‹ Le comte OmnibusChapitre 7 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

6S LB GOMTfi OHNIBtJS

Mais il itait £crit l&-haut que le digne gargon resterait sur sa curiosity inassouvie, car, imm^diatementy Peyrade, qui lui aussi itait d'une p&ieur extreme, reprit de sa voix rieuse :

— Allong, Goberju, en roule! mon ami.

r^ Ah ! nous nous remeitons en route sans atlendre le jour? demanda le domestique, interpr^tant la phrase dans ce seas.

— G*est-k-dire que, toi, tu n'as pas besoin de perdre ton temps ici.

— Ah ! je comprends. Yous d6sirez que je vpus fasse preparer les relais et, pour ce, vous m'envoyez en avant.

— Du tout, mon gargon. A present que j'ai rejoint mes fiiles, que je Vavais confines, ta mission est ter-^ min^e... Tu n'as done plus qn'k retournerk Paris dans la voiture qui m'a conduit ici,

— Mais je ne suis done pas da voyage? demanda le groom 6bahi par ce cong6 inattendu.

— A quoi bon? fit Peyrade.

Et, toujours gai, le millionnaire, avec cette force extraordinaire qu'il possidait, souleva, de samain non bless^e, le groom par le collet et, JLbout de bras, 11 le porta jus qu'^ la chaise de poste qui stationnait sur la route.

Peyrade, s'il faut en juger par lamani^re dont il fit entrer son domestique dans la voiture, itait de la nature de ces b^tes brutes qui vous cassent un membre en voulant vous caresser; car, en riant aux iciats, 11 lauQa le cher Goberju avec une telle violence dans le v6hicule que celui-ci, s'il n'avait tendu les mains en avant, aurait pu quelque pen endommager sa t^te sur la poign6e en cuivre de I'aulre portiere.

— Route de Paris I cria Peyrade au postilion, apr&s

LES FIUKS D0 MIIXIONNAIBE 63

avoir d'an signe amical de la Ute adresss^ un dernier adieu k son fidMe serviteur.

Gobeiju n*avait pas encore retrouy6 sa parfaite as* giette que, d6j&, les chevaux avaient pris le galop.

Son premier soin fut d'abord de rajuster ses habits, qui avaient eu h souffrir de la poigne du mattre, puis, il se mit h r6fl^chir sur la mani^re exp6ditive dont il avail ii& emball^, et comme, ainsi que nous Tavons dix fois rip^t^, il 6tait un profond observateur, il en arriva k se dire, apr^s s'^tre rem6mor6 cbaque detail :

— C'est dr61e! Je trouve que, pour un homme en bonne humeur, mon bourgeois avait tout Fair de rire jaune et qu*il m*a rudement manii!

Apr^s quoi, en se rencoignant dans un angle de la voiture qui courait un train d'enfer, il hocha la t6te en murmurant :

— Laquelle des deux?

Puis, comme la journ6e et une partiede la nuit avaient Hi p6nibles pour lui, il s'endormit de ce profond sommeil qui, dit-on, est le plus sdr indice d*une bonne conscience.

Voil^ done ce que Goberju avait racont6 h Roudiac qui, alors qu*il croyait le groom d6jk bien loin, h la suite de Peyrade et de ses filles, avait 6t6 fort surpris de le voir apparaitre le lendemainde la sc^nede Fontainebleau.

Les deux coquins avaient relevi ensemble tons les moindres details dela conduite de Peyrade; sa bonne humeur, son rire 6clatant, sa p&leur et surtout sa brutality quand il avait jet6 son domestique dans la voiture. De cet examen, il 6tait r^sult6 que Goberju, qui se vantait de connaitre son maitre bien k fond, avait branli la tMe, en r6p6tant k Roudiac qui soutenait que Peyrade ignorait tout :

— II riait jaune, ivhs jaune, j'en suis certain, et il avail beau m'appeler mon bon ou mon brave, je suis persuade qu'il 6tait taquin^ par une furieuse envie de pi*6trangler.r. S*il ne savait pas encore tout ce qui s'6tait pass6, il devait pourtant en avoir une doutance.

— Bah ! tu es fou. */

— Eh ! eh ! pas si fou que vous le dites. Car tout n'est pas clair, voyez-vous... Depuis le moment de son arriv6e devant la maison jusqu'^ celui oh il est venu m*ouvrirla porte du jardin, il s'est6coul6 cinq minutes pendant lesquelles une des soeurs lui a peut-6tre cont6 la chose en trois mots... Le fait e^t qu*on a voulu me d6router puisque, descendues sans lumi^re, les deux filles se sont trouv6es Ik, ensemble, dans la salle... si bien que je n'ai pu d6cpu^ vrir, de prime abord, celle de Taventure... Apr^s quoi, pour ne pas me laisser le temps de flairer la chose, le patron m*a jet6 en voiture, et fouette cocherl Pourquoi me renvoyer k Paris quand il avait 6t6 toujours cohvenu que je serais du voyage?

, Aprfes ces mots, Goberju avait second la tfite de plus belle en ajoutant :

— Oui, j'en ai la conviction, le bourgeois savait' quelque chose... et, de ce quelque chose, il me faisait complice. II a mieux aim6 feindre que de me tuer sur place... II a voulu 6viter, avant tout, un 6clat qui, en fin de compte, aurait rejailli sur une de ses filles... he n)al 6tant irreparable, il a d*abord song6 k ce qu'il demeur&t inconnu et, pour ce, il s'est d£barrass6 de moi.

— Comme d'un tSmoin dont il redoutait la curiosit^, interrompit Roudiac pour le rassurer.

— Heul heu I jele veux bien, mais n'empfeche que je suis convaincu qu'il voyait en moi autre chose qu'un

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curieux... Sleul'ement il a raval6 sa colore en se pro« mettant de cbe repincer pilus tard... II riait jaune^ je vous le r6p^te, du plus beau jaune... Un de ces matins, il va me tomber une tuile 6iiorme sur la t6te.

Mais, malgr6 ses craintes premieres, Goberju avail fini par se rassurer, car les mois s*6taient 6coul6s sans qu'on entendit parler de Peyrade et de ses fiUes, ou plut6t sans qu'on sftt en quel endroit s*6taient retires le pfere et ses enfants.

Tous les mois le vieux notaire Grondier apportait h rintendant de Peyrade les fonds necessaires pour les d6penses de la maison et le payement du gage des dbmestiques nombreux dont pas un n'avait 616 cong6di6. Le digne tabellion annouQait que le maitre absent se portait bien, mais de T^poque de son retour ou du pays qu'il habitait il ne soufflait mot.

A la fin du huiti^me mois, le notaire ne parut pas et le personnel de la maison s'6tonnait d6j^ de son inexactitude, quand, le lendemain, au lieu du vieillard, il vit arriver Grondier Ills. Le vieux notaire 6tait mort d*apoplexie et son fils lui avait succ6d6.

— II est grandement chang6, dit Goberju h Roudiac quand il vint lui annoncer cette nouvelle.

— II avait probablement pris le masque grave de la profession, avanga Tescroc.

— Non, non, je vous affirme que ce n'6tait pas un visage d'emprunt qu'il se donnait ; il 6tait bien r6ellement triste et abattu. G'est un gargon que les remords travaillent, affirma le groom.

Puis, avec un sourire :

— Apr^s tout, remords, dequoi? ajouta-t-il. Puisque ce faineant a laiss6 Touvrage sur le chantier, de (juoi, diable I peut-il se repentir?

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Dans ce fait nouveau, Roudiac releva an^^tail qui lui fit dire au grooro :

— Voilk qui me prouve que Peyrade ignore tout.

— Bah ! fit Goberjq en ouvrant des yeuy 6tonjtt6s h cette sorte de deduction,

— Te souviens-tu de ce dicton que tu m'as rappeld en me montrant le treillage h escalader?

-- Oui : La nuit tons les chats sont gris.

— Et, aprfes me Tavoir cit6, as-tu oubli^ que tu as ajout6 : i( Quand Grondier a grimp61^, les Eclairs se succ6daient et il £tait facile d'etre reconnu... 11 est done h pen pr^s certain que celle qu'il voulait surprendre a dd voir son visage. » Voili tes propres paroles.

— Oui... apr^s?

— Or, si la jeune fiUe a tout avou6 k son p^re, die doit avoir nomm6 Grondier.

— Eh bien?

— Alors si Peyrade salt tout, comment se fait-il qu'il ait laiss6, apr^s la mort du vieux notaire, la g6rance de sa fortune 2i Grondier fils?

— Sans doute qu'k la fin du mois^il Taura remplac6 par un autre notaire, avanga Goberju.

Mais k r6ch6ance suivante, Grondier se pr6senta encore et, de plus, il annouQa kl'intendant du inillionnaire avoir regu de Peyrade une lettre qui, aprfts de nombreux details d'affaires, faisait mention de son retour dans deux ou trois mois ; seulement, comme son p^re, le nouveau tabellion refusa d'apprendre de quel endroit son client avait dat6 sa lettre.

— Pour qu'il garde ainsi Grondier comme notaire, Peyrade doit tout ignorer, r6p6ta Roudiac, persistant dans son id6e, h Goberju qui 6tait venu pour le tenir au courant des choses,

LBS FILLBS DU IDLLIONNAIRB 67

Pais en se rappelant ce qui lui avait it6 dit par le groom le mois pr^c^dent :

— Gette fois-ci, repritr-il, Grondier avait-il encore sa figure d'enterrement?

— Plus que jamais I affirma le laquais qui, cela dit, se mit h sourire.

— Pourquoi ris-tu? demanda Roudiac.

— Parce que, ce matin, j'ai rencontr^ quelqu'un qui devrait avoir aussi une mine longue et triste comme celle de Grondier et qui pourtant, est, lui, frais, rose et plus insouciant que jamais.

— Qui done?

— Un ancien ami de mon maitre... Le comte de Blfeves.

Depuis qu'il 6tait h Ys^ttti d'une dot k conqu^rir, Roudiac s'^tait tenu h I'icart du monde dans lequel les largesses de madame Dumouchet lui 'avaient permis de se glisser. Au nom du joueur, il demanda done curieusement :

— Est-ce que M. de Bl^ves a des raisons d'etre triste?

— On le serait h moins.

— Que lui est-il arriv6?

— II trafne la savate.

— AUons done! lui si richel

— Son magot a fondu au jeu... Bois, pr6s, chateau, rentes, la dame de Pique lui a tout rong6 gentiment... II en est h courir les emprunts... Quand je Tai rencontre ce matin, c'^tait h la porte de M. de Maucieux, auquel il est indubitable qu'il 6tait venu pour demander quelques louis.

— Comment I il n'est done pas mort, ce pauvre Maucieux? s'6cria Roudiac surpris. Je le croyais en terre depuis longtemps,

— Pas encore, gr4ce k son ami, le docteur Baudraie

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qui, dit-on, a fait des prodiges de science... mais, 11 a ei; beau conduire son malade dans le Midi et le soigner nuit et jour pendant de longs mois, c'est fini... il n'y a plus d'huile dans la lampe... M. de Maucieux s'est fait ramener h Paris pour y mourir... Et je crois qu'il est si bas, si bas que M. de Bl&ves n'a pu 6tre regu ce matin... Le comte a dd s'en aller sans avoir r^ussi dans sa tentative d'emprunt.

— Qu'est-ce qui te fait supposer que M. de Maucieux n'a pu recevoir le comte de Blfeves?

— Parce que, quand j'ai pass6 devant TbAtel, M. de Bl^ves en sortait, reconduit par le docteur, qui semblait lui adresser ses excuses de ne pas le laisser parvenir jusqu'au malade.

En disant ces mots, Goberju venait de se souvenir d'un incident. 11 se mit h rire en ajoutant :

— II est possible que ce docteur soit un babile homme, mais le fait est qu'il a des moments oil il pent passer pour un chien fou... k en juger du moins par ce que j'ai vu ce matin.

— Qu'as-tu done vu?

— II 6tait en train de causer sous la porte avecM. de Blfeves, quand tout k coup le voili qui pousse un cri, qui se met k ouvrir ses longues jambes et k s'6lancer apr^s un gamin de douze k treize ans qui vaguait dans la rue, le nez en I'air... Abl le m6me, je vous le jure, n'a pas 6t6 longtemps k 6tre cueilli par les bras du docteur, au moins aussi longs que ses jambes. Puis mon bomme est rentr^ au pas de course dans rb6tel avec sa proie... On aurait dit une araign^e faucheux emportant sa mouche,

Tels avaient 6t6 les divers renseignements donnas par Goberju k son complice, lors de leur dernifere entrevue.

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Et c'6tait quinze jours plus tard qu'il 6tait accouru, tout joyeux, pour annoncer k Roudiae que M. Peyrade venait d*6crire, directementr cette fois,i son intendant que tout ftii pr^t pour le recevoir dans celte maison oti il allait rentrer avec ses deux flUes, aprfes une ann6e d'absence.

Goberju avait dit la v6rit6 quand il avait racont^ h Roudiae qu'au moment oti il passait devantla demeure de Maucieux, il avait vu le docteur Baudraie, qui reconduisait M. de Blftves, s*61ancer, tout h coup, eh pleine rue, sur un gamin et Temporter dans rh6tel.

— Ahl je te tiens done enfin, polisson I cria le m^decin en permettant h son prisonnier de poser le pied sur le pav6 de la cour.

L'enlfevement, ex6cut6 par derri^re, avait 6t6 si brusque que Tenfant n*avait pas eu le temps de r6sister ni la possibility de voir son agresseur. Aussit6t qu'il fut remis sur ses jambes, il se retourna furieux, mais k la vue de Baudraie, la joie remplaga instantan^tnent la colore sur son visage.

— Ah ! quelle chance ! s'6cria-t-il, c'6tait pr6cis6ment vous que je cherQhais, docteur... Voili trois jours que, dans tout le quartier, je vais vous deman* dai)t de porte en porte... pas par votre nom, i la v6rit6, car je Tignore... mais en parlant k tous les portiers d'un grand 6cha1as, tout en bras et en jambes,

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avec une bouche qui n'en finit plus et uq nez comme une gu6riie... Voire portrait, quoil

-^ Et quel besoln avais-iu de me trouver? demanda Baudraie, apr^s avoir souri h co signalement fait de son individuy

— Oh! pour moi, nul besoin... Ge sont naesdemoiselles Stor^re qui m'ont charg6 de vous d6couvrir, dit le gamin qui n'6tait autre qu'Auguste, le petit-fils de la Pirouette.

— Hein I tu sais oh sont les demoiselles Stor^re, toi ! s'6cria le docteur en tressaillant d'une 6norme surprise joyeuse.

Avant que Tenfant pdt r^pondre, les bras de Baudrai^, comme de gigantesques pinCes, se referm^rent sur lui et il se sentit encore emport6, mais cette fois dans la maison.

Malgr6 son fardeau, le m^decin grimpa quatre k quatre un ^tage et, apr^s avoir pouss6 du pied une porte entr'ouverte, il p6n6tra dans une chambre k coucher. Sur une chaise longue 6tait 6tendu un jeune homme devant lequel il l&cha son captif en criant d'une voix vibrante de satisfaction :

— Elles sont retrouv^es ! mon cher Maucieax. Elles sont retrouv6es I

Puis, apr^s une petite tape amicale sur la joue d'Auguste :

— AUons, parle, vaurienl ajouta-t-il.

Bien qu'il fti k bout de ses forces, us^es pai* la maladie, Maucieux, ^ ce nom de Stor5re, se souleva vivement sur sa couche et, en tendant vers Auguste ses mains amaigries et tremblantes, il balbutia d'un ton suppliant :

— Oui, parle, parle.

A cette pri^re, le gamin secoua la tMe ;

LES FtLLKS IKJ MILLIONIIAIRE 71

— Non, non, dit-il d'une voix £mue^ il n*est pas le mien ce secret des cli^res demoiselleg qui ont (6t6 bonnes pour moi. Aussi je ne parlerai pas. Ce qu'elles voudront que tous sachiez, elles tous le diront elleamdmes. Moi je ne suis charg6 que de retrouver et de Teur amener le docteur.

Et en se tournant vers le midecin :

— Reste k savoir si vous voulez venir? demanda-t-iL

— Marchons I dit aussit6t Baudraie.

Mais r6fl6chissant que c'^tait (Buvre de piti6 de ne

pas laisser Maucieux sans plus complets renseignements sor celles dont le nom seul yenait, pour ainsi din^, de le ressusciter, il prit le gamin par Toreille en disant :

— Avoue que tu ne t'es gu^re press6 de me retromrer, car yoili un an que je ne t'ai ?u.

— Possible! mais c'est ce matin seulement qu'on m'a command^ de vous chercber. Mesdemoiselles se sont rappeli que quand yous les aviez conduites de la pension k Saint-Mand^, le fiacre s'itait arr6t£, en route, cbez M. de Maucieux. Sans pouvoir me pr^ciser la rue, elles m'ont k pen pr^s indiqu6 dans quel coin de Paris j'avais des cbances de vous d^couvrir... Alors j'ai €ik de portiers en portiers.

Une question bridlait les levres de Maucieux. Le m^decin la devina et prit Tavanee.

\ — Mesdemoiselles Stordre, demanda-t-il, sont-elles i^ done revenues d'une erreur qui les faisait nous m6t priser injustement?

! — Obi oui... gr&ce k moi, d^clara Auguste.

— A toi? fit Maucieux d'une voix reconnaissante. -^.Oui, moi... qui avais vu le vrai coupable et qui

le reconnaitrai le jour oti lebasard me le mettra sous les yeux.

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— Ab ! tu en es . encore k attendre ce hasard ? prononga anxieusement le poitrinaire.

•— Oui, fit le gamin, et pourtant, depuis une ann^e, j*ai fi^rement battu le pav6, je vous en r6ponds.

— Peux-tu, au moins, nous le designer sommaire* ment?

Le gamin ouvrit la bouche pour r^pondre, mais une reflexion Tarr^ta h temps sur la pente d'une indiscretion et, en remnant encore la t^te, il se contenta de dire :

— Qa, c'est encore le secret des demoiselles... Si elles le permettent, je vous d^peindrai mon individu*

— Soit ! fit le docteur, mais ce qui est ton secret k toi, c'est la mort de ta grand'm^re... Peux-tu causer sur ce sujet?

Bien qu'une ann^e se tdi d^j^ ^coul^e depuis la mort de la m6g6ro, la vengeance accomplie n'avait pas encore ^teint la baine au fond du cceur d 'Angus te, dont FoBil brilla de colore quand il r6pondit :

— Ah I oui, la vieille qui m'a tant fait souffrir et qui m'a si mal61ev6... Maintenant le pli est pris, et, malgr6 tons les conseils de mes deux bonnes f6es, je neferai jamais qu'un aflreux garnement... J'ai beau me dire: « Ecoute-les, » c'est comme si je fldtais... Tout est gat6, voyez-vous... Au son de leur douce voix, sous leurs yeux, Qa va encore bien... mais, dix pas plus loin, craci je redeviens Pirouette et, jele sens, je cr^verai Pirouette, c'est-^-dire le digne petitfils de la sorcifere.

Puis, aprfes ces paroles dites d'un ton bref, le gamin, comme s'il avaitbonte de s'Mre attendri, iclata de rire et continua de cette voix trainante et triviale qui lui etait babituelle :

— Ah I vous voulez savoir la fin de la grand'm^re ?

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Eh! eh I elle n'a gu^re eu le temps de se reiourner... Pour une surprise, je peux me vanter de lui en avoir procure une bienjolie... Avec les cent sous, donn6s par vous, j'avais achet6 une lime qui m'a servi h d61ivrer Fox de sa chaine... Ahl le brave animal! quel coup de mdchoirel... clocl clod... Qa s'est pas3§ en un clin d*oeil.

— N'est-ce done pas toi qui as tent6 de la sauver en taant le chien? demanda Maucieux, que ces paroles avaient fait frissonner.

— Moi!... Plus souvent que j'aurais tu6 cette brave b^te qui nous vengeait tons deux... Oh I non... c'est. rhomme qui avait aboul6 des billets de mille francs k la vieille pour qu'elle lui ouvrit la grille.

Malgre sa ferme intention de ne rien dire qui pAt trahir le secret des jeunes fiUes, Auguste venait de commettreune imprudence dont profita le docteur. Tout en casant dans sa m^moire cette premiere r6v6lation ^chapp^e au gamin, il se h4ta, pour surprendre une indiscr6tion plus complete, d'appuyer sur la corde en s'6criant d'un ton de doute :

— Oh ! oh ! des billets de mille francs, tu exag^res... sais-tu seulement comment c'estfait, un billet de mille francs ?

— Je le sais d'autant mieux que j*ai pris le paquet de billets de banque dans la poche de la vieille quand elle a 6t6 morte.

Ces mots r^veill^rent un souvenir chez Baudraie.

— C'est done cela qu'elle avait la poche de son tablier retourn6e, pensait-il en se rappelant ce detail qu'il I'avait frapp6 quand lui et Maucieux, quelques heures apres le drame, avaient visits la maison.

Cependant le gamin avait continu6 :

— Oui, des billets de mille francs I Avec ga que c'6tait

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