‹ Le comte OmnibusChapitre 8 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

74 LE GOMTE OMNIBUS

une belle fichaise pour un homme aussi cossu... Un richard qui avail un Equipage h grand fla-fla comme 6tait celui que j*ai vu stalionnant sur la route, au moment oil je fuyais sous bois. En voilk un qui pent me passer devant le nez ; je vous jure bien que je le reconnaitrai.

Le docteur happa au passage cette nouvelle et tout aussi involontaire indiscretion d'Auguste.

— Mais alors, dit-il, comment se fait-il qu'^ d6faut de rhomme, que tu n'as pu parvenir h rencontrer, il ne te soit jamais arriv6 h rid6e de te mettre k chercher cette voiture?

AtJguste haussa les ^paules h cette question.

— Dites tout de suite que je ne suis qu'un imbecile, reprit-il moqueusement. Est-ce que vous vous figurez que cette pens6e-l^ ne m'est pas venue?

— Eh bien?

— Partout oh j'avais Tespfirance de voir arriver 1*6quipage, jeme suis mis en faction. Bals, concerts, theatres m'ont vu ^leurporte... Je voudraisbien avoir autant de lentillesque j*ai ouvert de portieres, j'ennourrirais un r6giment... Mais, voyez la guigne, voil^ une ann6e enti^re que jefais ce m6tier-li sans avoir encore pu trouver la maudite voiture.

— Mais... commenga Baudraie,

— Mais, mais, r6p6ta gouailleusement Auguste en Tinterrompant, mais, au lieu de me faire perdre mon temps k bavarder, il serait cent fois mieux de vous decider k me suivre.

Le docteur consulta Maucieux da regard et, sur un signe de ce dernier, il r6pondit :

— En route, mon gargon.

Au bout d'une demi-heure de marche, le gamin s'arr(^ta devant une maison de tr5s simple apparence.

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— G'est 1^, au troisi^me 6tage, la porte \ gauche, ditil au docteur.

— Ne montes-lu pas avec moi? demanda Baudraie en voyant son guide rester sur le troltoir.

— Non, non, r6p6ta Auguste avec cet accent qui, chaque foisqu*il6tait question des ttlles Stor^re, perdait son intonation triviale, non, je suis certain que les bonnes demoiselles veulent avoir, avec vous, une longue causette qui n'a pas besoin d'un autre auditeur.

— Alors tu va me quitter?

Le gamin avanga de quelques pas dans le couloir et, en montrant la premiere marche de I'escalier :

— Tenez, dit-il, si vous avez besoin de njoi, vousme trouverez assis \h quand vous redescendrez,

Talonn6 par Timpatience curieuse de se f etrouver, apr^s un an 6coul6, en presence des jeunes filles, Baudraie n'insista plus et se mit ^ gravir lestement ses trois stages.

Devant les deux portes qui s'ouvraient sur le palier du troisi^me, Terreur n'6tait pas possible pour le m6decin. Sur celle de droite s'6talait une plaque de cuivre portant ces mots :

M°* AGLAE DURONDEAU,

Sage-femme

L'6clat du m6tal et le noir, non terni, des lettres, indiquaient assez que cettc plaque, si elle n'6tait pas tout dernidrement pos6e, ne devait pas orner le panneau depuis plus de quatre ou cinq mois.

— Done, c'est 13i, se dit Baudraie que la vue de la plaque fit aller tout naturellement sonner ^ I'autre porte.

LIS GOMTE OMNIBUS

11 6tait bien 6mu, le brave docteur, en tirant le cordon de la sonnette ; et le tic tac, qui lui faisait battre le coBur, redoubla quand, apr^s le tintement, il entendit, de Tautre c6t6 de la porte, le hririt d'un pas, pourtant bien I6ger, qui s'approchait.

La porte tourna lentement sur ses gonds, et L^on-< tine, Tain^e des sceurs, apparut aux yeux de Baudraie.

En reconnaissant son visiteur, la jeune fille, soit qu*elle ne voulilt rien dire, sur le carr6, qui pM dtre entendu, soit que T^motion de se retrouver en presence de Baudraie Temp^ch^t de parler, saisit le docteur par la main et, apr^s I'avoir attir6 k elle d'un mouvement brusque, elle referma vivement la porte*

Puis, sans parler encore, elle pr6c6da le ni6decin dans un couloir, qui conduisait k une porte vitr6e, poussa cette porte et, en penetrant dans la pi^ce qui suivait, elle prononga enfin :

— AngWe,,voici le docteur.

Au moment de rentr6e du m^decin, AngWe, occup6e d*un soin dont Tarrivant ne put d'abord se rentlre compte, se tenait, le corps un pen pench6 en avant, et le dos tourn^ dans un angle de la chambre.

A Tannonce faite par son ain6e, elle se retourna et en venant k la rencontre du visiteur, elle d6masqua au regard de Baudraie 6bahi un berceau dans lequel deux b6b6s, frais et roses, dormaient c6te k c6te, doucement berc6s qu'ils 6taient, une seconde avant, par la plus jeune des soBurs.

Bouche b6ante et les yeux fix6s sur les petits dormeurs qui, tout au plus, pouvaient 6tre &g6s de trois mois, le docteur n'avait pas encore pu trouver un seul mot quand, tout k coup, la sonnette d'entr^e tinta brpvammeAt.

Las deux soeurs se regard^rent, 6tonn6es, en sem*

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blant se demander s'il fallait aller ouvrir k qelui qui r6clamait I'entr^e d'une faQon si imp6rativement bruyante.

Puis L6online; croyant avoir trouv6 Texplicatioii de ce vacarme, se hita de dire pour rassurer sa soeur ;

— C*est sans doute qu'elqu'un qui se trompe de porte.

— En ce cas, le quelqu'un ne sait pas lire, pensa Baudraie en se rappelant la plaque clou6e sur la pdrte voisine.

Mais celui qui sonnait ne voyant personnp venir h son appel, jugea bien d'appuyer son coup de sonnette de petits coups frapp6s sur le panneau ext6rieur de la porte.

A ce nouveau bruit,- qui se scanda de certaines pauses plus ou moins r6guli6res, Tesp^ce d*6moi des deux soeurs se calma subitement et, ensemble, elles s'6cri^rent :

— C'est Auguste.

Angele, h son tour, alia ouvrir pendant que L6ontine, s*61oignant du docteur, faisait un ou deux pas en avant pour attendre celui qui n*allait pas tarder h paraitre.

— Pourquoi le gamin qui, tout k Theure, m'a refuse de monter, accourt-il presque sur mes talons? se demanda Baudraie surpris.

- C'6tait, en effet, Auguste qui, tout tremblant d'une joie fl6vreuse, entra en criant au docteur :

— Je Tai trouv6e !

— Quoi? ,

— G*est-i-dire, non, je ne Tai pas trouv6e... puisque d*elle-m6me, elle m'est arriv6e devant le nez... Mais enfln, je Tai reconnue, c*est elle 1

— Mais quoi done? fit le m^decin impatient.

— La voiture, parbleu !... cette voiture que j'ai tant cherch6e depuis la...

Mais, h la vue des jeunes lilies qui le regardaient en cherchant k comprendre, le gamin s'arr^ta net k la pens6e qu'il allait 6veiller un douloureux souvenir dans I'Ame des deux soBurs, et 11 brusqua son explicatioji en disant ;

— Enfln cette voiture dont je vous ai parle tantot. Au premier mot de voiture, le docteur avait com-

pris et tellement bien compris que, pris d'une colore subite, il s'6cria :

w- Oh 1 rimb6cile !

— Qui Qa, imb6cile?... moi? fit Auguste,

— Sans doute, toi... et meme triple imbecile ! Comment 1 au lieu de suivre cette voiture k la course, tu Tas laiss6a b^tement filer pour monter ici me brailler ta nouvelle?

Le gamin secouala t^te, et d'un ton moqueur :

— Tu, tu, turlututu, fit-il, Auguste n'est pas dans la peau du triple imbecile que vous voulez bien dire... EUe a si peu fil6, la voiture, que, si vous disirez la connaitre, je puis vous la faire voir.

— Yraiment? fit Baudraie radouci.

— Oui, pour cela, vous rfavez qix'k ouvrir la fen^tre et k regarder dans la rue.

— Ah ! elle est arret^e devant une maison voisine alors?

— Nullement. Ces deux grands diables de chevaux piaffent en has, devant la porte de cette maison m6me. Figurez-vous que j'6tais tranquillement assis sur ma marche et attendant votre sortie, quand, tout k coup, piaf ! piaf ! voilk les deux bStes qui arrivent me boucher la vue, car je regardais la rue. J'ai cm quails allaient passer. Pas du tout, ils s'arrMent juste devant

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la porte. Je ne pouvais pas encore apercevoir la'voiture. Au mfeme moment, deux femmes entrent dans la maison. EUes venaieni de descendre de la voiture, car je les ai vues recevoir le coup de chapeau d'un grand escogriffe de laquais qui les suivait comme pour demander des ordres apr^s leur avoir ouvert la portiere. A{)rfes quoi, il a 6t6 se poser plus raide qu*un pieu h c6t6 des chevaux pendant que les deux femmes parlaient k la portiere. Je ne pourrais pas vous dire si elles 6taient jolies, car, apr^sles indications donn6es par la concierge, quand elles ont pass6 k c6t6 de moi, toujours sur ma marche, leur voile ne m*a m6me pas permis de leur reluquer le bout du nez... mais elles 6taient v^tiies comme des princesses et elles sentaient bon I je ne vous dis que Qa 1

— Arrive done au fait, bavard ! cria Baudraie per* dant patience.

— Voil^ done que les deux dames ^taient mont6es dans la maison depuis une minute, quand le grand laquais, pour se distraire, s'amuse k passer la main sur la croupe d'un des chevaux... Faut croire que Tanimal n'aimait pas cela. II a un peu regimbS en avangant de quelques pas... Naturellement la voiture a suivi la b^te et, au lieu du cheval, c*est elle qui est venue me barrer la vue... J'ai 6t6 bien vite sur mes deux jambes, je vous Taffirme, car, du premier coup d'cBil, j'avais reconnu le v6hicule.

— Alors tu as interroge le valet?

— Comme vous le dites.

— Etill'ar6pondu?

— Parfaitement.

— Tu sais done k qui appartient ceLte voiture?

— Pas le moins du monde, attendu que le larbin 'm*a r^pondu dans un baragouin dont je n*ai pas com-

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pris un mot. C'est alors que je me suis dit qu'avant que les deux femmes aient quitt6 la maison, j*avais le temps de vous prfivenir et que vous, qui 6tes un savant h tous crins, vous pourriez descendre pour vous assurer si vous connaissez, par hasard, le jargon du grand domestique.

— Tu as eu raison ! dit vivement Baudraie en se prSparant h. sorlir.

Bien qu'elles eussent 6coute tout ce qui venait d'etre dit entre Baudraie et Auguste sur cet 6quipage stationnant devant la porte de leur maison, les deux soBurs Stor^re n'avaient rien compris k la satisfaction du gamin ni & la curiosit6 anxieuse avec laquelle le docteur avait 6cout6 ou interrompu ce r6cit.

Aussi, se doutant peu combien elles 6taient int6ress^es dans ce motif qui faisait que Baudraie, h peine entrfi et sans savoir encore pourquoi on avait dernand^ k le voir, se pr6parait h sortir, les deux jeunes filles eurent, ensemble, le m6me geste pour le retenir. / — Je vais remonter tout de suite, mesdemoiselles, se Mta de dire, Baudraie. qui lut une pri^re muette dans le double regard dont ce geste 6tait accompagn6.

U s'enga^ea dans le couloir qui conduisait k la sortie du logement, pr6c6d6 par Auguste qui disait :

— D6p6chons-nous, car si la voiture filait, je serais peut-6tre encore une ann6e sans la retrouver.

Mais au moment oti Fenfant 4tendait la main vers la serrure de la porte dn carr6, la sonnette, qui se mit k tinter, annon^a une nouvelle visite.

— C'est une femme... Je viens d'entendre un froufrou de robe... Faut-il ouvrir? souffla Auguste au docteur.

Eiait-ce qu'il sentait Turgehce imp6rieuse d*arriver en bas avant le depart de la voiture ? N*6tait-ce pas

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aussi rm peu la curiosity de voir quelle 6tait la personne qui se pr6sentait? Nous ne sauripus rien affirmer, Toujours est-il que Baudraie, sans m^me consuller les stBurs, s'empressa de r^pondre :

— Oui, ouvre.

L'oreille d'Auguste ne Tavait pas tromp6. C'6tait bien une femme qui avait sonn6.

D'abord un peu troubl6e en se trouvantinopin6ment en presence de deux hommes quand elle s'£^ttendait h ce que la porte lui serait ouverte par des femmes, elle demanda d'une voix jeune et fraiche :

— N'est-ce pas ici que demeurent mesdemoiselles Storfere ?

A d6faut de pouvoir verifier I'^ge de la demandeuse, car robscurit6 du couloir ne permettait de voir que fort imparfaitement son visage, le docteur r^pondit k tout hasard :

— Oui, madame.

Au premier son de la voix, les deux soeurs avaient pouss^ un cri de joie et s'6taient 61anc6es h la rencontre de la visiteuse qui, de son c6t6, en passant devant le m6decin et Auguste, s'6tait avanc6e de deux pas dans le couloir.

— C'est Blanche I s'6tait 6cri6e TainSe des soeurs.

— Enfin, te voici ! disait la cadette.

Et, sous les baisers qu*on lui prodiguait, Tarrivante putparvenir h. r6pondre :

— Oui, mes ch6ries, c'est moi qui, arriv^e h Paris depuis deux heures h peine, ai trouv6 votre petite lettre, qui m*attendait depuis si longtemps, et me suis h^t^e d'accourir.

— Et H61fene ? demanda la jeune Stor^re.

— Ma SGBur va venir, rfipondit H61^ne avec une

16gere hesitation qui n'6chappa pas h Toreille du doc* teur 6coutant ce dialogue.

— G'est une de leurs amies de pension,' se disait-il. Gependant la visiteuse 6tait entrain6e par les deux

Storfere qui, ouvrant une porte, h droite, dans le couloir, la firent entrer dans une chjambre autre que celle dans laquelle le docteur avait 6te rcQu et qui contenait le berceau des deux b6b6s endorrais.

Telle avait 6t6 la joie des lilies Stor^re h Tapparition d'H61^ne qu*elles avaient oubli6 la 'presence de Baudraie, rest6 dans le couloir, sur le seuil de la porte du carr6, demeur6e ouverte apr^s I'entree de Tarrivante.

Alors lui revint en m6moire ce qu*il allait faire quand Tamie des jeunes filles 6tait survenue. Aussit6t, poussant devant lui le gamin qui, pendant la sc^ne, s'6tait tenu muet et immobile h ses c6t6s, il lui dit vivement :

— Profitons de ces embrassades pour descendre. Hcttons-nous, la voiture est peut-6tre partie. .

Le gamin ob6it k la pouss6e ; mais quand il fut sur le palier, il se retourna vers le m6decin, qui, sorti derriere lui, allait refermer la porte,

— Vous savez, dit-il, que nous n'avons pas besoin de nous pressor. La voiture est et doit 6lre toujours Ik,

— Pourquoi?fit Baudraie 6tonn6 par I'intonation d*Auguste, et dont la main resta sur le bouton de la porte sans le tirer apr^s lui.

— Farce que la personne qui vient d'entrer chez nos demoiselles est une des deux femmes que cette voiture a amen^es.

— Qu'en sais-tu?

— Je Tai reconnue.

— Ne m'as-tu pas dit qu'elles 6taient voil6es quand

elles ont pass^ k c6t6 de toi, assis sur ta marche d'escalier ?

— Oui; mais ce ii*est pas avec les yeux que j*ai reconnu la particuliere,

— Avec quoi done?

Le gamin se posa un doigt sur le nez.

— Avec Qa, r6pondit-il. Est-ce que je ne vous ai pas dit aussi qu'elles sentaient bon... oh I mais bon k en embaumer une boutique de marchand de fromages ? Eh bien, mon nez a reconnu le parfum... Done, la personne qui est chez les demoiselles est, j'en parierais vos oreilles i couper, une des deux femmes.

Une reflexion, qui lui vint h I'esprit, fit hausser les 6paules au docteur.

— Tu es un idiot, mon garden, dit-il. Tu serais moins positif dans tes affirmations, si tu avals seulement une once de bon sens.

— Prouvez que je suis un idiot.

— Suis bien mon raisonnement alors.

— AUez, je lui tiens la queue h votre raisonnement.

— Quand un mouvement des chevaux en faisant avancer la voiture, t'a permis de Tapercevoir et, par consequent, dela reconnaitre, combien y avait-ii d6jci dB temps que les deux femmes 6taient mont^es dans la maison ?

— Au moins cinq minutes.

— Bon ! A present veux-tu m'expliquer comment il se fait que, mont6e avant toi, cette jeune personne ne soit arriv6e chez nos demoiselles que derri^re toi et apr^s ton r6cit qui a bien dur6 cinq bonnes minutes aussi ?

— Elle aura peut-^tre perdu son temps k aller, d*6lage en dtage et de porte en porte, demander ses amies.

— Bien I je te Taccorde encore... Mais, alors^, pourquoi est-elle arriv6e seule puisqu'elles 6taient deux..., Qu'estdevenue la seconde?

— Tiens ! c*est vpai !

— Nod, vois-tu, ces deux femmes sont dans la maison, chez un autre locataire. Qu^nt h celle que tu crois reconnaitre, elle est tout simplement une troisifeme personne, arriv6e seule et dix minutes apr^s les autres... Elle n'a rien de comraun avec celles qui sont descendues de la voiture.

— C'est pourtant bien le m6me parfum, murmura le gamin, tout en se rendant aux raisons du docteur.

— Maintenant, descendons... il s'agit de ne pas oublier la voiture, commanda Baudraie.

II avanga la rnain pour tirer la porte qui 6tait toutoujours rest6e ouverte.

Mais ses doigts n'avaient pas encore touch6 le bouton qu'un bruit de pas se fit entendre derri^re cette autre porte du carr6 sur laquelle s'6talait la plaque de Madame aglae durondeau, sage-femme. >

Quelqu'un allait sortir de cet appartement, et ce quelqu'un 6tait reconduit par la sage-femme jusqu'^ la porte, car deux voix, qui devenaient plus distinctes h mesure qu'elles se rapprochaient, 6changeaient de courtes phrases.

Arrives h. la porte, les deux causeurs, ou plul6t les deux causeuses, car c'^tait aussi une voix de femme qui se m^lait h celle de la sage-femme, firent une derni^re pause avant d'ouvrir.

De m^me que, bien souvent, c*est le post-scriptum qui resume une lettre, il arrive aussi que, dans une conversation de gens qui vont se s6parer, les dernieres phrases 6chang6es sont une recapitulation brfeve de tout ce qui a €U dit, ou une conclusion qui peutf

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■ rf l I ■ . ■ II I I I I I ■! II ■

d'un seul coup, laisser deviner^ un tiers Tensemble du dialogue dont il ne surprend que la fin.

— La discretion est la premiere loi de ma profession, Aussi n*aurez-vous jamais rien h craindre de moi, disait la voix mielleuse de la sage-femme.

— Etvous croyez que cela peutse faire? demandait Tautre voix.

— Je vous le r6p^te, c'est 6crit tout au long dans le Code... Vous pouvez 6tre parfaitement tranquille pour Tavenir... Dites oui et ce sera fait domain... J'ai une personne sous la main... Seulement, je vous en ai pr6venu, ce sera cher, ivhs cher ! Voyons, est-ce oui ou non ?

II y eut un pen d'h6sitalion de la part de TinterrogSe qui finit par prononcer :

— Eh bien, oui... Combien?

— Vingt mille francs.

— Des titres authentiques, n'est-ce pas ?

— Une noblesse qui remonte aux croisades.

— Et je pourrai toujours veiller sur Tenfant ?

— Toujours, mademoiselle.

A ce mot de « mademoiselle » Baudraie se senlit pris de piti^ pour celle qui allait apparaitre et voulut lui 6viter la honte d'etre surprise sortant de chez la sage-femme.

II attira brusquement Auguste h Ini, fit trois pas k reculons et, rentrant chez les demoiselles Storfere, il ferma la porte, mais, cette fois, en dedans.

II ^lait temps, car, aussit6t, la porte de la Durondeau s'ouvrit et se referma apr^s avoir livr6 passage k la cliente myst^rieuse.

— Laissons lui le temps de descendre, se dit Baudraie qui, tout h coup^ tressauta de surprise en entendant tinter la sonnette du logis des deux smurs.

86 LE GOMTE OMNIBUS

La personne qui sortait de chez la sage-ferame, venait de sonner chez les demoiselles Stor^re.

Au tintiement de la sonnette, la porte de la chambre, dans laquelle s*6taient renferm6es les ftlles Stor^re avec leur visiteuse, se rouvrit et une des deux soeurs, qui 6tait AngMe, la cadette, s'^langa dans le couloir en disant i'celle qu'elle quittait :

— Ce doit 6tre H6l6ne... Je vais lui ouvrir.

Mais, pour ouvrir, il fallait passer devant le docteur qui, avec Auguste, obstruait en quelque sorte T^troit couloir; le docteur qu'on avait envoy6 chercher et qu'on avait oubU6 pour f^ter la nouvelle venue ; en un mdt, le docteur qu'on avait, ou plut6t, qu*on croyait avoir laiss6 faire le pied de grue dans le couloir obscur, sans un mot d'excuse, sans une pri^re d'attendre.

Done, h la vue de Baudraie, Ang^le Stor^re arrSta.

son 61an vers la porte qu'elle voulait ouvrir et, toute

confuse de Taccueil singulier que sa soeur et elle

avaient fait k celui qui 6tait accouru h leur premier

- appel, elle balbulia :

— Ah ! pardon, docteur.

Mais celui-ci, venant au secours de cet embarras, se hdta de dire en souriant :

— Si rien ne presse dans le motif qui vous avait fait d6sirer de me voir, permettez-raoi, mademoiselle,. de vous laisser h la joie de recevoir Vos amies. Je reviendrai demain.

— Oui, oui, demain, r6p6ta AngMe, heur^use de ^ ' cette indulgence qui allait au devant de ses excuses.

Puis se ravisant :

*— Ou plus tot, commenga-t-elle. ' Mais, k ce moment, la sonnette s'agita bruyamment sous la main impatiente de celle qui, sur le carr6,

LBS FILLKS DU MIJ-LIONNAIRE 87

s'6tonnait de ce retard qu'on metlait h lui ouvrir. A ce carillon, Ang^le oublia de completer sa phrase et passa devaiit Baudraie en disant :

— Vous permettez, docteur.

Ello ouvrit la porte h la sonneuse qui, comme I'avait fait la premiere venue, s'arr^ta, en hesitant, h la vue du medecin qui s'offrait k ses regards.

— Entre, dit gaiement Angele, entre done, ma bonne H61ene, nous t'attendons avec impatience, car ta sceur, qui Va pr6c6d6e, nous avail annonc6 ta visite.

Puis, comme le docteur venait de s'eifacer pour laisser passer I'arrivante, Angele arr^ta H61^ne qui s'avauQait, et en s'adressant h Baudraie :

— Docteur, dit-elle, je vous pr6sente mademoiselle H^l^ne Peyrade qui, avec sa soeur Blanche, que j'ai oubli6 de vous presenter aussi, ont 6t6, k ma soeur et k moi, nos deux plus intimes amies de pension.

La demi-obscurit6 du couloir et, surtout, le salut, un peu has, qu'il fit en r6ponse k cette presentation, permireni k Baudraie de cacher la stupeur dont s'6tait empreint son visage en entendant ce nom de Peyrade qui, pour lui, 6tait toute une r6velation.

Incapable de parler, il adressa en guise d'^dieu un nouveau salut aux deux amies et, en rejoignant Auguste sur le carr6, il referma la porte derri^re lui, mais non sans avoir entendu ces mots que lui envoyait Angele Storere :

-— Abient6t, docteur.

Pour tirer Baudraie de la surprise douloureuse qui le maitrisait, il fallut la voix du gamin qui, apr^s s'^tre laiss6 glisser k cheval sur la rampe de I'escalier, Tattendait sur le palicr du premier 6tage.

— Eh I eh I fit-il en goguenardant, il paralt que,

malgr6 tous vos fameux raisonnemeiits, je ne siiis pas autant idiot que vous le disiez, car la voilSi retrouv6e Tautre dame... les deux font la paire... Mon nez Ta Teconnue ; elle embaume ni plus ni moins que sa soBur.

— Tu avais raison, confessa le docteur.

Get aveu encouragea Auguste, qui se mit h rire en ajoutant :

— Dites done... vous avez vu ? Hein !... Une demoiselle qui sort de chez la sage-femme, pas vrai que c'est une vertu qui sonne faux ?

Sans qu*il sti pourquoi, cette plaisanterie froissa Baudraie, qui fit peser sa main sur T^paule du gamin en prononQant d*un ton grave : "^

«— Ne m'as-tu pas dit que les demoiselles Stor^re 6taient de donees et vertueuses creatures qui ne te donnaient que de bons conseils ?

— C'est la v6rit6.

— Et pourtant, il y a chez elles un berceau dans lequel dorment deux petits enfants,

Apr^s ces paroles,- qui laiss^rent le gamin interdit, Baudraie ajouta d*une voix qui se fit 6mue :

— Qui sait si cette demoiselle, dont tu te rallies^ n'est pas innocente aussi de son malheur ? Oublie ce que tu as vuet entendu, mon gas. Ce serait une mauvaise action que d'en ouvrir la bouche.

Sur ce, Baudraie prenant Tavance, descendit Tescalier, et, arriv6 dans la rue, s'61oigna sans avoir pr6t6 la moindre attention kla voiture qui stationnait toujours devant la maison.

— Eh bien! eh bien! fit le jeune Pirouette qui, aprSs Tavoir rattrap6, le tirait par un pan de son habit.

— Eh bien I quoi ?

LES FILLBS DU MILLTONNA-lUE 89

— Vous oubliez d'interroger le larbin pour savoir h qui appartient T^quipage.

— G'est inutile. Je connais h present le coupable et, quoique tu aies refus6 de me donner son signalement en me disant que ce n*4tait point ton secret, je puis te le d^peindre.

— AUez-y un peu pour voir.

— Le maitre de cette voiture est un homme grand, taill6en hercule, h la marche lourde, ^la voix rauque et br^ve... Est-ce bien cela?

— En tous points..; Et vous savez oil le retrouver?

— Sans courir.

— Alors je puis vous quitter? Vous n'avez plus besoin de moi? demanda Auguste en arr^tant sa marche.

— Si, si, j'ai encore bien des details & apprendre de toi, mon gargon... Suis-moi.

— Y a-t-il une cuisine oti vous me menez? car il faut vous avouer que j*ai Testomac qui me colle au dos. Depuis ce matin, je n*ai encore aval6 que vos raisonnements.

— A notre arriv6e, je te ferai conduire h Tofflce.

— Je me risque.

Vingt minutes apr&s, le docteur 6tait de retour h rh6tel de Maucieux.

— Mon jJauvre ami doit souffrir de Timpalience d'avoir des nouvelles, pensa-t-il.

Aprfes avoir appel6 un domestique pour lui recommander d'avoir soin de rafifam6 Pirouette, il questionna cet homme.

— Votre maitre a dA s*informer bien des fois si j*6tais revenu?

— Oh I oui, docteur. II a sonn6 au moins dix fois pendant la premiere heure.

— Ah! et apr^s, parait-il, il s*est r6sign6 k attendre mon retour.

— Oui, parce qu'il a 6te distrait.

— Distrait... par quoi?

— Par une visite,

— Une visite! dans son 6tat? Votre devoir 6tait de ne laisser personne arriver jusqu*ci lui.

— C*est vrai, docteur, mais M. Peyrade a tant insists.

— Ah ! ce visiteur 6tait M. Peyrade? fit Baudraie ea tressaillant k ce nom.

— Lui-m6me qui a dit que, de retour h Paris depuis une heure h peine, il avait tenu, apr^s une ann6e d' absence, k venir lui-m^me prendre des nouvelles de la sant6 de monsieur.

— Depuis combien de temps est-il parti?

— Mais il est toujours ici.

— Tr^s bien, fit Baudraie en cong6diant le valet.

— En route pour la cuisine, dit au domestique, devenu libre, le jeune Pirouette qui, tant il est vrai que ventre affam6 n'a pas d'oreilles, avait as§ist6 k cet interrogatoire sans en rien 6couter.

Le docteur monta lentement Tescalierquiconduisait k la chambre de Maucieux. A la pens6e de celui qu'il allait trouver pr5s de son malade, Baudraie, en se rappelant les paroles, 6cout6es par lui et prononc6es

LES FaLES BU MILUONNAIRE 91

derri^re la^porte de la sage-femme, se posa cetie question :

— Ce miserable, qui a perdu les fillesy Stor^re, saitil qu'une des siennes a 6t6 m^re?

Puis, apr^s avoir r6fl6chi :

— Oui, continua-t-il, et cela doit 6tre le motif qui . Ta teau toute une ann6e absent de Paris.

Quand, avec le soin qui lui 6tait babituel lorsqu*il v entrait chez son malade, Baudraie eut doucement ouvert la porte de Maucieux, il s*arr6ta sur le seuil de la cbambre.

Les deux causeurs, qui lui tournaient le dds, continu5rent leur conversation sans se douter quails avaient un auditeur.

— Oui, mon cher ami,, disait Peyrade, outre mon d6sir de revoir Paris, j'ai 6t6 ramen6 ici par le soin de marier une de mes fiUes.

— Ah I vous avez trouv6 un gendre?

— Trouv6, non, car il s'est pr6sent6 de lui-m6me ou, pour mieux dire, il s'est offert par correspondance. .. J'avouerai mtoe que si je m'attendais h une pareille demande, ce n'6tait pas de sa part.

— Est-ce que je le connais?

— Oui. Devinez.

— Dites, car je suis mauvais devin.

— Eh I b'ien, c'est Grondier qui, ayant succ6d6 k son p^re, se trouve, depuis six mois, 6tre devenumon notaire.

— Et vous Tavez accepts ?

— Damel son p^re lui a laiss6 une immense fortune dont... je le sais, puisque nous nous sommes amus6s ensemble... il a 6corn6 un angle. C'est done uu gendre h ne pas d6daigner... Riche, beau gargon, intelligent... et puis, comme on dit, ce sont toujours

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les anciens mauvais sujets qui font les meilleurs maris.

— Et laquelle de vos flUes a-t-il choisie ? demanda Maucieux.

— Sur ce point, ma r6ponse va bien vous 6tonner, r6pondit le millionnaire aprfes une courte hesitation.

A cette r6ponse 6trange, le malade ouvrit de grands yeux. L'id6e lui vint que Peyrade le plaisantait, mais celtii-ci, devinant qu*on doutait du s6rieux de ses paroles, insista en disant d'une voix qui appuyait sur chaque mot :

— C*est comme je vous le dis.

— Comment I fit Maucieux non convaincu, vous ignorez de laquelle de vos filles Grondier vous demande la main ?

— Oui, sur ma parole... Et je vais encore mieun^ vous surprendre en ajoutant que Grondier lui-m6me ne salt pas encore h laquelle il donnera la pr6f6rence. II y a six mois, quand il m'a 6crit pour m'annoncer qu'il succ6dait h son p^re d6c6d6, il m'a adress6 en m§me temps sa demande en mariage.

— Done il avait d6jii fait son choix, vous le voyez bien, insista le malade.

Mais Peyrade se reprit vivemenl :

— Non,» non, je m*explique mal. Jevoulais direqu'il nr*a 6crit pour me demander h devenir mon gendre,.. Rien de plus, rien de moins.

— Sans indiquer la jeune fllle?

— Sans designer personne... Naturellement, j'ai cru h un oubli involontaire de sa part et, dans ma r6ponse, j'ai r6c]am6 ce nom omis... Savez-vous ce que sa seconde lettrea sollicit6 de moi?

— Non. Je vous 6coute.

— La faveur, avant de me declarer le nom de sa

pr6f6r6e, d'adresser, k voix basse et en ma presence, quelques mots h chacuae de mes fiUes. Apr^s quoi, il me fera part de son choix.

— Et vous y avez consent!? demanda Mauoieux dont la surprise allait en croissant.

— Pourquoi pas? fit le millionnaire avec un gros rire. Quelle est ma corv6e, h, moi qui ai sur les bras deux filles h marier? C'est de trouver deux gendres... Or, quand il s'en pr^sente un dans les plus brillantes conditions, avouez que je serais bien stupide de le reftiser parce qu'il ne precede pas dans les formes

. usit^es. Qu'il prenne Tune ou Fautre, ma charge n'en sera pas moins diminu^e de moiti^.

Et en redoublant de rire :

— Voilk ce que j'ai vu de plus clair dans la chose, ajouta-t-il.

Pour Maucieux, chez lequel la souflPrance 6moussait Tesprit d'observation, Peyrade, avec son cynisme et sa lourde gaiety, apparaissait tel qu'il Tavait toujours connu, c'est-k-dire fort peu soucieux de ses devoirs de p5re.

' Mais il n*en 6tait pas de m^me pour Baudraie qui, non apergu encore par les causeurs, avait 6cout6 avec une attention d'autant plus soutenue qu'il 6tait , curieux d*6tudier ce miserable dont le crime venait de Itti ^tre r6v616. Aussi le rire dont Tex-manufacturier avait ponctu6 ses phrases lui parut-il sonner ^trangement faux, et Tinsouciance avec laquelle Peyrade disait avoir consenti h la proposition de Grondier lui sembla ^tre de mauvais aloi.

— Ou il est oblig6 de subir la volont6 de Grondier, ou il a un int6r6t cach6 h. accepter cette singulifere condition, pensale docteur.

En m^me temps lui revint le souvenir de Blan-

che, la fille cadelte du millionnaire, qu'il avait vue sortir de chez la sage-femme. De ce fait, Baudraie crut pouvoir tirer cette deduction ;

— Par sa complaisance h souscrire au caprice de Grondier, le p6re veut se donner une chance d'etre d6barrass6 d*une fille coupable.

Tout aussit6t apr6s une telle supposition, le docteur se posa la question suivante :

— Oui, mais connait-il la faute de sa fille?

Mieux d6cid6 encore, par ce qu'il avait entendu, k ne pas se montrer, Baudraie recula de trois pas dans la pi^ce pr6c6dente. Tout en ne risquant plus d*6tre aperQu par les causeurs, il pouvait 6couter par la porte entr'ouverte.

— Grondier est- il pr^venu de vptre arriv6e? avait continue Maucieux.

— Je Tai averti parlettre de mon retour, mais il ne m'attend que ce soir. J*avais une telle Mte de revoir Paris que j'ai brAl^ la route.

— Rien, pourtant, que je sache, ne vous forgait h vous Eloigner, surtout pendant une ann6e, de ce Paris que vous aimez tant? avanga naivement le malade.

Peyrade h6sita deux secondes, comme s'il cherchait une r6ponse, puis il r6pliqua :

— J'ai voulu faire voir un pen de pays k mes filles avant de les marier... C'est une mode anglaise, vous savez ? Aussi pourront-elles parler ^ Taise de Tltalie avec leurs futurs ^poux, car, en long et en large, nous Tavons visit6e pendant douze mois.

— Douze mois pleins, sans 6tre revenus ici ne fflt- Ce qu'une semaine, pourvos affaires? repritMaucieux.

Et avant que Peyrade cut r6pondu, il se hMa d'ajoutcr :

— Si je vous dis cela, mon cher, c*est parce que

je me souviens d'avoir entendu le comte de Blfeves, il y a trois mois, soutenir qu'il vous avaitapergu au fond d'un fiacre dans je ne sais plus quel quartier de Paris.

— Eh! bien, le comte de BIfeves peut se vanter d'avoir eu, ce jour-13i, une forte berlue, s*6cria Peyrade en 6clatant de rire.

Ce rire eut encore une intonation qui fut suspecte h Toreille de Baudraie, car il secoua la tftte en murmurant :

— Tiens! tiens! il faudra que j'interroge M. de Blfeves.

Cependant Peyrade avait d6tourn6 la conversation h propos du comte.

— Est-il toujours grand joueur?

— C'est fini; M. de Bl^ves est ruin6 h plate couture... il vit d'emprunts h ses amis.

Le nom de M. de B15ves, h ce qu*il paralt, n' avait servi h Peyrade que de planche pour glisser d'un sujet k un autre. Loin de s'apitoyer sur le sort de son ex-compagnon du tapis vert, il demanda brusqueraent :

— Et Roudiac?

A cet autre nom, Maucieux eut un sourire de m6* pris d6daigneux, puis d'un ton sec :

— J'ignore, dit-il, ce qu'il est devenu depuis un an. La souffrance m'a toujours fait garder la chambre, et M. de Roudiac n'est pas un homme qu'on reQoive chez soi.

11 fut facile au millionnaire de paraitre n'avoir pas entendu la fin de la phrase, car, ses yeux, aux derniers mots, s^etant tourn6s vers la pendule, il s'6cria :

— Oh I d6jc\ quatre heures I mcs deux folles doivent Mre rentrfies au logis*.

Ensuite il se leva et, en riant :

— Je parle de mes filles, continua-t-il, oui, deux

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vraies foUes qui, h peine arriv6es, ont voulu courirles ' magasins pour proc6der au rajeunissement imm^diat 1 de leurs toilettes un peu d6mod6es. j

-Gela dit, Peyrade avait 6t6 prendre son chapeau d6pos6 sur un meuble. Comme il revenait, la main tendue, pour prendre cong6 de Maucieux, il rencontra, sur ' son passage, le docteur qui, ayant jug6 bon de faire ^ son entr6e, venait, rien qu'en trois de ses longues enjamb6es, de s'avancer jusqu'au milieu de lachambre.

— ^h! vous voici de retour, mon cher ami, s'6cria Maucieux en Tapercevant.

Ensuite, le monCrant au millionnaire :

— Monsieur Peyrade, je vous pr6sente le docteur Bail- , draie dont Tamiti^ M le talent ont accompli, depuis que vous nous aviez quitt6, le vrai miracle de me faire vivre jusqu*^ aujourd'hui... Je vous le recommande pour un cas grave et pressant.

— Oh I oh! fit gaiementBaudraie, vous tombez bien , mal en me recommandant k monsieur.

— Pourquoi done? demanda Peyrade.

— Mais parce que vous devez avoir une bien naodeste id6e de mon empresseraent k me rendre k Tappel de ceux qui me r6clament... Pour une pauvre fois que vous vous ^tes adress6 k moi, j'ai la honte d'avouej * que je vous ai fait faux bond. .

Tout en parlant, Baudraie avait regard6 les mains de Peyrade.

— Oui, reprit-il, je vous ai fait faux bond... 11 y a juste un an... Un de vos domestiques 6tait venu me chercher en votre nom... il s'agissait, je crois, d'une s6rieuse blessure au bras ou au poignet.

Ge disant, le docteur avait vivement saisi le bras gauche de Peyrade et, en examinant le poignet, il avait poursuivi :

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