‹ Le Comte Pietro Verri (1728-1797) Ses Idées et Son TempsChapitre 27 sur 61 · PAS · texte numérisé non relu

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nte, il n'a guère apporté, pas plus que Beccaria, d'argument uveau à une thèse épuisée, Que la torture soit un moyen angereux, ayant amené la condamnation de nombreux innocents, un moyen inhumain, tant par sa nalure que par les raffinements dont on l'entoure, le procès des « graisseurs » . l'a démontré assez clairement. A l'argument de la prétendue . nécessité de la torture « pour le salut de l'État », il oppose celui de son inefficacité : les tourments ne sont nullement un moyen de découvrir la vérité, mais « un moyen de pousser un * homme à s'accuser d'un délit, l'eût-il ou ne l’eûtil pas : … commis », moyen plus favorable à la vigueur musculaire qu’à - l'innocence. Il développe cet ingénieux paradoxe que les doc- - teurs quila prônent ne croient pas plus que lui à son efficacité : - çar d’abord ils se mettent, eux, les nobles et les soldats, en … dehors de ses atteintes, chose inadmissible si le salut de l'État, intéressé à la découverte de tous les délits, exigeait l'emploi 4 de la torture. En outre, s’ils la considéraient vraiment comme un moyen sérieux, ils accepteraient tel quel l’aveu du patient, . sans exiger une confirmation postérieure. Inefficace, inhumaine, abolie dans beaucoup de législations, la torture est “ condamnée à disparaître comme les procès de magie et de sorcellerie, si longtemps consacrés par l'autorité des uns et l'ignorance des autres.

Telle est, en quelques mots, RAT de Verri. Il est plus intéressant de connaître la destinée de son œuvre. On sait déjà que, — très probablement par déférence pour «4 son père, — Verri garda toute sa vie cet écrit dans ses tiroirs. - Ille communiqua cependant en lecture à plusieurs amis, z parmi lesquels le comte Gorani. Celui-ci, émerveillé, lui écrivit “1 longue épitre où il mettait les Observations sur la torture au-dessus des écrits analogues de Voltaire, et engageait vive- “ ment l'auteur « à ne pas différer plus longtemps la révélation k à ses concitoyens de vérités si intéressantes et si uliles » (1).

> à (1) 48 décembre 1111. Cette épître est rapportée à la suite des Observa- … tions sur la torture, dans la plupart des éditions où figurent ces dernières.

Ce vœu n'étant point exaucé, la réputation de Verri comme criminaliste en souffrit. On ne le voit point avec Beccaria prendre part aux travaux législatifs sur les lois pénales. Cependant, dans la sphère très restreinte où ce petit livre fut lu et connu, il dut faire impression. En 1778, — moins d’un an après sa composition, — il se passa à Milan un événement très significatif. Le 1° septembre, au matin, la « colonne infâme » fut trouvée renversée. Le propriétaire du terrain contigu avait fait creuser tout auprès, et l'on craignait depuis quelque temps pour sa solidité : la démolition en était même demandée. La voix publique attribua l'initiative de cet « accident » aux membres du Sénat, suffisamment édifiés sur le crime judiciaire de leurs prédécesseurs, et pour qui ce souvenir historique devenait par trop génant (1).

En présence de la délibération du Sénat, la torture continua d’être appliquée en Lombardie, malgré les injonctions réitérées de la Cour de Vienne. Elle ne fut définitivement abolie qu'au lendemain de la révolution française. Un décret impérial du 11 septembre 1789, appliqué cette fois, décida « que la tor-

ture devrait cesser entièrement comme moyen d'oblenir

l’aveu ou la réponse congrue de l'accusé ou ses révélations super alis et complicibus; à plus forte raison quand il s'agirait de purger l’infamie résultant soit de témoignages de co-auteurs ou autres, soit de la contradiction entre l’accusé et les témoins, et dans les cas où le Sénat avait coutume de décréter la torture super reatus, après la sentence capitale » (2). Quand parurent en 180% les Observations de Verri, elles avaient perdu leur principal intérêt: leur but était rempli, l'abus n'existait plus. Sans passer inaperçues, elles ne passionnèrent plus les

(4) Il ne reste plus trace aujourd'hui de ce monument, sur l'emplacement duquel on a reconstruit. La pierre sur laquelle est gravée l'inseription rapportée plus haut a seule été conservée : elle est actuellement déposée au Musée archéologique de Brera. Quant au barbier Gian-Giacomo Mora, son nom a été donné à une rue de Milan.

(2) Cf. Cantù, Beccaria, ch. XXII.

rits alors absorbés par d’autres préoccupations. Verri = voyait d’ailleurs la destinée de son ouvrage: « Je n’attends, disait-il en le commencant, aucune gloire de cet écrit. Si la raison fait comprendre que c'est une chose injuste, très illeuse et cruelle d'employer la torture, le résultat oblenu ; me sera plus cher que la gloire d'avoir fait un livre. Si j'ar- . rive à ma fin, si, l'opinion publique étant éclairée, on en vient à établir une méthode plus raisonnable et moins atroce de . rechercher les délits, alors il en sera de mon livre comme des arceaux de bois que l’on enlève, l'édifice terminé. Il m’arrivera “ comme au marquis Maffei : en détruisant la littérature cheva- … leresque, et en faisant disparaître la race des écrivains de ce … genre, il fit disparaître du même coup sonlivre, que personne 4 ne lit plus aujourd'hui, parce que l’objet pour lequel il était b écrit n’existe plus » (1).

de (1) Observations, ch. I, in fine. — Villemain, qui a d’ailleurs écrit d'excel- | lens choses sur l'Italie du dix-huitième siècle, a commis au sujet de … l'opuscule de Verri, comme précédemment au sujet de la société du Café, quelques inexactitudes qui doivent être rectifiées : « Indigné de ce reste affreux de barbarie, un des membres de la jeune - académie de Milan va feuilleter les chroniques de la ville pour y trouver … des arguments contre la torture, qu'il avait déjà combattue en termes … voilés dans un journal dont le comte Firmian avait permis l'établissement. … Le jeune publiciste Pietro Verri. etc. » (Dix-huilième siècle, 33e leçon). D: Le jeune publiciste en question avait quarante-huit ans quand il compo- = sait son livre, et en 1717, il y avait plus de onze ans que la société du Café, + — qui n'était pas à proprement parler une académie, — était dissoute. | Quant au journal du même nom, il ne fait qu'une très légère allusion à la torture, et ne s'occupe point de la réforme des lois criminelles. L'éminent

= auront lui-même n'a pas lu cet ouvrage, quoiqu ‘il soit hote de | l'auteur. » Ne serait-ce pas plutôt Villemain qui n'aurait pas lu l'ouvrage . de Manzoni?

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