CHAPITRE IX
Le Concile : sa durée; ordre et objet de ses séances
Le but d'Urbain II était assurément la proclamation de la Croisade, mais avant de jeter la chrétienté dans les périls de la guerre au dehors, il importait souverainement, au Pontife, d'assurer au dedans le triomphe delà paix et de la concorde, le règne des bonnes mœurs et la vigueur de la discipline ecclésiastique. Pour parvenir à ce résultat, neuf sessions sur dix furent consacrées aux questions qui intéressaient la vitalité et la prospérité de l'Eglise.
Le Pape voulut présider lui-même chacune des séances conciliaires ; il le fit avec une sagesse et une fermeté auxquelles les témoins se plaisent à rendre hommage. Le Pontife jouissait alors de toutes les forces de l'âge; il n'avait que cinquante-trois ans, et il était dans rentier éclat de ses éminentes qualités. <r Le seigneur Pape, dit Guibert de Nogent, faisait notre admiration par sa manière grave et douce de présider les délibérations. Il discutait les questions avec une compétence, un à-propos, un calme parfaits et avec une éloquence piquante et pleine d'imprévus, pour me servir d'une expression empruntée à Sidoine Apollinaire. Il supportait avec patience la loquacité des parties qui plaidaient devant lui. Du reste, ses jugements étaient selon Dieu, sans acception de personnes (1). »
(1) Erat ibi spectare quam serenâ gravitate, ponderosa comîtate praesïderet, et ut prsefati Sidonii verbis utar, quam piperata facundia, ad objecta quaelibet Papa dissertissimus detonaret Notabatur quanta vis clarissimus modestia tolerabat, suas tumultuose causas ingerentium, Ioquacitatem ; quamparum appreciabatur, nisi secundum Deum, cujuspiam personalitatem. (Edit. Bongars, page 473.)
Avant d'introduire le lecteur dans le détail des différentes affaires dont s'occupa le Concile, il est bon de faire remarquer que parmi les causes soumises à l'examen et à la discussion, les unes concernaient la réforme de certains abus et relevaient du pouvoir législatif de l'Eglise, les autres concernaient le règlement de diverses causes en litige et ressortissaient de son pouvoir judiciaire. En sorte que, suivant les cas, le Concile prit tour à tour tantôt le caractère d'une assemblée délibérante qui légifère, tantôt celui d'un tribunal suprême qui juge en dernier ressort.
Nous allons exposer les lois portées et les arrêts rendus.