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à ce prodigieux triomphe : les conditions favorables de l'atmosphère ambiante , la sincérité du prédicateur , ses austérités.
Pierre résumait les aspirations de ses contemporains, remuants, avides d'émotions. Il était la voix de tout ce qui vibrait autour de lui, Tâme des désirs de son temps.
Dans son action, il apportait la vivacité de sa foi généreuse, servie par des ressources nombreuses d'éloquence populaire. S'il n'eût possédé que la bizarrerie de son costume, les populations ne l'eussent accueilli qu'avec une surprise qui se serait rapidement transformée en moquerie. L'engouement du peuple est prompt ; prompte aussi est sa désillusion. Il est de toute évidence qu'un homme, ainsi entouré d'admiration, savait étayer sa célébrité de multiples moyens oratoires et qu'il s'imposait par la force d'une intelligence très élevée (1).
Enfin, la vie intime de l'ermite était à l'unisson de ses sentiments chrétiens. A l'aspect de ces joues hâves, de ces yeux brillants de fièvre, de celte barbe inculle et ftorie, pour nous servir du mot d'un chroniqueur (2). de ce corps desséché par les mortifications et par la fatigue de courses incessantes (3), les villageois et les colons donnaient libre essor à leur émotion et écoulaient, sans arrière-pensée, une parole qui leur paraissait divine.
Les historiens ne nous donnent le nom d'aucune des localités visitées par <t l'agitateur (4). » Nous pensons qu'il se borna aux régions septentrionales de la France et qu'il n'alla point, ainsi qu'on l'a insinué, ni en Ecosse, ni en Allemagne. Le temps matériel lui eût fait défaut Ç6).
(1) Pelrus, spir'Uus acer (Chronique de Raoul de Gaen : Gesta Tancredi, édit. Marlène).
(2) Roman en vers intitulé Godefroy de Bouillon : Dist Pières lythermites : par ma barbe fïorie !
(3) Faciès rnacilenta (Raoul de Caen), loco cit.
(4) V. Pierre l'Ermite et les Croisades, par Michel Vion, ancien professeur de l'Université, chef d'institution à Amiens, 1853.
(5) Les voyages de TErmite, doit-on les placer avant le Concile de Clermont, immédiatement après la visite faite au Pape, ou seulement
De son côté Urbain visitait le Midi. Le 18 août, il est au monastère de La Chaise-Dieu, fondé 44 ans auparavant, par Robert, chanoine de Brioude. Le 23 août, il est au Castrum de Romans où il juge des conflits de juridiction. De là, il se rend à Valence où il préside à la dédicace d'une de ces cathédrales que la foi de l'époque sème avec profusion sur toute la surface du monde chrétien.
Le 1 er septembre, il franchit le seuil de l'abbaye de Saint- Gifle, près de Nîmes; le 11 du même mois, il pose, à Tarascon, la première pierre du monastère de Saint-Nicolas. Du 12 au 13, il séjourne à Avignon, la future cité des papes, et, le 19, il date, de Saint-Paul-trois-Chateaux, une bulle portant confirmation du nouvel ordre religieux des Ântonins (1).
A la fin du mois, il remonte le Rhône, s'arrête à Vienne, et, aux premiers jours d'octobre , entre à Lyon, où siège Hugues, son légat en France. Parti de Lyon le 17 octobre, il se rend à Gluny, en passant par Mâcon. Cluny ! ce nom rappelait au Pontife les plus doux souvenirs de sa jeunesse et les années les plus sereines de sa vie. Hugues, le maître et l'ami vénéré, vivait encore. Il allait le revoir et se jeter dans ses
après le Concile deClermont. L'école allemande qui s'acharne à restreindre la mission de Pierre, opte pour la seconde opinion. Les raisons qu'elle allègue sont loin d'être concluantes. Nous acceptons, en ce qui nous concerne, la tradition. Pour nous, l'Ermite débuta, dans sa voie, lorsque la pensée du Pape lui fut connue. Nous nous appuyons ici sur Guillaume de Tyr. Sans doute, ces voyages ne constituaient pas une proclamation officielle de la Croisade, ils étaient exclusivement une préparation du terrain. Cette distinction est d'une importance Gapitale. L'Ermite n'empiéta point sur le souverain rôle d'Urbain ; il s'attacha à exposer la situation de la Palestine. Après le Concile de Clermont, sa prédication, on le conçoit, fut plus précise. D'ailleurs, eût-il ouvertement annoncé la Croisade que nous ne verrions rien dans ce fait qui fût de nature à porter atteinte au prestige pontifical. Ils ne sont pas rares, dans l'histoire, les exemples de. ce genre, où la Papauté confie à d'autres le soin de jeter dans le sillon une idée destinée à germer.
(1) L'Ordre des Antonins avait pour but de recueillir ceux qui étaient atteints du mal des , ardents. Ce mal, appelé également feu de saint Antoine, consistait dans une fièvre intense qui desséchait les membres et rongeait l'organisme entier. On mourait dans les tortures d'une soif que rien n'apaisait. L'ordre des Antonins possédait plusieurs maisons en Auvergne.
bras. Hugues travaillait sans relâche, depuis sept ans, à annexer à la célèbre abbaye cette basilique qui fit Tétonnement du moyen-âge si riche pourtant en merveilles artistiques. Les dimensions du monument n'ont été égalées depuis que par celles de Saint-Pierre m Valicano. On comptait, dans œuvre, 500 pieds de long sur 110 pieds de large. 40 piliers ou colonnes supportaient les voûtes des nefs. Les colonnes du sanctuaire étaient en marbre cipolin d'Afrique et en marbre du Pentélique, veiné de bleu. La Durance et le Rhône avaienl été utilisés pour le transport des blocs précieux achetés à Rome (1).
Heureux de retrouver sa famille, l'ancien « Cénobite j> consacra le maître-autel de l'église et reçut le titre de bienfaiteur insigne de l'abbaye.
De Cluny, Urbain vint à Autun, les derniers jours d'octobre. Il en repartit dans la première quinzaine de novembre, se dirigeant, celle fois, vers l'Auvergne (2).
(t) Ad. de Brémont, loc. cit. La pierre servant d'imposte au portail avait 8 pieds d'épaisseur et supportait 32 figures sculptées en relief.
(2) Le tracé de l'itinéraire pontifical est très clairement fixé par la série des chartes, bulles ou lettres, datées des villes ou localités parcourues,
V/Mabillon : Annal. Bened. ; Gallia christiana; Mansi ; Concil; Dom Bouquet : Becueil; Cocquelines : Collect. Bull.*, privileg. summ, pontif.; Dom Ruinart : Vita Urbani II ; pour l'Auvergne, en particulier, M. l'abbé Chaix de Lavarène : Monumenta pontifiera Arverniœ.