LE CRIMINALISTE
jeune Italien de vingt-sept ans, Beccaria, sans y faire figurer
Son nom, s’en reconnaissait l’auteur, et arrivait triomphale-
ment à Paris, prôné, fêté, encensé par toute la capitale. L'histoire de Beccaria et de ses idées est faite, dans son
ensemble. Sa vie publique et privée, ses travaux, ses rapports
avec les souverains et les savants, les discussions et les réformes législatives dont son livre a été le point de départ, en Italie comme dans toute l'Europe, ont été retracés de main de maître par son dernier biographe, M. Cantù (1). Un point est cependant resté obscur, et non des moins importants. Beccaria et Verri ont eu, à l’occasion de ce livre, des relations si étranges, si invraisemblables, que la critique en a été déroutée. Égarés par cette étrangeté, les biographes des deux écrivains se sont laissé plus ou moins volontairement entrainer par leurs sympathies personnelles, et ont émis, tant sur les origines du livre de Beccaria, que sur les relations personnelles de ce dernier avec Pietro et Alessandro Verri, à l’occasion du voyage en France, les jugements les plus contradictoires. La question mérite d’être reprise : la correspondance récemment publiée de Verri et de son frère l’éclaire d’un nouveau jour. Bien que, dans l’ordre chronologique, le voyage se place après la composition du livre (il lui est de deux ans et demi postérieur), il est cependant nécessaire d’en retracer tout d’abord les incidents;
: car ceux-ci ont fait l’objet, entre les deux frères, d’un échange
de communicalions du plus haut intérêt sur Roue même du livre des Délits et sur son auteur.
Ce chapitre envisagera donc successivement : quels ont élé les rapports de Verri et de Beccaria de 1766 à 1769 ; quelle part respective ils ont prise l’un et l’autre à la composition et à la publication du livre des Délits et'des peines ; enfin quels sont les écrits par lesquels Verri s’est personnellement signalé comme criminaliste.
(1) Cantù, Beccaria e il diritto penale (Florence, 1862), étude suivie d'une édition de l'ouvrage de Beccaria. — Une traduction de cet ouvrage, accompagnée de notes techniques et enrichie de quelques remarques de l’auteur,
a été publiée à Paris en 1885 par MM. Lacointa et Delpech. :