LA CHRONIQUE DE VILUCAIRB
Fastes épiscopaux de Vancienne Gaule a fait une étude approfondie de tous nos documents sur l*histoire de l'èpiscopat viennois, a accordé au fragment de Berne une attention particulière. Il a publié (i) le texte, non seulement du fragment lui-môme, mais de la chronique tout entière dont le feuillet de de Berne ne nous a conservé que le début, et qu'il a reconstituée de la manière suivante : nous possédons un Hagiologium Vicnnense (a) de la fin du XI" siècle, qui nous a été conservé par une copie du XVII* siècle (3), et qui n'est autre chose qu'une ancienne chronique des évoques de Vienne, identique pour les dix-sept premières notices (Crescent- Avitus) au fragment de Berne; ayant constaté que les notices de THagiologe, primitivement disposées dans Tordre chronologique, avaient été disposées ^ensuite dans Tordre du calendrier, M. Duchesne a ïtabli Tordre chronologique primitif de ces notices, et obtenu ainsi un Liber episcopalis ecclesiae viennensis, dont la dernière notice est celle de Tarche- JVêque Burgard (4), prédécesseur de Léger (1030-
(1) Fastes épiscopaux, t. I, p. 179-204. Chacune des notices d*èvéqaes ou d'archevêques de ce Libar episcopalis, jusqu'au IX* siècle, est accompagnée des textes d'Adon relatifs au même personnage. Cette publication a rendu très facile l'étude que j^ai faite de nos premiers documents sur les évéques viennois.
(2) Signalé par M. U. Chevalier, L'Université catholique^ t. V, p. 502.
(3) Trouvé par dom Estiennot dans les papiers de Nicolas Chorier, entre 1676 et 1682, et conservé dans les papiers d*Estiennot (Bib. Nat., ms. lat. 12,768). M. Chevalier a publié cet Hagiologe dans son deuxième volume des Documents inidUs relatifs au Dauphiné (1868), fasc. V, document n* 1.
(4) La dernière notice (p. 205) est à vrai dire celle de Léger
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1070), et qu'il appelle le Livre épiscopal de Léger (i). Le fragment de Vienne appartient donc pour lui au Livre de Léger, composé après 1060, et « influencé dans une large mesure par la chronique d' Adon (2 ) . »
L*hypothèse de M. Duchesne provoque une objection immédiate : le feuillet de Berne n'est-il pas donné avec certitude par MM. Hagen, Delisle et Chevalier comme écrit au x* siècle? Mais De Rossi pensait que l'écriture du manuscrit était plutôt du XI" siècle, et l'impression de M. Duchesne concorde avec celle de De Rossi (3). Il suffit que le feuillet ait été écrit très peu après la composition du Livre de Léger, vers la fin du xi** siècle, pour que la difficulté disparaisse.
Je crois avec M. Chevalier que la composition primitive de la chronique des évêques de Vienne doit être placée avant l'époque d'Adon. Etudions le Livre épîscopal que M. Duchesne a reconstitué, et qui embrasse toute la succession des évêques de
lui-même, mais M. Duchesne remarque avec raison (p. 30$ et p. 177} qu>lle a certainement été rédigée après les notices qui la précèdent immédiatement.
(i) Fastes, t, ï,p. 166, texte du chroniqueur de Novalaise (xi*s.): Hoc tempore Leodigarius archiepîscopus Viennensia vîtam et mores, ortus et actus suorum antecessorum arcbîepiscoponim scribcndo coUigere curavit. M. G. SS., t. VII, p. IJ7.
{z)Fast0s,t, l,p. 179.
{3) Duchesne, Fastes, tome T, p. 164. M. Duchesne renroie à De Rossi, ïnscriptiones ckristianae urbis Romae^ t. 11^ p. J64. J'ai pu voir» en juillttt JQ02, le feuillet de Reme, et le crois du X* siècle. Il est instructif de le comparer avec un autre feuillet du même manuscrit, contenant la copie d'une paix de Dieu du xi* siècle (qui doit être publiée par M. G. de Manteyer), copie A peu près contemporaine de l'original.
LA CimONIQLB DE VILLICAmE
Vienne, depuis Crescent, le supposé disciple de saint Paul, jusqu'à Burgard, mort en 1030. Il est certain que cette chronique n'a pas été composée en une seule fois. On y distingue nettement une première rédaction qui s'arrêtait après la notice XLÏ*, celle de Tarchevêque Villicarius (i). Ce Villicaire fut chassé de son siège par les Francs, probablement au temps de Charles-Martel (2).
ï" En effet, les articles 38 (Boaldus), 39 (Bobiiinus), 40 (Austrobertus), 41 (Villicarius), sont relativement développés. Le chroniqueur connaît diverses circonstances précises de leur vie et de leur mort. Au contraire, les articles 43 (Proculus), 4a (Bertericus) (3), 44 (Ursus), sont de simples mentions de noms et de dates. Manifestement, les notices de Boaldus, Bobilinus, Austrobertus, Villi-
(1) Voici cette notice, sur laquelle nous aurons A revenir : [Non. jao] Sancto vero Austroberto defuncto Villicarius succedil, qui ossa beatissimi martyris Kerreoli et caput beatissimi luliani intra Vieanam transtulit. quia ecclesia ipaorum ultra flumen niagno opère posita a Saracenis fuerat incensa. Hinc Vilic.irius, quia QOluit videre ecclesiam suam rébus sacris expoliatam, eo eniin tempore Franci furioso et iosano satis consilio res Deo oblatas in suo usu retorquere consiliati sunt, hic monasterium SS martymm Agaunensium îngressus vitam venerabilera duxît. Sicque dissipato et vastato tam intus quam fori<i episcopatu Viennensi. aliqui anni sine episcopo sunt transacti, laicts sacrilège et barbare rea sacras Deo obtinentibus.
(3) Cf. Adonis Chronicon^ Migne, t. CXXII, p. t2j.
(3) Sur la succession Proculus-Bertéricus, préférable  mon sens â la succession Bertéricus-Proculus que M. Duchesne a adoptée, voir plus loin. La notice de Bertericus (si elle a existé) est perdue ; mais le contenu de toutes les notices antérieures à Bertericus se retrouve chez Adon. Or, voici ce qu*Adon sait de Bertericus : Bertericus Viennensem ecclesiam^ homo simpJex^ suscepit regendam.
APPENDICE m
carius, ont été rédigées par un personnage qui les connaissait un peu, et ne leur était pas postérieur de très longtemps. Celles de Proculus, Bertèricus, Ursus, ont été écrites longtemps après leur mort.
2' Depuis la notice de Crescent jusqu*à celle de Villicarius, le nom des évêques ou archevôques est toujours accompagné de Tépithète sanctus (i). Les quarante et une premières notices commencent toutes par le mot Sanctus {2), A partir de la notice XLII*, répithète sanctus cesse brusquement, et ne reparaît jusqu'à la L V" que dans les notices de saint Adon et de saint Théobald, à titre de distinction exceptionnelle. Le mot initial n'est pins jamaïs Sanctus, mais presque toujours (2 exceptions sur 13 cas) Commémoration mot qui n'apparaît dans aucune des quarante et une premières notices.
3* Jusqu'à Villicarius, la série traditionnelle des évêques de Vienne est parfaitement établie. Adon (860-875) n'y hésite jamais. Mais après Villicarius, il s'embrouille dans Tordre de succession. Dans sa chronique (3), il cite Bertéricus une première fois
(i) Sauf Martinus (n* 3), qui est appelé beatus Mariinus^ par une réminisceoce évidente de Sulpice-Sévére. En outre, dans la notice Je Villicarius, qui commence par les mots Sancfi Austro~ bertit le nom de Villicarius 6gure sans aucune épithéte : mais c'est simplement (voir plus loin) que cette dernière ootict fut écrite du vivant même de Villicaire.
(2) Sauf la seule notice troisième : Bcaii Martini^ etc.
(3) Adonis, C/iroAicon(Migae, CXXU,coI. 124) : Bertericua Vten* nensem ecclesiam, bomo simplex, suscepit regendam. Post îpsum, Proculus episcopussimiliter innocens et aimplicis naturx. Col. 135: Septimo itinere in Aquitaniam pcr Viennam transitum faciena (7^|« ubi tune Viennensem episcopatum post altquot annos Bertexico