‹ Le comte OmnibusChapitre 4 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

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bientdt que, venu l^g^rement ou non, son envoi avait appel6 Tattention de la sous-maitresse. Sans lever la t^te, les y^ux toujours fix^s sur son livre, ,elle avanga doucement une main qui alia se poser sur la bourse^ puis, par petits mouvements, elle remonta son baiia jusqu^il lapoche de son t^tblier de sole noire oil il disparut.

Lq fait d'ane bourse pleine de louis qui vous tombe des nues n'est pas chos^e si commune qu'elle ne vaille m^me point la peine qu'on adresse au ciel un regard reconnaissanV Grondier s'attendait done k voir le visage de la sous^maitresse se tourner vers lui^ mais il fut d^Qu de cette esp6rance^ car Aglai, aj^r&s la bourse empoch^e^ ne quitta nullement son attitude de liseuse profond6ment absorb^e par sa lecture.

Seulement ces mots, prouonc^s d'une voix prudente^ arriv^rent jusqu'^ lui :

— • l!tes-vous bien cach^ dans le feuillage, monsieur Peyrade ?

En se voyaht pris pour son rival, Grondier 6prouya tout h, la fois un double sentiment de colore et de~}Oie. Tout satisfait qu'il £tait d'une erreur dont il allaii profiter, il 6tait furieux en reconnaissant que le mil'' lionnaire, avant lui, avait pens6 k utiliser les services de cette femme.

— Oui, je suis bien cacb^, r6pondit-il d'une voix dont rintonation 6toulf6e ne pouvait r6v£ier qu*il n'^tait pas celui auquel la sous-maltresse croyait parler.

— C'est que^ voyez-vous, il ne faudrait qu'une seule 61^ve qui vous apergtlt pour que je fusse compromise. Peu s'en est fallu la derni^re fois, pour m'avoir vue regarder le haut du mur, que madame Dumouchet ait eu des soupQons... et je crois qu'elle

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me sufTeflle. G-estpour cela que je vous demande de me permettre de tous r^pondre sans lerer les yeux de des8tis men livre.

— FaitesI fa(tes! dit vivement Grondier auquei agr^ait fort cette fagon de eonverser qui lui laissait pleine facility pour jouer le rftle de Peyrade.

Apr^s un petit silence, la sous-mattresse reprit :

— Yous avez done encore besoin de moi? Vous savezqueje suis toute & votre disposition... Je crois ▼ous Tavoir assez prouv6.

Gette derni^re phrase, sur laquelle Agla^ airait appuy6, parut concluante au fils du notaire.

— J'avais raison, se ditril, c'est elle qui a livr^ les ftlles Stor^re It Peyrade... Oui, mais par quel moyen?.*. VoilSi ce qu'il faut savoir en m'y prenant avec adresse.

Malheureusement, si astucieuse diplomatic que le jeune homme se pr6par&t k d^ployer, il n'eut m^me pas le temps de d^buter, car, au moment m^me qu*il ouvraH la bouche, Aglal se leva brusquement, cacha son livre a?eG la precipitation d'une personne qui ne veut pas 6tre surprise en faute et s'^langa hors du berceau an eriant comme si elle r^pondait k un appei :

— Me ¥oiGi I madame, me void I

Elle dUparut au toumant d'une all^e couverte qi|i la rendit invisible pour le beau Grondier, rest6 sur son 4chelle, toutpenaud de ce di§nouement inattendu.

A dis pas de distance, derri^re le rideau de verdure qui la voilait, Agla^ s'^tait arrdt^e pour rire.

'^-^ Eh ( eh! se disait^eile, je crois que j'ai assez bien T6p^i6 la leQon que m'a faite Goberju, sans vouloir m'en expliquer le pourquoi.

Puis, immMatement, pour 6tre entendue de Grondier, elle pronon^a k haute voix :

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— J'6tais 1&, madame, sous ce berceau k rombre, mais je n*en surveillais pas moins les 616ves.

— La fiae mouche aura M appel^e par la Dumou* chet et elle va revenir ' aussitftt que la vieille aura tourn6 le dos... Attendons, pensa le jeune homme.

Juch6 sur son perchoir, la t^te abrit^e sous les feuilles, il patienta pendant dix minutes en examinant la partie du jardlnque son observatoire lui permettait d'embrasser du regard.

— Ah I la voici ! se dit-il enfin h la vue d'AgIa6 qui apparaissait^ I'extr^mit^ du jardin.

Mais, au grand d^sespoir de Grondier, la sous-maitresse, au lieu de manceuvrer pour se rapprocher insensiblement du berceau, resta sur place, i. distance, tant et si bien qu'elle n*avait pas encore boug6 de la longueur d'une semelle quand retentit le son de la cloche qui annongait la fin de la r^cr^ation.

Agla6 mit ses 6\h\es en rang et Grondier, sans qu'elle etit, tourn6 la t^te de son c6t6, la vit suivre les pensionnaires et disparaitre, avec elles, dans la mai-* son.

— Probablement qu'elle se sent encore 6pi6e par la Dumouchet, pensa le jeune homme pour se consoler.

Au fond, la consolation lui 6tait facile, car, de son court dialogue avec la sous-mattresse, il croyait avoir tir6, aux d6tails pr^s, la certitude qu'il cherchait.

Du pen de paroles prononc^es par la Durondeau, il ressortait bien clairement pour le fils du notaire que cette femme 6tait toute h la devotion de Peyrade qui avait achet^ ses services. Or, pour que le millionnaire soudoyAt une employee du pensionnat et qu'il vtnt causer avec elle du haut d'une 6chelle, ce n'6tait 6videmment pas dans I'intention, hautement aTouable, de s'entretenir de s^s propres fiUes. Ce ne pouvait

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done 6tre assar6ment que dans un but coupable, qui avait besoin de myst^re et pour lequel il prodiguait For h la sous-mattresse, qu'il avait agi... Et ce but, dans Topinion de Grondier, ne devait 6tre que la seduction des demoiselles Stor^re.

Ge fut done h pen pr6s content du r^sultat de son expedition, si incomplet qu*il eM ete, que Grondier descendit de rechelle. Tout en longeant le mur pour revenir au vestibule de la maison du chevalier d'in* dustrie et de 1& gagner la rue, le jeune homme se di salt en guise de consolation :

— Apr^s tout, je ne regrette pas mes quinze louis empocl^ par la sous-maitresse, car k present, quoi que Roudiac ose me soutenir, je suis bel et bien certain que les deux belles creatures que j'ai vues h la fen^tre de la salle h manger de Peyrade sont les filles de r^picier que le millionnaire a fait pousser dans son filet par cette Agla^.

Quand il atteignit le pied de la maison de Roudiac, il leva les yeux vers le logement de I'escroc. A cause de Tardent soleil de midi, toutes les persiennes des fen^tres etaient ferm^es.

— En ce moment, il me croit bien loin d'ici, pensa* t-il en entrant dans le vestibule, qu'il traversa pour gagner la porte de la rue.

Grave erreur de sa parti Roudiac le croyait si pen loin que, en compagnie de Goberju, qui 6tait remonte apr^s sa legon faite k la Durondeau, il avait 6pi& toute la sc^ne k travers les feuilles des persiennes.

— lA, fit Goberju en voyant le fils du notaire dispa^ raitre, voicinotre homme bien englu6... Le reste me regarde... et je vais m'en occuper tout de suite.

Et il s'6chappa des mains de Roudiac, qui tentait de le retenir, en disant :

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— Non, non, laisfiez-moi partir, il faut que jd le rattr&pe dans la roe.

Grondier n'^tait pas encore arrtv4 au bas de la rue Blanche qu'il ehtendit r^sonner derrii^re lui le pas alerte de quelqu'un qui, apr5s Ta^^if bientdt MpA^^t, continua sa marche pri6cipit6e.

Mais, cent mMres plus loin, Tindividu s'arr^tadeyaiit une affiche qu'il se mit h lire, en se montrant ainsi 4e profil au jeune homme qui arrivait.

— Eh I c^est (joberju I Par lui je saurai enapre quelque chose, se dit Grondier qui, lorsqu'il eftt rejoint le dr61e, toujoqrs lisant son afflehe, lui posa la main sur T^paule,

Au contact, le groom se retourna et, d*un ton qu'il fitrespectueuxenreconnaissantceluiquiravaittouch6y il demanda :

— - Est-ce que monsieur yienti la maison pour fairs sa visite d'adieux k mon maitre ?

-^M. Peyrade part done? s'informa Grondier surprise

-^ Aujoiird'hui m6me ; du moins, il raononQait ce matin«

— II part..*, seul? appuya le fiU du notaire,

— Non, il emm^ne ses deux filles,

— Ah I oui, ses fiUes, r6p6taironiquenaent Grondier qui, persuade que le domestique ob^issait k un mot d'ordre, jugea inutile d'insister. Et tu dis qu'il part ce soir pour la campagne?... Quelle campagne? reprit-il.

-^ Je n*ai pas parl6 de campagne ; j'ai slmplement annonc6 qu'il partait... et mdme, si monsieur me pejv met de lui donner mon avis, j'ajouterai que je crois qu'ii s'agit d'un voyage de longue dur^e et en (pays 6tranger.

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