‹ Le comte OmnibusChapitre 18 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

314 LE icOMTE OMNIBUS

Gette fois, Jacotot se leva vivement de son si^ge, se secoua comme un chien ipouill6 et, apr5s plusieiirs ouf I poussis en arpentant la chambre ^ grands pas, il finit par s'6crier:

— Ah I Qk, men cher, aurez-vous bient6t termiad voire inintelligible histoire?

— Inintelligible pourvous quiavezla manie d*interrompre, mais qni serait des miens compr^hensibles pour celui qui aurait la patience d'6couter silencieusement, r^pliqua le comte Omnibus d*un ton sec.

— Alors, je deviens muet comme une carpe ; continuez, dit le chimiste en se rasseyant.

-^ Qui, reprit M. de Bl^.ves, puisque ce fils ain6 de madame de Roudiac a 6t6 jadis reconnu par moi^ je suis done son p^re aux yenx de la loi. Entre nous, que nous disions qu'il est fr^re de Raoul et que nous reconnaissions madame de Roudiac pour sa m^re, c'est bien ; mais, devant le code, ils ne sont rien pour ce gar^on qni, toujours de par la loi, n'a au monde pour unique parent que moi, son p^re.

Et M. de Bl^ves ajouta en riant:

-** P6re peu gftnant, h la v6rit6, car le jeune homme, quine m'a jamais vu, doit me croire mort.

— R6my, R6my, R6ray, grogna entre ses dents Jacotot qiti, impatient^ par ces dMails qu'il trouvait oiseux, voulait revenir au point de depart, en un mot, atoir Texplication de rint6r6t qui poussait Tusurier & favoriser Tenfant naturel au detriment de Raoul; l6 Ills legitime.

Comme s'il se faisait un jeu d*agacer son auditeur, le comte Omnibus, au lieu de satisfaire la curiosity du chimiste, poursuivit tranquiltement :

— Admettons que madame de Roudiao meure demain apr^s s'fitre arrang^e adroitement pour que sa

LES FiLtBS on hIlmont^aire 315

fortune passe k son Benjamin ; voil^ done mop fils, le jeune comte Horace de Slaves, devenu millionnaire, n'est-il pas vrai ?

^ Jacotot approuva d*un signe de idle.

— Admettons encore que le jQune millionnaire tr6- ^. passe k son tour* A qui, je vous le demande, son immense fortune arrivera-t-elle, si ce n'est k moi, son p^re, son seul parent, son h6ritier privil6gi6?

Jacotot fit une moqueuse grimace que le vieillard corpprit, caril reprit aussit6t:

— Oui, je sais ce que vouspensez. N*est<*ce pas k moi qui ai quarante ans de plus que ce gargon, k le pr6c6der dans la tombe?... Mais, que youlez-vous? on est mortel k toutdge... surtout quand, derri^re soi, on a des gens qui se chargent de vous faire jouir, avant votre heure, de la f6licit6 celeste. Bst-ce votre avis,

. monsieur lecbimiste?

Le deraier motprononc^ par M. de Bl^ves op^ra un effet d6sastreux sur Jacotot, qui, pour le coup, croyant avoir trop bien compris, se redressa tout p4le et prononga, d*une voix qui fr^missait d'indignation :

— Est-ce que ces millions, dont vous 6tes venu m'offrirlepartage, vouscomptez les conqu6rir en demandant k mon talent de chimiste de faire jouir la m^e et le fils, avant leur beure, de la f^licit^ celeste ?

La question 6tait k peine achev6e que le p^re Omnibus se tr6moussait de rire sur son fauteuil en b^gayant d*une voix entrecoup6e, par de joyeux spasmes :

— Ah I ah I ^tes-vous bfite, mon gargonl Oiiallezvous,'je vous prie, chercher des id6es pareilles ! Est-ce sque rien, dans mes paroles, vous a r^v616 un projet de cette nature ?

Puis reprenant son s6rieux :

— Ayez done de la m6moire, moa cher, dit-il, et

rappelez-vous en quel 6tat, la premiere fois que vous Tavez vu, vous avez trouv6 ce jeune homme.... Avec un magniftque coup de couteau qui lui avait traversfi le corps... Done, sans que ce soit vous ou moi, vous voyez bien que, gvkce k un autre, il 6tait sur le point d'aller, avant son heure, jouir de la f6licit6 c61este.

— C*est vrai ! confessa Jacotot, un pen honteux de son indignation h faux.

— Done, madame de Roudiac morte, son ills, ou plut6t mon fils mort aussi, me voici devenu, par heritage, riche k millions... Admettons encore que moi k mon tour, je succombe de mort violente...

— Vous ! raais qui done ?

Cette interruption fit perdre patience au comte Omnibus qui s'6cria :

— Mais, sacrebleu ! taisez-vous done! Puisque vous tenez tant k savoir quel int6r6t R6my avait k favoriser le ills naturel au prejudice de Roudiac, laissez-moi done vous Tapprendre.

Et d'une voix plus calme :

— Me voil^ mort, reprit M. de Blfeves. Alors la loi se met k chercher k quels h6ritiers il lui faut distribuer mon heritage.

— Et elle ne manque pas d'en trouver... ear vous avez jou6 le r61e de p6re Gigogne... Vos enfants, ou pr6tendus tels, se pr6senteront en foule.

— Eh bien, mon cher, \oilk ce qui vous trompe... Outre que la mort a d^j^ fait disparaitre beaucoup des enfants reconnus par moi, celui ou ceux qui auront cette aimable attention de m'exp6dier un peu brusquement dans I'autre monde, auront aussi pris leurs mesures pour que, de ma prog6niture actuellement survivante, il ne reste, k ce moment-Ik, qu'une seule t^te.

— Ah ! bah I fit le chimiste, tout e£Par6 par ca que

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disait le p^re Omnibus, et ce sur le Ion le plus jovial du raonde.

— Oui, reprit le comte, une seule t6te... Ravissante tftte, h la v6rit6... et que vous connaissez.

*— Laquelle?

— G'est celle qui est sur les ^paules de la belle Andr^e.

— Quoi I Ahdr6e est votre fiUe ! s'6cria Jacotot qui n'en 6tait plus k compter ses surprises.

Gette exclamation fit secouer la t6te k M . de Bl^ves, qui r^pondit en riant :

— Oh I oh! ma fille... Entendons-nous... Elle Test au m6me titre que les autres.

— Ah ! vous Tavez reconnue?

— Oui, mais, elle, pasenpleine mairie ni par declaration devant le maire. Je I'ai reconnue k la sourdine, par declaration devant nolaire, kTinsu des p^re et m^re auxquels je voulais jouer plus tard un bon tour.

— Vous les connaissiez done ?

— Oui, une belle paire de mis^rables.

— Que vous ne pouvez pas me nommer sans doute, appuya le chimiste, curieux de connaitre les parents dela creature qui lui avait remu6 le coBur.

— Ne pas les nommer ? r6p6ta M . de Bl^ves. Bien au contraire, mon cher. Sachez done que la belle Andr6e est la fille de R6my et de la Durondeau.

Apr^s un court silence que ne troubla pas Jacotot interloque, le p^re Omnibus ajouta :

— L^l Maintenant, vous savez pourquoi, entre les deux fils de madame de Roudiac, R^my avait int^r^t k favoriser Tenfant naturel... De ricochet en ricochet, les millions devaient finir par arriver k sa fille... par il a la bosse de la paternit6, ce gueux-1^.

Parodiant le gamin qui, k T^cole, demande au

31B > LE COKTB OMHIBUS'

mattre la permission de parler, Jacotot leva la main en faisant claquer ses doigts. -

-— Un mot ? dit-il aup^re Omnibus que le geste avail arr^td.

Ensuite, kun signe delate quilui accordait la parole:

— Puisque, reprit-il, R6my, selon vous, ppss^de une si forte bosse de la paternity, comment se fait-il qu'ii n*ait pas reconnu Andrde?

— Pour une raison bien simple. AT^poque de sa liaison avec la Durandeau, R6my avait oubli6 compl6tement d'avoperJi sa maitresse qu'il 6tait marii; il avait abandonnd sa femme qui v6g6tait misdrableme'nt en province. Done, du c6t6 paternel, Andr6e 6tait un enfant aduUdrin pour lequel notre code est impitoyable. Gomme la Durondeau, k la place od son cr4ne aurait dt montrer la bosse de la materniti) possddait un creuxfort accus6, il s'ensuivit qu*Agla6, de lout coaur, et Rdmy, forc6ment, diclar^rent leur enfant, a Titat civil, n6 de p^re et mhte inconnus... Le couple m'avait -exploits. J'avais une revanche k prendre. A nion id6e, ces deux fttres effrontis et audacieux avaient de Tavenir. Un des deux, au moins, devait arriver k la fortune. Dans resp6rance qu*il y aurait, plus tard, poil ou plume k lirer de la situation, je.me rendischez un notaire, etpar acte notari6, suivant que notre code m'en donnait le droit, je reconnus Andr6e. La bellO; flUe ignore cette paternil6 Active qui la met sous ma d6pendance. R6my, qui, pour elle, n'est que son parrain, la lui a toujoiirs laissd ignorer.

Jacotot leva encore la main et, k un nouveau signe de main qui I'autorisait k parler, il demanda :

—I Comment Tusurier en dtait^il instruit, puisque, m'avez-vous dit, w>us aviez fait voire reconnaissance & la sourdine?

— Ahl voil&:j'aYai3 longtemps gard6 le silence, mais, 11 y a UD an, la mis^re me devint si dure h avaler queje voulus nae faire... un pen iorc6ment, je ravoue... octroyer des secours pai^ E6my.

— On appelle cela du chantage, glissa l^g6rement Jfacotot entre deux respirations du p^re Omnibus qui reprenait haleine.

•^ Chantage, soit ! Je n'avais pas de sot scrupule &

cdmbattre ayec ce dr61e enrichi par mille moyens frau-

.duleux, et surtout par la b^tise de votre ami Dubreuil.

A ce nom inatteodu, Jacotot s'agita sur son si^ge :

~ Oh! oh! s'^cria-t-il gaiement, voili Dubreuil, h present, qui entre en sc^ne I... Sayez-vous quevous 6tes difficile k suivre dans vos r^cits... Yous passez tout h coup d'Un personnage k un autre et, cela, sans le moindre enchainement de fails... Eh bien, puisque nous tenons mon ami Dubreuil, ne le Uchons pas... et ditas^moi, je vous en prie, en quoi sa b^tise a enriciii maitro R6my.

-^ Diable ! fit M. de Bl^ves, qui avait baus$6 les 6paules k cette sortie, vous m'avez Tair d'un 6tourneaU qui ne voit pas le jour en plein midi... N'est^l done pas profond^ment stupide, votre Dubreuil qui, alors qu'il ne se connaissait aucune ressource, ne se demandait pas, en voyant I'usurier lui avancer des sommes importantes sur ce qu'il appelait « sa bonne 6toile «, ne se demandait pas, dis-je, si cette pyrami- : dale imprudence d'un ^Ire r6put6 retors et avide, ne cachait pas quelque pi6ge?

— Le fait est que Dubreuil ne s*expliquait pas la conduite de I'usurier, qui, je crois, lui avanc6 prSsde deux cent mille francs.

— Pour lesquels il a sign6 huit ou neuf cent mille I francs de billets,.. Ahl c'est un habile homme que ce

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R6my! 11 avaitjur6 de s'approprier, au meilleur march^ possible, la fortune de madame de Maucieux, etil y a, pardieu! presque r6ussi. Sachant que la bonne dame avail test6 en faveur de Dubreuil, son fils nature!, maisqu'elle neprot^geait ouvertement qu'en qualit^ de marraine, Tusurier est arriv6 k la s6questrer, avec Taide de cet autre chenapan du nom de Goberju, qu'il 6tait parvenu k faire admettre dans la maison comme intendant. A mesure que la paralysie immobilisait la pauvre femme, R6my faisait le vide autour d'elle, dans la retraite oil il avail eu Tadresse de Tattirer. Pendant que la malade r6clamait chaque jour la presence de son filleul, Tusurier le lui d6sigtiait comme un monstre de paresse, de d6bauche et d'ingratitude, qui refusait d*accourir k son appel. De son c6t6, Dubreuil, rest6 sans ressources par la disparition de sa marraine, acceptait b6tement les pr^ts que R6my lui faisait avec une facility qui aurait ^ii exciter se m^fiance. II en est r6sult6 que Tarabe, aujourd*hui queTh^ritage est acquis k Dubreuil, va mettre la main sur une fortune que Tusure lui a donn^e k vil prix; et, cela, sans que votre ami puisse jeler les bauts oris ni lui faire rendre gorge, attendu que R6my a si adroitement ma n(BUvr6 que, gr^ce k certaine lettre 6crite par Dubreuil et que vous connaissez, il pent, demain, accuser 1 filleul d'avoir fait empoisonner sa marraine par u chimiste de ses amis... dont vous-savez le nom, j'ima gine... aftn d'entrer en possession d'un b6ritage qui tardait trop k 6choir... Ah ! il vous a mis dans de beaux draps, ce Dubreuil que vous d6fendez, quand je dis qu*il n*est qu'un franc imbecile.

En homme qui Uche pied, faute de savoir comment se d6fendre, Jacotot pranonga d'une voix piteuse :

— Si nous revenions k la belle Andr^e?

LES FILLBS DU MFLLIONNAIRE 321

— A quoi bon? Je vous ai tout ditsur Andr6e. EUe repr6sente le c6t6 faible, le d6faat de la cuirasse de R6my. Le brigand adore sa fiUe. II a r^solu de lui amas* ser une fortune 6norme, et , pour atteindre son but, il ne reculera devantrien^pas m6me devant un crime. L'empoisonnement de madame de Maucieux le prouve. Et il ne s'artMera pas Ik 1 II est encore deux personnes qu'il compte faire disparaitre.

— Deux personnes ! lesquelles ? demanda le cbimiste alarms par le pressentiment qu'il se trouvait englob^ dans les futurs projets de R6my.

— Lesquelles? r6p6ta le comte Omnibus avec un peu d'impatience, mais, mon garQon, vous avez doqc le cerveau si 6pais qu*il faille vous r6p6ter deux fois les choses pour vous les faire comprendre? Ces deux personnes, je vous les ai di]h nomm6es. La premiere est le jeune bomme au coup de couteau, ce fils de madaroe de Roudiac, qui porte mon nom. La seconde est moi-m6me, votre serviteur ici present. Ne vous ai-je pas parl6 tout k I'heure de deux morts violentes qui feront arriver dans les mains de la belle Andr6eles millions de madamede Roudiac?... HeinI y 6tes-vous?

Sans attendre la r6ponse de Jacotot, M. de Bl&ves continua en souriant :

— Et dire que c'est moi-m6me qui ai donn6 k R6my rid^e premiere de cette belle speculation qui menace ma vie!... Aussi, pour bien vous la faire comprendre, je reviens kce jour oti, comme je vous le disais, la mis^re m*6tait si dure k avaler quMl me prit la fantaisie d'aller faire un peu chanter maitre R6my... Ah! la scfene fut du dernier comique, je vous le jure ! Elle commenQa d'abord par un refus bien sec de Tarabe, auquel, k titre de pr^t, j'avais commence par demander un billet de mille francs. « Jevous ai pourtant fait,

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jadis, gagner bien de Targent avec ces racbonaisgances d'enfants qui vous rapportaient dix fois ce qae je rece* vais de tous », lui dis-jeau d^but. Ilbaussales 6paules 2t ce reprocbe, et du ton bourru qui lui est habitual : « Ta, ta, ta, fit-il, on vous avaitpropos6 unprix. Vous Favie? accepts. A cbaque reconnaissance, je vous ai compti la somme convenue. Done je ne vous dois rien. » Et, ce disant, il me montra la porte, u Erreur, dis-je, il est une reconnaissance qui ne m'a pas 6t6 pay6e : » H cbercha dans ses souvenirs et demanda : (c Laquelle done ? » Je tirai un papier de ma poche que je lui mis sous le nez en r6pondant : a Gelle-ci. » C'6tait la copie de Facte de declaration par-devant no* taire qui, depuis prhs de vingt ans, me faisait le p^re de sa fiUe, de cet enfant adultirin que la loi ne lui permet pas de reconnattre. Vous voyez sa figure d'ici, n'est'^ce pas? Ses yeux ^tincelaient de rage. II rugissait h la pens6e de ce pouvoir que j'avais sur Andr^e, II menaQa d'attaquer la validity de la reconnaissance. « Ta, ta, ta, cbantai-je & mon tour, quand, Agla6 et vous, vous 6tes venus, jadis, me proposer de vendre mon nom, vous avez pris la precaution de m*apprendre mon code. Aujourd'hui, je le connais tout aussi fiien qu'un professeur de droit. Ma reconnaissance est inattaquable. Andr6e, sur laquelle vous n'avez queFautorit6 d'un parrain, autorite de pure convention, Andr^e estbel et bien ma flUe de par Tartiole 334 du code. Qu'il meplaise de la faire venirvivre prfes de moi, j*en ai le pouvoir. Au besoin, la gendarmerie me prfitera son aide, llya mieuxencorc; Que la jeune fiUe h6rite de vous cette grosse fortune que vous lui amassez, et qu'apr^s cet biritage, elle decide, c'est k moi que, par droit de succession, reviendront vos 6cus. » R6my 6tait vert de furie, Je vous

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passe ses cris, ses jurementa , §es menaces. Mais comme au fond le coquin savait que je disais juste^ tout se termina par un billet de miile francs qu'il me Ucha avec la bonne gr&ce du dogue auquel on retire sa p&t^e.

— Et vous dites que c'est de cette sc6ne qu^ date chesE R6my l'id6e de voas tuer ? demanda Jacotot.

, — Oh I non, non, fitvivementle p^re Omnibus, notre gaillard ne tue que lorsqu'il y trouve un gros int6r6t,;L'id6e ne lui iest seulement arriv6e que quand Raoul Roudiac est venu lui demander vingt mille francs pour marier, disait^il, une ancienne maltresse , et que, forc4 de s'e](pliquer, il a d6taiI16 le plan qui la mettrait ^ m^me, chex Fayeugle, d*op6rer une fodille dans les papiers de feu Grondier p^re. L'afiaire a phi aussit6t ^ R^myv qui a voulu mettre la main &la pMe*.. Savez^Youspourquoi?... Uniquement pour emp^cher Raoul d'atteindre son but.

Que le jeune Roudiac trouvftt la moindre trace, il se pouvait que les millions de la m5re neparvinssent ja* mais au flls a!n6, \ Tenfant non reconnu... G*est ce que ne voulait pas R6my, auquel la r^v^lation que je lui avais faiie inspira alors sa famettse id6e. Je vous le vk^ p6te en deux mots : Que le flls batard h^rit^t et qu'il mourlit peu de temps aprfes, c'6tait k moi, son pire aux yeux de la loi, son unique et legitime h6ritier, que la fortune arrivait. Puis, moi mort... mort un peu vive« menti.. mon heritage passait alors de droit & Andr^e^ ma fiUe l^galement reconnue. HeinI quand je vous disais que ce gueux d'homme poss^de la bosse de la pat^sniti d6velopp£e au possible I Pour enrichir son enfant, il ne regarde pas & faire brusquement sortir deux 5tres de ce bas monde..». Que dis-je, deuxl..« peut-6tre bien trois«., car madame de Roudiac est le

premier point de depart de Top^ratioii financi^re du gredin.

Aux derni^res phrases du conteur, Jacotot s*6tait mis k plisser ies l^vres elk balancer la t^tede la faQon la plus incr^dule.

— Hein ! fit le comte, de quoi doutez-vous?

— Heu I heu ! lAcha le chimiste, je crois que vous prfetez k R6my une ^nergie qu'il est loin d'avoir. Sa coquinerie est doubl6e d'une prudence qui ne le laissera jamais s'aventurer k exp6dier deux ou trois personnes dans Tautre monde.

— Vous dites une belle niaiserie, mon cher gargon. C'est pr6cis6ment parce que la coquinerie de cet homme va de pair avec sa prudence qu'il arrivera plus, sdrement k ses fins. Que son ^nergie n'aille pas jusqu'k commettre des meurtres, je le veux bien. Mais sa prudence Ies fera ex6cuter par d'autres. Du jeune comte Horace de Bl^ves, il saura se faire d^bajrasser par son fr^re, Raoul Roudiac, un vrai tigre qui ne demande qu'^ mordre. Peut-6tre meme R6my a-t-il d^ji commenc6 k l&cher la b6te f6roce sur sa proie.

— Alors, dit Jacotot en interrompant, suivant vous, le coup de couteau regu par le comte aurait.6t6 administrS par Raoul Roudiac, pouss^ k son insu par Tusurier?

— Oui et non, ripondit le p^re Omnibus. Non, parce que R6my n^aurait pas b^tement mis la charrue devant Ies boBufs, c'est-i-dire, puisque son but est de faire arriver k Andr6e Ies millions de madame de Roudiac, qu*il n*aurait pas supprim^ rh6ritier avant de lui avoir fait toucher Th^ritage. Pour Tusurier, il est un ordre logique dont il ne peut se d^partir; madame de Roudiac d'abord, Horace ensuite, moienfin; bref, dans Tordre de succession. Ce qui fait que Rou-

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mmmm^i I I ^. I I I II I .» I I I II

diac fils, contre le gr6 de R6my, a 6t6 plus vite que les violons, c'est que le jeune homme, ignorant qu'il n*est qu'un simple pion entre les mains de I'usurier, atravaili6 pour son propre comptc, pour son meilleur int^r^t. Le digne gargon a trouv6 que le seul moyen d'emp^cher les millions de la m^re de passer k son fils Mtard 6tait d'ezp^dier ce b^tard....

— Etil a frapp^ son fr6re ? conlinua le chimiste.

— Lui-m6me, non.... mais il a fait ex6cuter la be- SQgne par un certain gueux qui s*appelle Pirouette.

Si formelle qu'6tait la defense d'interrompre, elle 6tait impossible k observer pour Jacotot. Au milieu de tons les faits de ce r6cit, qui se casaient pen k pen dans sa m^moire, il lui fallait ^clairer, k Ta^de de questions, certains points surlesquels le conteur passalt trop 16g^rement. Aussi, k ce nom nouveau^ s*6cria-t-it:

— Pirouette I qu'est-ce que celui-li?

— Un r6deur de barri^re, «effront6 vaurien, bon k tout faire. C'est lui, j*en jurerais, qui, pour le compte de Roudiac, a dtl donner le coup de couteau qui a mis Horace sur le flanc.

— Ohl oh! eroyez-vous? fit Jacotot d'un air de doute.

— Alors quel serait le motif qui a rapprocb6 ces deux bommes ? Apr^s votre visite cbez madame de Maucieux, si vous ne m'avez pas retrouv6 dans le fiacre, k la grille du Luxembourg oti, comme il avait 6t6 convena, Je devais vous attendre, c'est qu'il m'avait pris faintaisie, en le voyant sortir du jardin, de suivre le jeune Roudiac, que j'6tais surpris de trouver en ce q^artier perdu. Gent metres plus loin, k quelques pas de rh6tel Maucieux, je Tai vu se glisser dans un caf6 borgne oiiTavait pr6c6d6 Pirouette... Li, ils se sont

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