vous ? L'autre jour, quand vou§ me menaciez du bagne, Ang^le n'fitaitpas encore madame de Maucieux. Aujour d'hui la situation est bien autre... Que vous portiez plainte contre moi pourle pass6; com me ce pass6 est commun aux deux soBUrs, il VOUS est impossible de s6parer la cause de L6ontine de celle d'Ang^le... Ce sera done le nom de votre ami de Maucieux que vous trainerez devant les tribunaux... R6fl6chissez-y... C'est un conseil que je vous donne, h mon tour, en passant.
— Ouais ! savez-vous, mon cher, que vous raisonnez sup^rieurement, dit Baudraie sans s'6mouvoir.
— N'est-ce pas? fit Peyrade qui, tout k son triomphe, ne s'aperQut pas que le m6decin s*appuyait le dos sur la porte.
— Ainsi, vous refuses toute reparation? reprit le docteur.
Peyrade 6tait en verve de gouaillerie. II sd reprit done h rire plus fort en disant :
— Est-ce que vous aller recommence!* Votre plai-
fl
LES FILL^g DU tttLLiONRAlRE 281?
santerie. d*exig€i* que je iieconQfli^de aussi h YOtre prot6g6e la bagatdll^ de deiix miiiiohs f
— Voyez comme on se trompe I d'aurais paH6 ^ue, depuis doQze jours, tous peiisiez k ^tte en mesUre de vous ex6cuter surcepointt
-^ Hein t fit le manuf^cturier ed tressaiilant du ton de Baudraie, pourquoi ditei^-vous cela?
— Parce qu0, depuis dijt joutfe, deS gens bieh infofjii6s, qui VoUs ont vu courir les banc(Uiers, tiotaires et agents de change, pr^tendisut (}ue voUs tous occupied de faire rentrel* d'^nort&es sottimes.
— A la veille de doter mes filles, 11 n'y atait rieti d*£tonnant k ce que je fisse reiitrer quelqued fonds;
— Oui, mais les m^mesgens bien itiformi^saffirtnent que ces rentr^es d^pa«sent debeaucoup le chiffre des dots. i I lis Tont jusqu'k soutdnir que vous ayez r^alis^ loute Totre fortune^ et qu'&c^tte heureyvous la possi§dez en portefeuille.
Peyrade eut Tidfie de nier mais, Timpudence aidant, il prononga d'une voix railleuse :
— Eh bien^ apr^s ?
— Raisod de plusalorsy puisque vous avez la somme en mains, pour reconnaitre deux millions k mademoi-" selle L^ontine Stor^re^ dit tout bonifacement le docteur.
Le millionnairei croyftnt avoir eu beau jeu de son adversaire, voulut mettre fln k Tentretien.
— Brisons I^^ ditril d*Un ton sec* II y a dix jours j*aipub6tementm'effrayer de vos menaces de bagne. Je viens de dire ce qui fait, aujourd'hui^ que vous a'6tes plus redoutable pour moi. Vous ^tes enchain6 par le respect du nom de votre ami Maucieux^ que porte u ne des filles Storfere.;. Done, je vous brave... Tout k Theure encore, j'ai eu la niaiserie de trembler de-
260 LE GOMTE OMNIBUS
vant vous. J'ai craint que, devant tous le6 amis qui faisaient cortege k mes fiUes et k leurs maris, vous ne cherchiez k briser ces manages par quelqae scandaleuse calomnie. Alors, j^ vous ai c6d6 en laissant partir tout le monde en avaal.
Ce disant, Peyrade avait consult^ du regard la pendule.
—• Tenez, reprit-il en riant, depuis que vous m'occupez de vos balivernes, une heure s'est 6coul6e... Comme vous le disiez, la presence du p^re h la mairie n'esi pas n^cessaire & la calibration d'un mariage... En consequence, las de m'attendre, mes enfants ont dti passer outre k mon absence... et en ce moment, ils son bel et bien mari^s. La derni^re crainte que vous m'inspiriez n'a plus done sa rais^on d*exister... Aussi je vous prie, k I'avenir, de m'6viter vos menaces, vos conseils et vosvisites..« A present adieu; je ne vous retiens plus... AUons, je veux rejoindre mes filles, laissez-moi passer, je vous prie.
Le dos sur la porte, Baudraie demeura immobile et apr^s un petit ricanement au nez de Peyrade, qui se tenait devant lui, attendant qu'il lui livr&t passage, il lui dit doucement :
— Oh I oh I honor6 monsieur, comme vous 6tes press6 de rompre un aussi charmant entretien... Un pen de patience, s'ilvous plait... car je n'ai encore souffle mot du vrai sujet k traiter entre nous.
'— Assez de vos pasquinades! Laissez-moi passer. Je veux rejoindre mes filles, gronda Peyrade, dont la colore recommengait.
— A quoi bon? dit k son tour Baudraie, sans quitter sa position. N'avez-vous pas avanc^, tout k Theure, qu'en ce moment vos filles doivent dire marines? Mieux vaut done que vous attendiez ici le retour de vos invi-
LES PiLtBS DtJ MILUONNAIRE ^ 261
t^s en causantavec moi qui, justement, tiens ua sujet fort intdressant pour vous... Parlons un peu d*une de Yos anoiennes connaissances... de Goberju.
Ace nom, la colore fit trdve chez Peyrade, qui iprouva un tressaillement de peur.
— Oui, poursuivitle docteur, de maitre Goberju, ,qui cbn matin, avec la mine penaude, est venume rendre yisite pour me prier de remettre eertaine lettre en mains d^sign^es, au moment oil votre cortege parti* rait pour la mairie.
— Gette lettre est done pourmoi?
— Non^.. elle est adress6e k votre fiUe H61&n^.
— Alors pourquoi ne la lui avez-vous pas donn6e au moment indiqu6 ?
— Dame ! je croyais en avoir vite fini avec vous k propos^de votre mariage avec mademoiselle Stor^re, et, apr6s, pouvoir remettre k temps la missive A votre fille.... Mais, vous k refuser, moi k m'efforcer de vous faire consentir, nous avons gaspill6 des minutes pr6« clauses... Ainsi que vous Tavez dit, votre fille maintenant a dtlprononcer son oui devant le maire... et cette lettre arriverait comme de la moutarde apr^s diner.
Tout en parlant, le docteur avait fait sortir de la poche de son gilet Tangle d'une lettre qu'il y fit ensuite rentrer dhs que Peyrade Teut apergue.
-~ Donnez-moi ce papier, commandale miilionnaire en retrouvant sa fureur.
— Non, fit s^chement Baudraie.
Peyrade crispa les poings, et d*une voix br^ve et menagante :
— Donnez-moi cette lettre, r6p6ta-t-il.
Mais le m6decin,loindes'eifaroucher, continua sur la gamme d*une piti^ ironiqu^:
— Quand le bonheur ne vit que d*illusions, pourquoi
,fl
Wi LB GOMTE bMRIBOfl
vous enl^Terais-je eell^s qui tous font h^ureux & cetUi heure^ vous qui croyez avoir trouv6 dans BoudiaC la ph^nix des getidres? Pourquoi tenterais^je de vous 6clairer sur cette grandeur d'Ame, sur cet esprit g6- ' nSreuxvet, surtout, sur ce d^isint^r^essemeiit pyramidal qui Tous a si bien englu^s, vous et votre fille? Pourquoi essayer de vous convaiticre que cette perie des maris n'est qu'uti effrdtttfi ftoquiu qui fera le malheur de votre fille ?
— Silence! vous calomniez un honn^te homme!
cria Peyrade, que sa reconnaissance pour Roudiac rendait incr^dule.
— Bah 1 fit d^daigneusement Baudraie, un honn§te homme, croyez-vous? Tel n'est pas Tavis de Goberju qui, dans cette lettre destin^e & ^difier H61^ne sur le compte de son futur^ raconte je ne sais quelle sc^ne nocturne, k Fontainebleau, qui a suivi la fuite de Grond}er...il parait qu*il a 8em6 pour rScolter, votre bonnMe homme. I...' Certain qu*k vous demander votre fille par les voies ordinaires^ les informations que vous prendriez le feraient hotiteusement refuser^ il a manoeuvre pour vous placer dan« une situation telle que, loin de penser Itvousenqu^rir de son pass6( voUs Tavez regu k bras oaverts comme Tange de la RiSdemption.
Cette fois, Baudraie tira enti^rement la lettr6 de sa poche et la tendit au millionnaire.
— Lisez, dit-il, et vous verrez que votre honn6te homme n'est qu'un indigne chenapan qui avait d*avance adroitement combin6 le pi^ge oil vous vous 6tes laiss6 prendre.
Dans cette lettre que Goberju, ftirieux d'Mre frustr6 par son complice, destinait k Stre lue par H^l^ne au moment de son depart pourlamairic, lecture qui de-
LES FILLKS OU MILLlONNAiRE 263
Tait n^essmirement ameuer une rttpture^ le groom racontait en detail la sc^ne qui atait suivi lafuite de Grondier.
A.mesare 4ue Peyfade lisait ee r^cit qui, une 11 une, faisaittombertoutesses illusions sur Roudiac^ sa figure se convuisait de rimmense rage que lui inspirait Thorrible d^couverle d'ayoir Utr^ sa fille It on miserable.
— Oh! oh! Amotion violente de premier choixl pensa le docteur qui I'examinait.
Sa lecture acbev6e, le millionnaire, tout haletant de fureur, tourna lesyeux vers la pendule,
— J'ai peut-Mre encore le temps de sauver ma fille avantle oui fatal, murmura-t-ii.
Dans Tespoir qu*on devait I'avoir attendu, lui, qui, tout h rheqre, disait railleusement k Baudraie qu'il dtait trop tard, 11 prit son 6lan pour courir k la mairie.
Mais alors il se trouva en presence du docteur, qui, le dosappuy^ surla porte, continuaitk lui fermer le passage.
— Place I place ! cria-t-il k demi-fou de disespoir et de furenr.
Loin d'ob6ir, Baudraie demanda d'une vaix grave et lente :
— Epouserez-vous L^ontine Stor^re ?
— Place I place 1 hurla encore Peyrade.
— Reconnaitrez-vous son enfant?
— Je veux sauver ma fille ! Livre-moi le passage ; entends-tu ? prononQa le colosse, dont la voixb6gayait de furie.
— Enfin, assurerez-vous Tavenir de celle dont vous avez assassin^ le p^re ? continua Baudraie sans bouger de place.
Semblable au tigre qui prend son 61an pour s*61an-
264 , Lfi GOMTB OMNldUS
oer sur sa proie, Peyrade, T^cume aux l^vres, TobU en feu, fitun pas en arri^re, se ramassa sur ses jarrets, et d'un ton qui n'avait plus rien d*humain :
> — Yeux-tu me laisser passer ? demanda-t-il.
-^ Non. Pas de piti6 pour celui qui n'en montreancune h ses victimes, prononQa Baudraie.
— Alors, malheur h toi ! gronda Peyrade.
Et 11 s'6lanQa sur son ennemi.
Mais, h son premier pas, 11 s'arr^ta, chancelant sur ses jambes, Todil hagard, cherchant de la main un ap* pui, comroe si la terre manquait sous lui.
— Oh ! oh 1 qu'est-ce cela ? balbutia-t-il.
— G'est I'apoplexie pr6dite.. . Yous 6tes en avance de quatre jours, honor6 monsieur... J'ai gagn6 mon pari, r^pondit tranquillement Baudraie.
— Jesuis perdu I dit le colosse, qui, incapable de se soutenir, se cramponnait h Tangle de la chemin6e.
r— Perdu, oui... si une saign^e ne vous est pas faite , avant cinq minutes, continua le m6decin d'un ton
calme et glacial.
' — Sauvez-moi, docteur, sauvez-moi I articula p6ni-
blement le millionnaire dont la -voix s'empd.tait.
— Epouserez-vous L6ontine Storfere? r6p6ta Baudraie.
Peyrade ne voulut pas c6der.
II d6tacha une main du marbre auquel il se retenait etr^tendit vers la sonnette. L'6tourdissement ne lui permit pas d'achever le geste.
— A moi I h moi I souffla-t-il en se laissant glisser sur les genoux.
— II est inutile d'appeler. Tons vos gens ont suivi les mari6s... Seul, le concierge est rest6, mais sa loge est trop 6loign6e pour que votre appel, fftt-il dix fois plus fort, soit entendu par cet homme... Nous
LES FILLES DU MILLIOI^NAIRE 265
sommes seuls, et vous a'avez h esp^rer de secours que de moi, dit le docteur qui s'6tait approch^ du manufactnrier affaiss6 sur le tapis:
Ge disant, Baudraie avait tir6 de sa poche un papier timbr6 qu'il plaga sur une table, pr^s de I'^critoire qui s'y trouvait, et, ensuite, une petite trousse dans laquelle il prit une lancette.
— D6cidez-vous, honor6 monsieur, reprit-il, le temps presse... Deux minutes son t d6jk^coul6es... et pour vous, les minutes ont leur importance.
II fit briller la lancette aux yeux de Peyrade, dont 1^ regard vague put encore apercevoir le scintillement de racier.
La peur de la mort brisa enfin la resistance de Peyrade qui, avec unesorte de r&le, parvint k prononcer ces mots :
' — II me semble que mon crd.ne va ^clater, mes veines battent k se rompre, mon cerveau s'embarrasse... J'ob6irai, docteur ; sauvez-moi, j*ob6irai.
— Bien, fit Baudraie.
11 se pencha vers Peyrade qu'il entoura de ses grands bras, puis, apr^s Tavoir soulev6, il le conduisit, en le soutenant, jusqu'^ la table sur laquelle il avait 6tal6 le papier timbr6.
— Signez-moi cela, commanda-t-il.
r- Qu'est-ce quecet 6crit?
— Un acte qui mettra L^ontine Stor^re k I'abri d'un manque de m^moire de votre part. A tout hasard, je Tavais pr6par6 d'avance.
— Je vous jure que je tiendrai ma parole.
— Bah! signez toujours.
— Mes yeux se troublent, je ne vois plus.
-Baudraie lui prit la main.
— Tenez, dit, il, signez, \k, Je vous donnerai une
266 ' LB coMTfi: OMmBus
copie de cet acte que vous lirec k Toire aise quand la saign^e tous aufa £clairci la vue.
L'espoir galvanisa la torpeur mDrt^lle de Peyrade, qui parvint k tracer sd signature au bas da papier. Ensuite, il se renversa dans le fauteuii sur lequel Tayait assis Baudraie, et d'une voix alourdie, k peine intelligible, Jl murmura :
— La 8aign6e ! docteur, la saign^e!
Baudraie commenga par plier Tacte, qu'il insira dans son portefeuille.
D'un (Bil h^b6t6, Peyrade le regarda faire.
Son portefeuille rentr6 en poche, le docteilr prit alors la lancette qu'il avait pos6e sur la table*
Bien que rintelligence chez Peyrade tti d6jk aux trois quarts obscurcie par renvahissement dii sang dans le cerveau, il tendit le bras au m6decin.
Mais Baudraie, bien tranquillement, replaga la lancette dans la trousse qu'il r6int6gra aussi dans sa poche ; puis, en regardant le malade en face :
— Tout bien r6fl6cbi, lui dit-il, je ne vois pas la n^cessit^ de rendre la vie k un miserable de votre sorte.
Et, tournant le dos, il rnarcha vers la porte.
Dans un supi^^me effort^ Peyrade parvint k se rdever de son fauteuii et chercha, de la main, k relenir Id doctelir.
Ses l^vres, qui voulaient sans «k)ute supplier son juge, s'agit^rent sans pouvoir prof6rer un son^
Puis il poussa un sourd g^missement, 6tendit les bras et tomba de toute sa hauteur sur le parquet, la face contre le tapis.
11 6tait mort.
Au bruit de la chute, Baudraie, qui touchait kla porte, se Tetourna, et ses yeux interrog^rent la pendule.
— J'avais bien deviii6, se dit-il. En cinq minutes son affaire a 6t6 r6gl6e.
Aussi calme que s'il venait de commander un lait de poule h un malade, il s'^loigna de cette chambre oil 11 laissait un cadavre.
Une demi-heure^plus tafd, les amis de la noce revenaient h rh6tel, tons avec un app6tit aiguis6 par la messe qui avail trains en longueur.
Le cortege des affam^s ramenait Grondier et sa femme.
~ Quant k madame de Roudiac et h son marl, ils avaient mont^ en voilure h la sortie de T^glise, et iis 6taient d6}k bien loin.
Malgr4 Goberju, Roudiac 6tait bel et bien mari^-
Quand le groom, qui, le soir, 6tait venu r6der k rhCtel, apprit la mort de Peyrade et le depart de sort ex-complice, il ent la presque certitude que sa lettre avait H^ d^tourn^e de sa destination.
— Apr^s tout, grogna-t-il, la poste n'a pas 6t6 invent6e pour les chiens.... II y a encore moyen de tarabuster ce voleur de Roudiac.
Goberju, on le voit, n'^tait pas un homme qui jetM le manche apr^s la cogn6e.