LE « DESPOTISME ÉCLAIRÉ » EN LOMBARDIE
dans l'État moderne un rôle fort honorable : cette circonstance donne à ses paroles d'autant plus de poids. __ Au despotisme personnel des nobles s'ajoute enfin celui des corps de l’État, qui se recrutent d'ailleurs principalement dans la noblesse. Verri l'appelle le despotisme en toge : dispotismo togato. Le plus célèbre et le plus puissant de ces corps est le ” Sénat. Ses pouvoirs mal limités s'exercent en toute matière : juridiction civile et criminelle, gouvernement, université de Pavie, enregistrement des rescrits des souverains, Potentissimo Re : tel est letitre que ceux-ci lui décernent. J'udicat tanquam Deus : telle est la formule de sa juridiction en dernier ressort. « Il possédait, ajoute Verri, un pouvoir tellement despotique sur les vies et sur les patrimoines, que Censuit Senatus suffisait 3 & pour livrer immédiatement un homme au bourreau, ou faire pas- Le ser le patrimoine d’une famille dans les mains d'uneautre » (1). : L'exemple du Sénat est contagieux : « L'homme est un ani- … malimitateur : le premier corps de l'État est, par organisation légale, despotique; despotiques sont devenus les autres corps, juridictions, représentants, communautés, administrateurs et . gens en charge de toute espèce » (2). Ces divers représentants + du despotisme local, également jaloux de leurs prérogatives, se tiennent presque toujours la main, et s'opposent à toute mesure, bonne ou mauvaise, qui, en modifiant l’ordre de choses établi, serait de nature à leur porter atteinte. C'est contre «ce despotisme intermédiaire entre les souve-
rains et les sujets », que Verri va faire appel à la seule puissance humaine capable selon lui d'imposer des réformes : au souve-
gl .
(1) Verri, Memoria dei cambiamenti publici dello Stato di Milano, n° 63. (Casati, t. IV, p. 368) — Cusani (Sforia di Milano, t. IV, p. 102) trouve de l'exagération dans ce langage. Verri cite ce fait à l'appui : « Pour connaître l'abus que le Sénat faisait de son autorité, qu'il suffise de rappeler que plusieurs citoyens de bonne famille, ayant, dans une liesse, manqué de respect à un nain qui était portier du sénateur Goldoni, furent accusés É de sédition, traduits en justice et pendus. Le fait se produisit sous ; Charles VI, et la mémoire s'en conserve encore aujourd'hui ».
(2) Verri, Économie Publique de l'État de Milan, $ VIL.