II ■■ ——I I !■ II 11 < I
Que Peyrade parilt pour T^tratiger ou pour la campagne; son abfttoce renyer«ait tous les plans de Grondier. Le millionnaire allait entrainer auloin la double proie que le jeune homme s'^tait fait une question d' amour-propre de luf ravlr.
l\ 6tait done 1^, tout d6coneert£ par la nourelle, rongeant ea colore et se demandant ce qu*il devait faire, quand Goberju, qui feignait de ne rien voir de son trouble, continua d*ua tonnaKf :
— Autant qu'il m'est possible d'affirmer, je pense, d'apr^s quelques mots 6chapp6s k mon mattre, qu'il s'est d6cld6 pour Tltalie. II est alors fort probable qu41 prendra la route de Lyon par le Bourbonnals.
-*- Quelle raison te fait supposer qu*il choisira cette route? demanda Grondier, £tonn6 que le groom indiqu&t d'avance cet itin^raire.
«-*- Une raison bien simple. G'est que, sur cette route, monsieur compte des amis dont rhospitalit6 lui assure des stapes agr^ables dans le cas oil il se r^soudrait, pour ne point trop fatiguer ses filles, h ne pas gagner la frontlftre sans s'arrftter. A commencer de Moulins, ces amis de mon patron se succ^dent presque aussi nombreux que les relais de poste. Le plus p6nible du voyage est done d'avoir k gagner Moulins d'une seule traite.
Gela dit, 1q groom secoua la t^te et ajouta :
— Et encore!...
— Encore... quoi? fit Grondier en le voyant s'interrompre.
f— Non, j'allais dire une chose que mon maitre ne fera pas assur^ment, car il voudraavalertoutde suite un bon bout de route.
— Voyons, dis toujours.
f*- Je pensais que si mon patron ne voulait m6me
32 LG COHTE OKNIBUS
pas pousser d'une seule haleine jusqu'i Moulins, il a encore uu endroit de repos sur la route.
— Quel endroit?
— Fontainebleau. Monsieur y poss^de une petite maison, grande comme un mouchoir de poche, qu'il a achet^e, par caprice, un jour qu'il 6tait all6 Ji Fontainebleau pour visiter le palais... Oui, un yrai caprice de fou, comme il en a souvent, car, au bout d'une semaine de residence, il a pr^tendu que Thabitation dtait trop humide etil n'a plus voulu y rester.
— Alors cette maison est inhabit6e? s'informaGfrondier,qui, sans savoir pourquoi, yenait de s*attacher k ce detail.
— Abandonn6e, non pas; car monsieur y alaiss6 s'6tablir un vieux garde forestier estropi6... Et m6me, soit dit en passant, ce brave homme, si mon maUre voulait passer une nuit dans la maison, serait forc4 d'aller coucher h la belle ^toile, car le local est si ezigu qu'il serait tout au plus suffisant pour pen que monsieur, en outre de ses filles, voulftt encore y loger un domestique et une femme de chambre.
Ges renseignements donn6s, le groom salua Grondier en disant :
— Mais je m'aperQois que je retiens monsieur en pleine rue avec mes bavardages, pendant qu'on pent avoir besoin de moi k la maison, pour les derniers prfiparatifs.
— Alors, va, mon.garQon, ditle fils du notaire en laissant partir le laquais.
Mais, k son troisi^me pas, Goberju se retourna pour demander :
— Dois-je annoncer k mon maitre que vous viendrez lui faire vos adieux ?
-^ Oui, pr6viens-le de ma visite, promit Grondier, k
LES FltLBS DU MILLIONNAIR^ 33
tout hasard, au groom qui prit aussitAt son psis de course.
Six heures apr^s, c'est-^-dire k la nuit tombante, le fils du notaire,. qui avait err6 h Taventure, ea cherchant vainement un moyen de couper Therbe sous le pied de Peyrade, arrivait chez le millionnaire apr^s s'Mre dit , en d^sespoir de cause, que le hasard lui fourniraitpeut-^tre, au dernier moment, une occasion favorable.
II venait d'entrer sous le peristyle quand il entendit> derri^re lui, quelqu'un marcher pr^cipitamment.
C'fitait encore Goberju,
— Tu vois queje tiens ma promesse d*une visite d'adieu k ton maitre avant qu'il monte en voiture, ditil au groom dont Thaleine sifflante annouQait qu'il venait de courir k toute vitesse,
— Oh I c'est un pen tard, prononga le laquais avec effort.
— Quoi? Est-il done d&]k parti ? *
— Non, pas encore, mais vous auriez manqu6 son depart, s'il n'y avait pas eu un changement dans les dispositions prises.
— Bah! quel changement?
— Monsieur ne part plus avec ses demoiselles.
— Comment? filles feront seules ce voyage? s'6cria Grondier.
— Oh! non. Leur pfereles envoie, en avant, Tattendre k Fontainebleau oti il les rejoindra demain matin.
— dieu Hasard! pensa lejeune homme en fr^missant de joie aux paroles du valet.
Puis, en s'efforgant de parattre calme :
— Et pourquoi ton maitre n*accompagne-t-il plus ses enfants ? demanda-t-il.
— A cause de sa blessure.
34 LE GOMTE OMNIBUS
— Hein! quelle blessure? flt Grondier surpris.
— II parait que, par suite de jene sais quel accideoi, car monsieur ne veut pas en souffler mot, il a 6t6 gri^vement bless6 au poignet et k Tavant-bras gauches... Ge matin il comptait partir quand m6me, mais ladouleur i'a forc6 h m'enVoyer cbercber le midecin, Moi, en le voyant souffrir, j*ai cru Men faire, au lieu d*aller qu^rir son docteur habituel, qui demeure au bout de Paris, de courir au plus proche, c'est-i'-dire h rh6tel Maucieux dont j'ai pri6 le concierge de pr^venir le docteur Baudraie, alors absent, qu*oa I'attendait le plus t6t possible.
— Et c'est lui qui a d^fendu k ton maitre de se mettre en route ?
— Non; car, soit que le concierge^ ne lui ai rien dit au retour, soit que le docteur n'ait pas encore fait sa rentr^e, H. Baudraie n'est pas venu. Mon maitre a attendu en pestant, criant, jurant, une yraie humeur de dogue, quoi ! Enfin ses souffrances ont kti si fortes qu*il a fini par r^connattre qu*il lui 6tait impossible de se mettre en route... Et comme Je lui demandais §11 fallaitallerd^commanderles chevaas de poste, ilia*a r6pondu que ses filles prendraient Tayance et qu'il les rejoindraiten route.
— Alors elles partent seules?
— Oh! non, monsieur, elles yoyageront soun la garde de personnesde confiance, ditle groom en se rengorgeant.
— Ces personnes sent?
— Une femme de chambre, smar de lait de la plus jeune, une nomm6e Nanette.
-— Et puis?
— Et puis voire serviteur, ici present, pronon^a gravement Goberju, tout en eziicutant on salut.
LES FUJ<8» BU MILUONNAIRE 35
A ine»ure que le groom avait parI6, I'esp^rance d*iine prochainevictoire 6tait n6e au coBur de Grondier. Let derai^res parales de Goberjii tpansform^rent cette espiranee en one presque eertiUide*
'-^ Ayee ce gardiea^Ui on peut s^entendre, se dit U jenne bomme.
Entoite ^ baote voix :
-* Et tu as rega Tordre dd conduire ies jeunes matir»»$€^ 2k Fontainebleaii ?
— Oui, monsieur.
-^ Dans cette petite maison dont tu m'as parI6 cette aprt»-midi ?
•^Pr6ci8^meiit«.r et nous y attendrons que M. Pey« rade souiag6 par Ies premiers soins de son m^decin, que, cette fois, je viena d'aUar cbercher pour de bon, puisse tenir nous rejoindre.
Aprds aiFoir eonsalt6 sa montre^ Goberju ajoota d'une Toix lente :
^^Om^ ee soir, sur Ies minait, mes jeunes mattresses, Nanette et moi nous arriyerons & Fontainebleau.
— Et moi aussiy pensa Groadier*
Tout en parlant, Goberju avait pass6 son moucboir sur son visage mouill6 de sueur et, peu k peu, sa res* piraiion 6tait devenue moins baletante*
— Out! fit-ily Toici Ies poumons qui fonctionnent F^guli^rement. Je puis k present entrer chez mon maitre. i
— C'est vrai, dit Grondier, tout k Tbeure, quand tu m'as abord6, tu 6tais bien essoufM.
— Dame! Mofi maitre faisait un si beau vacarme que k d^faut du docteur Baudraie qui n'arrivait pas, force m'a bien kiki comme je vousTai dit, defaire la course que j'avais voulu 6viter, c*est-^*dire d'aller k Fautre bout de Paris qu^rir le m^deein habituel du patron.
36 ^ LE COHTE OMNIBUS
Aussij*ai mis mes jambes k mon cou, je vous en r6ponds.
Ge queGoberju trouvait inutile d'app'rendre au jeune homme, c'6tait que sa promptitude s*6tait d6pens6e en deux courses. A son retour de chez le m^decin, il avail aussi couru Chez Roudiac pour lui porter la bonne nouvelle que Peyrade faisait partir ses fiUes seules.
— Tout marche k ravir pour nous, avaiUil dit au ruffian. Le principal est que Grondier ne nou^ fasse pas faux bond.
— Es-tu certain de le retrbuver au moment voulu ?
— Tant6t, dans la rue, je lui ai annonc61e depart de ' mon bourgeois, et il m*a dit qu'il viendrait lui faire ses
adieux.
Sur ce, il avait quitt^ Roudiac et, comme on Pa vu, la chance Tavait servi & souhait puisque, \ sa rentr^e chez Peyrade, il avait pour ainsi dire march^ sur les talons de Grondier venant visiter le millionnaire.
Gela bien expliqu^, nous reviendrons \ Goberju au moment oi, aprfes avoir repris haleine et essuy6 sa figure en sueur, il allait p6n6trer chez son maitre pour lui apprendre Tarriv^e prochaine du m6decin tant r6clam^.
— Faut-il vous annoncer? demanda-t-il \ Grondier. Sur un signe afflrmatif du jeune homme, le groom
disparut pour reparaitre presque aussit6t avec Tordre d'introduire le visiteur.
— Oh ! comme il est changi I pensa le fils du notaire h. la vue de Peyrade.
En effet, cet homme que le travail et Tenvie rapace d'amasser une fortune 6norme avaient tenu loin de tons les exe€s jusqu'Si TAge de quarante ans> et dont par consequent toutes les passions assoupies s'^taient 6veill6es imp6rieuses et violentes, faute d'avoir kXk un
LES FILLES DU lilLUONMAIRE 37
peu amorties par la fougue de la jeanesse, cet homme, disoas-nous, ne s'6tait montr^ jusqu'alors que brutal, d6bauch6, sans nul sens moral, mais rien dans sa coa-* duite, avant la sc6ne de Saint-Mand6, n' avail 6t^ si grave qu'il pM en 6prouv6r du remords.
Sa premiere faute avait done 6t6 une infamie monstrueuse, un crime 14che qui, aussit6t commis, avait, dans cette nature bestialement grossifere, fait naitre, outre la peur du ch^timent 16gal encouru par lui, une seconde etbien 6trange crainte.
Oil pretend que tout voleur, une fois qu'il est par^ venu h s'enrichir, ne vit plus que dans Tangoisse incessante d'etre vol6 k son tour. Un ph^nom&ne moral k peu pr^s pareil s*6tait pass6 dans Tesprit de I'exmanufacturier.
Lui qui, jusqu*ii ce jour, itait rest6 cyniquement insensible k la tendresse de ses lilies ; lui dont jamais le coeur ne s'^tait attendri k la moindre de ces douces Amotions r6serv^es k un p^re, s'^tait tout k coup senti, k son retour de Saint-Mand6, envahipar une immense adoration pour ses enfants, et ce sentiment nouveau, par sa violence m^me, lui avait inflig6 une torture inouie. Depuis la veille, . dans cette ^me qui venait enflin de s*ouvrir k Tamour paternel, s'6tait incrust^e la crainte horrible qu'un autre ne rendit ses fiUes vietimes de Tattentat odieux qu41 avait k se reprocher k regard des soeurs Stor^re.
, A son tour, le voleur heureux redoutait d'etre vol6.
S'il voulait fuir, fuir bien vite, c*6tait done moins pour se soustraire au ch^timent de sa faute que pour emmener -^es fillies, tortur^ qu'il 6tait par la superstition qu'^ ne pas les entratner au loin, il ne saurait les soustraire k cette peine du talion que devait lui r^server la vengeance celeste.
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38 LB GOMTE OMNIBUS
A ce supplice de la pQns6e, s'^tait ajout6e la souf^ france physique. Les crocs aigus de Fox avaient si profondSment d6cliir6 les chairs qu'ils avaient presque d^nud6 Tos de ravant-^bras. La blessure, faute de soins imm^diats, s'6tait envemm^e, et, aux lancioantes dou-^ leurs qui lui tenaillaient le bras, s'6tait jointe une flivre brdlaate qui faisait vacilier le colosse sur ses jambes,
Au nom de Grondier, prononc6 par Goberju en aa-< nouQant le visiteur, Peyrade, malgr6 lui, avait 6prouv6 un Mmisseaient depeur. Gelui-1& ^taitde ceux qu'il devait redouter pour ses fiUes. Mais pendant que le groom allait chercber Grondier, il se rassura en se di* sant :
— Bah ! ilneles a jamais vues... et puis elles se-ront d6j^ bien loin ce soir.
Apr^s ce que nous avons d6taill6 de r6tat moral et des souffrances du miliionnaire , il n'^tait done pas dtonnant que le fils du notaire , en mettant le pied dans le salon oil Tattendait le bless6, fillt stup6fait du changement subi par ce dernier en moins de vingtquatre heures.
Depuis les revelations qu'il croyait avoir arracb^es k Goberju, Grondier triomphait. Sa certitude de tenir bient6t en son pouvoir cette proie que son rival lais^ salt 6chapper, le rendait bon prince. Aussi, toute ran* cune 6teinte, il vint, main tendue, i Peyrade, en s*(^rcriant :
— Que me disent vos gens? Vous partez en voyage? La vie de d6sordre, qu'ils avaient men6e de compa-
gnie, avait trop bien appris au manufacturier h connaitre le jeune homme pour que, sous I'empire de cette angoisse qui le faisait trembler pour ses lilies, il se laiss&t aller h. la franchise.
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■' '' I.I ^,.i.-ii»i
— Dites plut6t que je devais parlir, r^pondit-il. Puis, en montrant son poignet entour^ de lidges :
— G*est une maudile foulure qui m'empdche de me mettre en route, ajouta-t-ii.
— Oh ! une simple foulure ^e pent causer qu'un retard de quelques jours... et un voyage d'agr6ment peut toujours se reculer, avauQa le beau Grondier pour t&ter le terrain.
— Un voyage d*agr6mentl r6p6ta vivement Peyrade, mais pas du tout, mon cher, je ne me mettais en route que pour aller en province r^gler quelques int6r6ts en soufTrance.
— Ah I je croyais que vous vouliez vous donner le plaisir d'une petite excursion en famille.
La veiile, ce mot de famille edt fait iclater Peyrade d'un bon gros rire bien sceptique. Cetie fois, le rire se fit encore entendre, mais il sonna faux en accompagnant ces paroles du millionnaire :
— En famille I Od, diable I aurait ^16 alors Tagr^ment ? Suis-je homme, je vous le demande, k tirer apr^s moi des jupons de petites pensioonaires ingenues, telles que sont mes fiUes ?... Non, je vousle r6p^te, je partais seul et pour affaires.
Apr^s ce que lui avait confix Goberju, et dans sa persuasion qu'il s'agissait des filiesStorere, Grondier, h tout ce que lui disait Peyrade, s'aiTermissait de plus en .plus dans la croyance que ce dernier voulait lui faire prendre une fausse piste.
— Toi, tu te m^fies I se disait-il, attends un pen, je vais aussi te donner le change.
Et, aussil6t, il reprit :
— Ah I ^ propos de pensionnaires, savez-vous ce que sont devenues les filles de Stor^re?
A cette question, qu'il prit dans un sens que Gron-
40 LE COUTE omnibus
dier 6tait ill cent lieues d'avoir voulu lui donner, Peyrade fut secou6 par un tremblement convulsif et d'une voix qu*il cherchait k alTermir, il ripondit :
— JeTigaore... Pourquoime demandez-vous cela?
— Mais, simplement, par suite de cetint6r6t qu'on doit porter Ji toutes jolies creatures... Et, s*il m'eh souvient, pas plus tard qu'hier, vous me paraissiez 6prouver aussi cet int6r6t pour les flUes du d^funt Spicier.
— Je vous affirine que je ne sais ce qu'elles sont devenues, ajouta Peyrade du ton bref d*un homme qui desire ne pas trailer plus longtemps un sujet qui Tagace.
Son trouble 6tait trop grand pour avoir ^chapp^ h Grondier qui Tavait comments k sa fagon.
— II sait si bien ce qu'elles sont devenues qu*il tremble de peur que je lui confisque ses tourterelies... 11 a beau vouloir les changer de cage,elies ne m'^chapperont pas longtemps, pensalejeuue homme.
Au m^me moment un bruit de grelots seiitentendre dans la cour et presque aussit6t Goberju entra en disant. :
— Voici les chevau^ de poste.
— Eh bien, renvoie-les...Tu sais bien que je ne pars pas... Tu aurais cent fois mieux fait de m'annoncer la venue du docteur, cria Peyrade d'un ton bourru, tout en adressant au groom un signe de doigt, non aperQu de Grondier, pour lui recommander la prudence devantlevisiteur.
D'un coup d'ceil Goberju indiquaqu'il avaitcompris et ii se retira en disant:
— Je vais payer une poste au postilion et le remercier.
Mais, la porte ferm^e, il haussales 6paules en souriant et murmura ;
LES FILLES bn MliUONNAIRE • 41
■ ' I !■ ■ !■ I.. II I * M il. I. tl I ■
— '• Tu as eubeau fairelet616graphe, mon bonhotnme, le Grondier sail de reste que les chevaux sont \h pour tes filles.
II avail bien raison, car, s'6tant retourD6 au bruit des pas du fils du notaire qui, apr^s avoir pris cong6 dePeyrade, descendait I'escalier, il entendit le jeuno homme, en passant prds de lui, lui dire d'un voix moqueuse :
— Bien que tu ailles renvoyer les chevaux, je ne t'en souhaite pas moins un bon voyage, Goberju.
Au lieu de contredire k ce voeu, le groom fitun petit salut et r^pondit nalivement :
— Grand merci, monsieur.
En 1830, 6poque de cettepartie denotre histoire^ la premiere locomotive, due ^ Stephenson, datait h peine de quelques mois. Ellevenait d'etre essay^e en Angleterre, et cet essai avail bien r^ussi el mfime trop bien r^ussi, car la lourde machine avail 6cras6 le minislro du commerce, convoqu6 kcette inauguration.
En attendant les chemins de fer, leplus exp^dilif de lous les moyens A9 locomotion 6lait done encore la poste, qui courail ses quatre ou cinq lieues k Theure, suivanl que le voyageur avail la main plus ou moins prodigtfe de pourboires.
Nous nous occuperons done d*une chaise d.e poste qui, sur les neuf heures du soir, apr^s avoir d6pass£
42 LG COHTB OMNIBUS
Juvisy, suivaitle pav6 delaCour de Prance surla route de Foniainebleau.
V Le temps 6tait lourd et de gros nuages, chassis par le vent d*ouest, tout en 6paississant le^t^o^bres delanuit, venue depuis une heure, annongaient un de ces violents orages qui, k la fin d'une journ6echaude, se d6chainent en trombes d'eau.
Sans doute que le postilion qui conduisail cette voiture avait appris par le collogue qu*il avait remplacS au dernier relai que le pourboire h espferer n'6tait pas des plus g6n6peux, car, loin d'enlever ses chevaux, ii les maintenait au petit galop r^glementaire.
La chaise de poste, nous croyons inutile de le dire^ renfermait H61&ne et Blanche Peyrade et leur femme de chambre, la jeune Nanette, cette soeur de lait de la plus jeune des deux filles du millionnaire.
Quant k Goberju, il se pr61assait en plein air sur le sibge de la voiture. Malgr6 la certitude d'etre ti^s prochainement tremp6 par I'orage qui allait 6clater, lo digne groom 6tait de la plus joyeuse humeur du monde. Tout autre, k sa place, se serait irrit6 de la lenteur du postilion. Lui, aucontraire, se r6jouissait dece pejit train qui, probablement, favorisait ses projets, car, charg6 de payer les guides, il aurait pu, s'il avait voulu forcer le pourboire, voir se changer la modesto . allure des chevaux en un galop fr^n^tique, qui aurait abreg6 de beaucoup ladur6e du voyage.
Mais nous le r^p6totis, moins le postilion d^ployait d'entrain, plus 6tait grande la saticfaction de Goberju, qui murmurait gaiement :
— Si tu crois me faire rager, aimable postilion, tu te tro rapes fort. Je voudrais te v6ir marcher moins vite encore qu'une tortue... il faut bien que Tun ait le temps de nous devapcer l^-bas et que Tautre puisse nous rattraper.
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