‹ Le Comte Pietro Verri (1728-1797) Ses Idées et Son TempsChapitre 21 sur 61 · AT LE COMTE PIETRO VERRI · texte numérisé non relu

AT LE COMTE PIETRO VERRI

qualités couvrent tes défauts, qui t'estime, compatit à ta situation, t'aime de tout cœur et te supplie de songer à toi et à ton nom. De prétextes pour motiver un prompt départ, il n’en peut pas exister : quand tu te mettrais le cerveau à la torture pour en trouver, le public ne s'y laisserait pas prendre. Chacun me demande de vos nouvelles!

Ami, tu es sur le point de te rehausser par les relations et les connaissances que tu vas te créer, et plus encore par la. certitude de pouvoir te diriger toi-même, que tu acquerras en quelques mois, et qui te donnera conscience de ta valeur pour toute ta vie, Pour Dieu! tu es digne que je me confie entièrement à toi, et que j'ose t'écrire une vérité que je ne te dirais pas en face : il y a un côté de puérilité dans ton caractère qui nuit beaucoup à l'estime que l’on te doit. Tu t'en aperçois et cherches à le dissimuler, grâce à l'énergie dont tu te trouves doué : tu tiens à la fois le mal et le remède. Cette promenade à travers l'Europe est la seule chose qui puisse t'en guérir. Si tu reviens trop tôt, songe que tu rends ton mal public, que tu en rends la guérison sans espoir ; songe que tu t'avilis, que la crainte de la mésestime te rendra pire ; songequeta mauvaise fortune, intérieurement comme au dehors, sera chose décidée. Jesuisun homme isolé, abandonné de mes amis, entouré d'embüches dans mes fonctions ; j'ai perdu mon appui à la cour dans l’abbé Giusti. Bien des gens peuvent se réjouir et gagner à mon abaissement. Mon intérêt me fait désirer la consolation de t'embrasser, de me reposer avec toi dans le sein de la vertu, de l'amitié et de la raison. Pense comme je dois souvent me reporter vers toi et soupirer après toi. Et cependant je tremble en relisant ta lettre. J'espère que peu de jours après ton arrivée à Paris, tu changeras d'idée, et cela me console, Je suis impatient de recevoir aux prochains courriers de tes nouvelles.

Je me demande si je dois envoyer cette lettre. Elle renferme des choses trop humiliantes. Pourtant, c’est décidé, je te la veux adresser. Si telle est ma pensée, pourquoi te la cacherais-je? Nul ne t'estime plus que moi; nul ne t’a donné plus de preuves de son estime que moi. Je sais que tu t'en souviens, je sais que tu n'ignores pas que j'ai aussi mon défaut connu ; le tien est de la faiblesse, le mien de la vanité. Tu possèdes tout à fait mon estime, et tu la possèderas encore après avoir fait cette sottise; mais celle des autres hommes, tu l'aurais perdue pour toujours, et ce serait folie de vouloir la reconquérir. En somme, ne songe absolument pas à revenir, je t’en conjure par tout ce que peuvent les tendres sentiments d'un ami qui se laisserait couper un doigt s’il le

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fallait pour te sauver d'un tel ridicule. Je ne m'arrêterais plus, mais le papier m'arrête. De la raison, pour l'amour du ciel ; console-moi bien vite par quelque bonne nouvelle, Pardonne-moi, aime-moi, Ne me hais point, je ne le mérite pas.

« Pietro » (1)

Si quelque parole humaine eût pu avoir raison d'une ballucination évidente, le langage ému et véritablement élo-

quent de Verri eût remporté cette victoire. Beccaria le

sentait, mais il n’était pas maître de lui. Voici une seconde et dernière lettre qu’il adressa de Paris à son ami, pour lui annoncer son retour :

un Paris, 15 novembre 1766.

« J'ai reçu ta lettre du 26 octobre. Le cœur y parle, comme y parle l'amitié la plus intime et la plus sincère. Aussi, bien loin de m'offenser, je te remercie, à l'exception toutefois de quelques mots que la chaleur de ton imagination et de ton cœur t’a dictés, et qui m'ont déplu. Tu les découvriras dans la suite de ma lettre. Il est inutile de te dire que mon amitié pour toi n'en a éprouvé aucune altération.

Toutes tes raisons ne me persuadent point, au moins dans les circonstances présentes. Toutes m'ont été mises en avant avec une égale force par l'ami Alessandro, qui s’est dévoué avec tant de zèle à mon incurable maladie, (je l'appelle ainsi par complaisance pour vous). Nous avons parlé avec une éloquence et une énergie égales; nous avons analysé, développé, prévu, calculé mon état mental ; aucune donnée n’a été omise, et le résultat final des deux côtés est que je dois m’en retourner. En considération de vos communes raisons, je me suis traîné comme un misérable qui va au supplice jusqu’à Paris, j'ai dévoré l'ennui et l'affliction, je me suis prêté de bonne grâce à tous les traitements capables de me guérir, mais rien n’a fait. Le détail de ce qui s'est passé est inutile; tu l'auras reçu d’Alessandro,

Mon intention était de rester absent de mon pays quatre ou cinq mois au plus ; je serai resté deux mois seulement, Mais que de raisons peuvent hâter le retour d'un voyageur ! Sa santé, des affaires et des circonstances de famille, l'allégement de sa bourse, etc., etc. Simes amis, si ma famille sont d'accord avec moi, les cancans seront vite étouffés. J'ai

(1) Lettres, t. 1, p. 232-239.

réussi, en faisant crier tout Milan, dans un mariage à ma mode, alors que je n’avais aucune réputation préalable. Et aujourd'hui, je n’aurai pas le courage de retourner dans mon pays, deux mois avant la date fixée par moi dans le sein de ma famille, au milieu d'amis qui m’aiment et m’honorent, et dont l'estime en impose à tout le monde? Moi qui, par ce qui s'est passé et ce qui se passe journellement, dois être convaincu que tous les suffrages de l'Europe sont dans ma main, je devrai m'inquiéter de ceux des Milanais? Sois tranquille au sujet de ma réputation. Mes intentions n'ont rien que d'honnête et de bon : j'en réparerai les brèches comme un habile horloger répare une montre, et les braves Milanais auront la bonté de m'estimer de nouveau, quoi qu'il leur en coûte.

Voilà encore une escapade de cette « énergique puérilité » que tu m'attribues. Si tu la crois vraiment un trait de mon caractère, ton expérience du cœur humain et particulièrement de mon état actuel devrait te faire comprendre qu'aucune force au monde n’y changera jamais rien. Si c’est la vérité, elle est inutile et désagréable à dire.

Cher ami, j'ai près de trente ans. Laisse-moi tel que je suis, laisse-moi suivre ma Carrière en paix, conformément à mes sensations, à mon caractère, à mes besoins. Si j'obéis aux perpétuelles et invincibles suggestions de mon âme, elle se familiarisera vite avec les effets de ces racontars si redoutés par toi. Depuis le 2 octobre jusqu’à ce moment, je n'ai éprouvé aucun bien-être. Les douces vapeurs de la gloire et les continuelles marques d'estime que j’ai reçues dans cette patrie de la philosophie, étaient et sont toujours imprégnées de quelque chose d’amer et de cuisant qui sort du fond de mon cœur. Je n’ai pas manqué de profiter de mon court séjour; j'ai bien vu et examiné Paris, j'ai contracté de nombreuses et importantes liaisons, j'ai jeté les semences de mon bonheur futur ! J'ai fait un bon emploi de l'argent que m'a donné mon père; j'en rapporte une partie; cet argent ne m'a pas été donné sans doute pour me rendre ridicule, mais pas davantage non plus pour me rendre malheureux.

Tout m'invite au retour; ta résistance est superflue. Au contraire, j'exige de ton amitié (et je ne doute pas que tu ne me l’accordes), que tu surveilles de telle sorte les dispositions de mon père, qu'il m'épargne d'inutiles reproches, et me réserve un bon retour comme il m'a procuré un bon voyage.

Je répète que ma résolution est bien mürie ; ‘que tu es éloigné de deux cents lieues et ne vois pas les choses; que je suis inébranlable

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quoi qu’il arrive ; et que vors les dix ou douze premiers jours de décem-

__ bre je t’embrasserai.

4e £ « BECCARIA »

«P.S. Je te recommande de nouveau de parler et d'écrire à mon père.

- Mets-toi en campagne afin que ma résolution soit bien accueillie et ne cause point de troubles domestiques, dont je ne serais certainement pas È seul à souffrir, Je remets tout à ta discrétion et à ta prudence. Je me fie 4 entièrement à ton amitié. Quelque désagrément qui survienne, je suis

F prêt à l’affronter, tant ma résolution est arrêtée et immuable. Agis de j concert avec ma famille, en vue de prévenir tout bavardage par cette unique réponse que des circonstances de famille m'ont rappelé, en vue | aussi d'éviter les « tracasseries »; et repose-toi un peu sur moi du soin de mon bonheur. Ami, tu seras toujours tel pour moi, et tel je veux être aussi toujours. À nous revoir le plus tôt possible,

« BECcARIA » (1)

Le ton des deux lettres de Beccaria est bien différent. La première trahissait l'affaissement le plus complet. La seconde, plus ferme et non sans quelque ironie, est celle d’un homme qui a recouvré une partie de son aplomb. Pour un malade et un halluciné, il faut avouer que ce langage dénote une clairvoyance remarquable. Loin de négliger ses intérêts, Beccaria les surveille de près, les discute, met en balance d'un côté « les suffrages de l'Europe », que son état moral va lui faire perdre, de l’autre l'estime des Milanais, esprits étroits et cancaniers. Impuissant à secouer sa torpeur, dans la nécessité de sacrifier quelque chose, il se décide, après mûre réflexion, au parti le moins désavantageux : il affrontera, s’il y a lieu, les quolibets de ses compatriotes. Mais que de précautions pour atténuer les effets de son retour anticipé ! Que de prétextes savamment imaginés pour le motiver ! Quelle insistance à « exiger » de l'amitié de Verri qu'il « prépare » les esprits, qu'il faconne par avance l'opinion publique, et la familiarise avec l’idée de ce retour ! Ce côté du caractère de Beccaria

(2) Verri, Lettres, t. I, p. 288-291.

semble avoir échappé à ses panégyristes aussi bien qu'à ses détracteurs. Les uns, comme M. Cantù (1), ont simplement jeté le voile sur cet ensemble d'incidents, jugeant peut-étrela réalité trop défavorable à l’auteur des Délits et des peines. Les autres, comme Morellet dans ses Mémoires (2), comme Lemonaco, dans ses Vies des Italiens illustres (3), comme Ugoni (4) comme Pietro Villa (3), en accueillant complaisamment tous les bruits défavorables à Beccaria et en s’en faisant l'écho, l'ont représenté comme un homme faible d'esprit, et sont allés jusqu'à douter de ses capacités. Au lieu de grossir ou de cacher ses faiblesses, mieux vaut essayer de les expliquer. Il n’est pas douteux que Beccaria n'ait été atteint d’une véritable affection mentale. L’authenticité de la correspondance d’Alessandro Verri avec son frère étant certaine (6), le témoignage du compagnon de Beccaria ne saurait être sérieusement contredit, D'ailleurs Beccaria lui-même le confirme, en avouant tout à Verri; et ses lettres à la marquise sa femme, rapportées tout au long par M. Cantù (7), ne font qu'ajouter à l'évidence du fait Mais cette maladie morale n'est qu’un accident dont on ne peut raisonnablement le rendre responsable; de plus, elle est loin d'avoir porté atteinte à ses facultés intellectuelles. La correspondance de Beccaria durant ce voyage montre qu'il y dépensa à lutter contre lui-même une somme immense d'énergie. Jusque dans ses enfantillages, il conserva et son amour-propre et sa lucidité d'esprit, qui lui faisaient voir plus juste et plus loin qu'Alessandro Verri, tout à l'impression du moment, et qui lui permirent de sauver son nom, en l’éloi-

(1) Beccaria, ch. XIX.

(2) Mémoires de Morellet, ch. VIII.

(3) Art. Beccaria.

(4) Della letleratura ilaliana… nel secolo XVIII, tome Il, art. Beccaria.

(5) Notizie intorno alla vila di Beccaria, en tête des œuvres de ce dernier, dans l'édition des Classici Italiani, Milan, 1821.

(6) Cf. Introduction.

(1) Beccaria, ch, XV.

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gnant assez tard de Paris pour y établir sa réputation, et assez s Lôt pour ne point la compromettre. Son compagnon de voyage - le reconnut plus tard : « Ilest bien heureux, écrivit-il alors, À d’être parti à temps » (1).

: La présence d'esprit de Beccaria s'était d’ailleurs manifestée dans un autre ordre de faits, plus graves parce qu'ils touchaient à la vanité personnelle des trois philosophes milanais. Ce fut l'origine de leur rupture. Dans la première lettre qu’il écrivait de Paris à son frère, Alessandro Verri constatait que Beccaria était accueilli « avec adoration », et ne pouvait réprimer un sentiment, non d'envie, mais de légitime convoitise : « Je suis encore comme qui dirait un astre qui n'a de lumière que par reverbération. Mais du calme : cela est trop juste. Avant peu j'espère mieux. Je suis éloigné de l'envie, mais non du désir de la gloire » (2). A ce sentiment se mélait une certaine amertume, quand il constatait que Beccaria lui laissait sans se gêner toutes les charges du voyage, et en recueillait tous les bénéfices. Alessandro allait même un peu loin dans ses paroles, et « éprouvait quelque remords à décrire avec quelque énergie les défauts d’un homme respectable et d’un ami » (3). Mais ce remords, BecCaria ne tarda pas à le dissiper, à le changer même en un ressentiment violent. Un peu grisé par ses succès, le jeune inconnu d'hier se crut très sincèrement passé grand - homme, et, ce qui était moins excusable, le fit sentir à son ami, Poltron et ridicule dans l'intimité, il prenait avec lui devant Je monde des airs d'importance et de protection; il lui coupait la parole, ne répondait point à ses questions, s’efforçait par tous les moyens possibles d'accaparer l'attention. Comme son compagnon se plaignait d’une telle jalousie, Beccaria lui répondait sérieusement qu'il l’estimait trop « pour n'être point jaloux en cela » (4). Ici le pauvre Alessandro se sentit piqué

(1) « Fortunato di esser partilo a tempo » (Lettres, & Il, p. 12). (2) Lettres, t. I, p. 218.

(3) Leltres, t. I, p. 241.

(4) Lettres, t, I, p. 295.

au vif. Avec une franchise que le caractère intime de sa correspondance fraternelle doit seul expliquer, il déclare cette facon d'agir « digne d'un vermisseau de la littérature, d’un vil insecte, non d’un homme élevé au-dessus de telles abominables jalousies » (1). A ses yeux Beccaria n’est plus seulement un orgueilleux, mais un ingrat : « J'ai perdu pour lui l'estime et l'amitié; l’une et l’autre avec raison, je le crois. Qu'il fasse des livres, je les admirerai; mais je ferai toujours la distinction entre l’auteur et ses œuvres » (2). C'est surtout ici que les révélations d'Alessandro Verri deviennent intéressantes. Beccaria ne poussait-il pas l’ingratitude jusqu'à se laisser croire l'auteur d'une œuvre à laquelle il n’avait seulement pas mis la main : l’Apologie ou Riposte aux Notes de Facchinei sur le livre des Délits, œuvre imaginée et écrite par Pietro et Alessandro Verri seuls, dans le but de défendre celui qui était alors leur ami :

« En fait de dissimulation littéraire, ne recevait-il pas à Paris les louanges qu'on décernait à l’Apologie de son œuvre, sans jamais en attribuer le moindre mérite à toi et à moi qui en sommes les véritables auteurs? Cent fois j'ai entendu qu'on lui en faisait l'éloge en ma présence, une seule fois je l'ai entendu dire : « Je dois reconnaître que mes amis m'ont aidé à la faire. » Et pourquoi l’a:t-il dit? Parce que les louanges croissaient outre mesure, que j'étais dans le même cercle et me taisais, que j'étais face à face avec lui, et qu'il avait laissé échapper cet aveu que l’'Apologie avait été faite en cinq jours. Il fut alors pour ainsi dire contraint et par ma présence et par la brièveté du temps employé, à faire une telle déclaration. La conversation n'ayant d'autre objet que d’exalter bien haut cette Apologie, il ne pouvait en dire moins en ma présence. Mais un homme honnête, honnête dans ses actes, aurait agi tout autrement: il m'aurait nommé comme un des auteurs, et toi également : il aurait attribué le mérite à qui il revient. Je ne dis pas qu'il devait tout étaler à Paris, renseigner le public sur le détail de ces incidents; mais je dis qu'aucun homme sincère n'aurait joué de la sorte le prince-arlequin, et reçu fastueusement les applaudissements donnés aux fatigues d'autrui,

(1) Ibid. |

(2) Ibid,, p. 296.

Loi

ture. Mais Beccaria ne voit que le sien. J'ai positivement commencé à

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C'était là un devoir pour lui en ma présence ; ou du moins fallait-il, de retour dans notre appartement, m'en parler, demander en quelque sorte ce sacrifice à mon amitié, m'en dédommager à l'occasion en cherchant

à attirer d’autre façon sur moi les regards des philosophes : il ne s’en est guère mis en peine. Il est certains moyens, connus de quiconque a l'âme délicate, de ménager l'amour-propre des gens en pareille conjonc-

être connu ces derniers jours, parce que mon Essai sur Justinien a

été lu de quelques personnes. Ces dernières m’estiment, mais les autres

ne pouvaient me prendre que pour un honnête homme, pour un homme raisonnable tout au plus. Beccaria brillait, Beccaria était écouté, Beccaria était à la mode, comme tout a coutume de l'être à Paris où l'on fait tout à l'extrême, et le pauvre diable de Verri restait dans un coin, muet et inaperçu! » (1).

Ces récriminations, sauf les dernières, parvenaient à Milan vers le milieu de décembre, à peu près en même temps que celui qui en était l'objet. Beccaria était arrivé Le 12, n'ayant mis que neuf jours pour revenir de Paris (2). Verri avait tout fait (3) pour empêcher ce retour : rien n'avait réussi. Bien que la détermination de Beccaria l’atteignit lui-même dans son amour-propre, il s'était mis généreusement en devoir de déférer à son désir. On le voit dans ce dessein courir deux fois à Gessate auprès de la marquise Beccaria, écrire au marquis son père, « dorer la pilule », ce sont ses expressions, à toute la famille, prévenir les amis, inventer un véritable roman, aussi vraisemblable que possible, s’efforcer tant bien que mal d’atténuer la fâcheuse impression qu'il redoute (4).

Mais ses griefs n’en subsistaient pas moins. [l attendait avec impatience une explication verbale, des détails de la bouche

(4) Alessandro Verri à Pietro, 29 décembre 1766, Lettres, t. I, p. 391-393.

(2) Lettres, t.I, p. 350.

(3) IL lui avait écrit notamment une nouvelle lettre, en date du 15 novembre 1766, où il renouvelait instamment ses premières exhortations (Lettres, t. I, p. 285 et suiv.).

(4) Lettres, t. I, p. 220-221.

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