LA COLLECTION VIENNOISE
à Tévêque Hilaire (i). > Le privilège viennois ici mentionné n'est assurément pas la lettre Divinac Luitum, adressée aux évoques des deux Viennoises, et OÙ. Vienne n*est pas nommée ; c'est, sans nul doute possible, notre lettre Quali pertinact'a,
La présomption défavorable que créait l'inexactitude de la date consulaire me semble ne pouvoir tenir contre de si solides raisons. Je tiens la lettre Quali pertinacia pour certainement authentique. 11 faut conclure, avec plus de force que tout à l'heure, qu'il est nécessaire de reprendre, pièce par pièce, l'étude de la Collection des privilèges viennois. L'évêché métropolitain de Vienne avait ses archives; on y conservait encore, au xii* siècle, deux lettres du v" siècle. Personne ne croira, ni que dans rintervalle les évéques ou archevêques de Vienne n'eussent pas reçu plusieurs autres lettres de papes ; ni qu'ils les eussent toutes égarées ; ni qu'en constituant le recueil des Privilèges^ on en ait exclu à partir du v* siècle toutes les pièces authentiques dont on disposait. 11 y a dans la collection viennoise des faux et des pièces interpolées. Après une enquête approfondie, on «n retiendra, comme d'une authenticité certaine, plusieurs documents de prix, qui aideront à reconstituer l'histoire de révêché viennois, et sur certains points éclairciront l'histoire de l'église franquc.
(ï)Migne,t. LIV,col.885. — f/». .V<roir.,p. 21 : Unde Viennensem civitatem, quantum ad ecclesiasticam juatitiam pertinet, inhonoratam penitua eaae non patimur; prxsertim cura de reccptione privileg-ii auctoritatc jam nostrx dispositionis utatur; qua potestatem Hilario episcopo ablatam, VienncDsi episcopo credidimus deputandam.
ZOSIM£, PATROCLl: ET L*AFFA1RE DU PÉLAGIANISHB.
< Il semble, écrivait Tilîemont, qu'une des choses qui contribua d'abord à rendre Zosime favorable k Pelage, fut la prévention qu'il avoit contre Héros et Lazare, ses accusateurs, qu'il condamna mesme nommément sans les entendre : [et il s'estoit sans doute laissé prévenir contre eux par Patrocle,] qui avoit usurpé le siège d'Arles sur Héros. Car ce Patrocle n'estoit pas pour faire scrupule d'inventer tout ce qui luy estoit avantageux (i).-. » Un examen des lettres de Zosime relatives à l'affaire de Pelage et de Célestius justifie parfaitement la conjecture de Tillemont; et l'on y retrouve attestée une fois de plus Tinfluence singulière que Patrocle exerça sur le pape Zosime.
A la fin de Tannée 416 ou aux premiers jours de 417, trois lettres étaient arrivées d'Afrique à Tévôché romain (a). Par les deux premières, un concile de Carthage et un concile de Milève faisaient part au
{:) Mémoires^ t. X, p. 692. Cf. pour l*histoire de rintcrrention de Zoaime dans la quereUe du pélagîanisme, t. XIII, p. 719 et suir.
(2) S. Aug^ustin, ep. 175, 176, 177 {ŒuvreSt t. il, col, 932 et «uiv. Cf. Migne, t. XX, col. 564 et suiv.)
ZOSIME, PATROCLE, PPXAGK
pape Innocent de la condamnation quMls avaient prononcée contre Pelage et Célestius, et lui demandaient de confirmer la double sentence; la troisième, écrite privément par cinq évêques dont était saint Augustin, fournissait à Innocent un exposé complémentaire des erreurs de Pelage sur la doctrine de la grâce. Innocent répondit à ces trois lettres le 27 janvier 417 (i); il louait le zèle des évêques d'Afrique, et déclarait les deux hérétiques exclus de sa communion.
Innocent mourut peu après, et Zosime fut élu pour lui succéder. Célestius vint à Rome, et entreprit de se justifier auprès du nouveau pape. Zosime consentit à reprendre Texamen de l'affaire, II réunit un conseil ecclésiastique (le concile ou le presbyterium romain) dans la basilique de saint Clément, pour une cognitio solennelle. Célestius fut entendu, et sa foi fut jugée sans reproche. Le conseil prononça que la communion lui serait rendue, si toutefois ses adversaires ne comparaissaient à Rome avant deux mois, et n'y apportaient les preuves de son hérésie. Zosime notifia ce jugement < à Aurélius (de Carthage) et à tous les évoques d'Afrique > par la lettre Magnutn pondus^ écrite sans doute dans Tété, au plus tôt à la fin du printemps 417 (2).
(1) Innocent, ep. XXIX, XXX et XXXI (Migne, t. XX, col, 582 et SUIT. ).
(*) Guenther, part. I, p. 99. Cf. Migne, t. XX, col. 649. La lettre, non datée, semble antérieure de quelques semaines à la lettre Posteaquam a nobis^ écrite le 21 septembre 417. Zosime a eu le temps, entre l'une et l'autre, de recevoir les lettres de Pelage et de Praylius, de voir souvent Célestius, mais TintervaUe n'a pas sullt potir que les évêques d'Afrique répondissent à sa première lettre.
APPKNDICE IV
Pendant les semaines ou les mois qui suivirent. Pelage écrivit à Zosime pour obtenir à son tour le bénéfice de son patronage, et lui fit écrire par son protecteur Tévéque Praylius de Jérusalem. Célestius de son côté multiplia les démarches auprès du pape. Décidément gagné à la cause des deux hérétiques, Zosime écrivit au corps épiscopal africain une seconde lettre (Posteaquam a nobis) (i), où il affirmait hautement leur innocence.
Les protestations énergiques des évêques d'Afrique, réunis en concile à Carthage, obligèrent Zosime, d'abord à révoquer ses premières déclarations (a), puis à excommunier Célestius et Pelage (3).
Le siège romain subit, dans Taffaire, un échec retentissant, presqu'un désastre. On avait vu un pape proclamer l'orthodoxie de deux hérétiques reconnus, et que son prédécesseur avait condamnés; on le vit ensuite, sur les remontrances des évêques d'Afrique, faire une rétractation expresse, et condamner ses propres clients. Zosime eut beau, au moment même de sa volte-face, déclarer que l'autorité du siège de Pierre était immuable et toutes ses décisions définitives : le scandale donné subsistait: Tautorité pontificale était publiquement convaincue d'erreur, et s'était déconsidérée aux yeux des
(i) Guenther, p. 103. — Migne, t. XX, col. 654. Elle est datée du 21 septembre (417) : Dat. X! Kal. Octobr.
(2) Ep. Quanivis pairum^à\x 21 mars 418.
(3) Epistuîa tractoria^ perdue, sauf les fragments qu>n a ciirs Mariua Mercator. Cf. la dissertation de Coustant, ap, Mlgue, t. XX, col. 690.
ZOSIME, PATFOCLE, PKLAGE
Africains par Tinstabilité de ses jugements (i).
Pourquoi donc Zosime hasarda-t-il le prestige de son siège dans une affaire déjà jugée, en faveur d'une cause déjà perdue? On voit bien qu'il saisit volontiers l'occasion d'affirmer qu'il appartenait au siège romain de trancher en appelles causes de foi déjà jugées par les conciles provinciaux. Mais il pouvait juger Célestius, et confirmer la sentence rendue en Afrique.
On n*a qu'à lire les deux lettres Magnum pondus et Postcaquam poury trouver, dix fois exprimées, les raisons de la conduite imprudente de Zosime. A vrai dire, il prit moins parti pour Pelage et Célestius que contre les deux personnages qui les avaient dénoncés aux conciles d'Afrique, à savoir Héros et Lazare, c Le prêtre Orose, disait le concile de Carthage de 416 aux premiers mots de sa lettre à Innocent, nous a remis une lettre de nos saints frères et collègues dans Tépiscopat Héros et Lazare; nous avons décidé de vous en envoyer le texte, que vous trouverez ci-après (2). >
Héros et Lazare étaient ces deux anciens disciples
ti) 11 faut tenir compte de Teffet qu*avait produit Pintervention de Zosime en faveur des hérétique», pour s'expliquer la décision hautaine du concile de Carthage de 418 (Bruns, paniu I, p. 193; Codex Eccl, Afric,^ CXXV) : ... Quod si et ab eis prov candum putaverint^nonprovocentniii ad A/ricana concilia vel ad primates provinciarum suarum ; ad transmarina autem qui putaverii appellandum^ a nuUo infra Africain in communionem suscipiatur. Il est probable aussi qu'il faut voir dans ce canon de Carthage un si^e des sentiments de défiance vis-à-vis de Rome que le conflit de Turin aura excités dans toute Téglise latine.
(2) S. Augustin, Œuvres, t. II, p. Q23. (Migne, t. XX, col. 565,)
APPR^^DICB IV
de saint Martin de Tours qui avaient été pendant un temps évêques d'Arles et d'Aix, et dont les sièges étaient occupés par Patrocle et par Rémigius. Ils avaient été dans la Gaule méridionale, avec Proculus de Marseille, les chefs delà minorité ascétique; Patrocle haïssait en eux tout ensemble des adversaires ecclésiastiques et des ennemis personnels.
Or le pape, ayant à prononcer sur une cause de foi, touche à peine, dans ses lettres aux Africains, aux raisons théologiques; mais il ne cesse de revenir au côté personnel de la question, et de s'indigner du crédit que les évêques d'Afrique ont accordé aux deux évêques fugitifs : Unum sane movit nos^ — dit-il dans la lettre M agntim pondus — , ut cum in praesenti ibi Coclestiwn habuers'tis, nihil liquida judicatum sst,Ad îitteras Herotis et La^ari (\).,. Suit une invective contre Héros et Lazare, que le pape déclare avoir excommuniés et exclus du sacerdoce, La même préoccupation est plus manifeste encore dans la lettre Posteaquam^ qui n'est guère qu'une diatribe passionnée contre Lazare et Héros (a).
(i) Guenther, p loo. — (Migne, t. XX, col. 650.) ... Tarn caduco ac nullo fundamine criminationis ig^nota^, procul dubio e re fuit ut (de) persona talium (i. e. Herotis ac Lazari), qux tam ventosa ac levis extiterat, qu.'creretur, si saltem illis loci sui ratio vit^que coostaret, ut âdes absentibus in ab5cntes debuerit adbïberï, tantunique pondus in Utteris eonim, ut auctoritatem testimoniî mexereotur.
(2) Guenther, p. 103, § 4 : Video et hune PeUgium Herote et Lazaro scribcntibus iofatnari : itane, fratres dilectissimi, qui siat isti turbines ecclesia^ vel procellac. nec opinione pervenit? — § 7 : Ecce Pclagius Ca'Iestiusque apostolica* sedi in litteris suis et confesaionibus presto sunt : ubi Héros, ubi Laxarus, erabescenda factls et tôt damnationibus nomina ? (Suit un long déve-
ZOSIMB, PATROCL.E, PELAGE 28&
Si Zosime s'est d'abord refusé à condamner Célestius et Pelage, c'est que, s*étant associé aux rancunes de révêque d'Arles, il n'a pu se résoudre à donner raison à Héros et Lazare. Dans les premiers temps de son pontificat, il avait Patrocle auprès de lui ; c'est sur les avis de ce conseiller tout-puissant, et qui ne poursuivit jamais que ses intérêts propres, qu'il aura résolu d'accueillir la requête de Célestius. Patrocle, dans la suite, se maintint en relations constantes avec le pape, et fit de fréquents séjours à Rome. On ne peut douter qu'il n'ait inspiré les (jeux lettres Magnum pondus et Posteaquam. Dans l'affaire du Pélagianisme comme dans l'aventure arlésienne, Patrocle doit être rendu responsable des fautes que fit Zosime, et des humiliations que sa politique arbitraire valut au siège romain.
loppement sur les falsi testes de rEcrîture.) — § 13 : Cum innocenti reo coofugitur ad mare et transmariDa documenta, ut fides, quae in prsaenti plerumque artioribus stxangulatur angustiïs, saltem eminus eveniat. — § 14 : Grave fuit Lazaro et Heroti, etc.
l'organisation ECCLÉSIASTIQ.UE DH LA RÉGION PROVENÇALE EN 430-460. — ORIGINE DES PROVINCES ECCLÉSI AS- TIQUES d'aix et d'embrun.
On a vu que le pape Léon, alors que la supplique Lcctis diîectionis le priait d'accorder à Ravennius d*Arles la juridiction sur les quatre provinces de Viennoise, de Narbonnaise première et seconde et des Alpes-Maritimes, ne lui attribua, par la lettre Lectis diîectionis du 3 mai 450, que la juridiction sur la Viennoise méridionale. On peut se demander si les évêques de Narbonnaise seconde et des Alpes- Maritimes qui avaient été les suffragants d'HîIaire, et dont la lettre Lectis diîectionis n^avait pas fixé le sort, parvinrent, comme ils le désiraient, à se replacer sous la juridiction d'Arles. — On sait, d'autre part, qu'entre 450 et 460 (k la mort de Vénérius, à ce qu'il semble), Marseille cessa d'être une métropole; on voudrait savoir à quelle province appartinrent désormais les évêchés qui avaient formé la province de Marseille.
Je vais essayer de répondre k ces deux questions, et de démêler quelle était, à la fin de la période que nous avons étudiée, c'est-à-dire entre 450 et 460, la division ecclésiastique de la région provençale.
Ï.A t.RTTRE « MOVEMUn »>