‹ Le concile de TurinChapitre 111 sur 120 · I.A LETTRE « MOVKMUR · texte numérisé non relu

I.A LETTRE « MOVKMUR

Tévcque d^Embrun^ lequel apparaît dans la lettre du pape comme : Alpium marttimarum provinciae mctropolitani scmper honore subnixus.

Aussi bien, ce dont il faut être surpris n'est pas que Tévêque d'Aix ait eu la juridiction métropolitaine vers 463, mais quMl ne Tait pas possédée beaucoup plus tôt. Le concile de Turin (Can. I) avait prononcé, en 417, que Proculus de Marseille ne conserverait ses pouvoirs en Narbonnaise seconde qu*à titre personne! et viager. La juridiction que Proculus y avait exercée devait, à sa mort, passer de droit à Tévéque d*Aix. Des circonstances que nous ignorons (i) firent que le siège de Marseille garda pour un temps ses privilèges, et que Vénérius, le nouvel évéque de Marseille, fut comme son prédécesseur chef de province. Mais les revendications d*Aix n*étaient que différées. Elles se seront naturellement produites à la mort de Vénérius, et c'est alors que la métropole civile de la seconde Narbonnaise en sera devenue, conformément au droit commun, la métropole ecclésiastique.

Héritier de Proculus et de Vénérius, Auxoaius d'Aix avait des droits à faire valoir sur Nice, ancien

tajae, et qu*U dépendait comme eux de révoque d'Arles. » Sur ce deroicr point, M. Duchesne a chaogé d'opinioo, car il remarque dans les F»iites^ t. I page m, que les évèques d'Aù De paraissent pas plus que les «^véqucs de Marseille et de Nice aux conciles arlësiens tenus par Hilaire.

(i) On pourrait conjecturer qu*au moment où Proculus mourut (au plus tôt CD 4*îâ), le siège d'Aix était encore occupé par Rémigiu3, qui s'était fait sufiragant d'Arles. En ce cas, les auffragaots de Proculus auront préféré à Tautorité de cet adversaire l'autorité du nouTel évéquc de Marseille, Vénérius.

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évêché delà province marseillaise ; il n'en pouvait revendiquer aucun sur Cimicz, qui avant de ressortir à Embrun avait fait partie de la province d'Arles. Aussi n'y a-t-il aucun doute que la contestation qui s'était élevée entre Ingénuus et Auxonius, ne portât exclusivement sur Tévéché de Nice (i).

Si révoque d'Embrun se prétendait le métropolitain légitime de Nice, c'est que Nice était « dans sa province >. Quand Hilaire écrit: nec in aîterius provincia sacerdotis aîterum jus habere pcrmittimus, il entend défendre les droits d'Ingénuus (aîterius) contre l'évêque d'Aix (alterum). Ainsi se trouve résolu le petit problème d'histoire locale que nous posions tout à l'heure. Nice avait bien été annexée à la province des Alpes-Maritimes. Au reste, le décret de Léon qui avait réuni les deux évêchés de Nice et de Cimiez ferait croire à lui seul que le castellum de Nice était compris dans le territoire municipal de Cimiez.

Un point voudrait encore être éclairci : quel est le praedictus episcopus qui, peu de temps avant le moment où la lettre fut écrite, avait ordonné un évêqueà Nice? Praedictus episcopus ptui signifier, soit : « le susdit évêque », soit : « Tévêque que j'ai

(i) M. Duchesne(£a CiW/<i5etc., p.4a, ct/Vi5/^5,t.I, p. 387) admet aussi comme certain que la contestation ne portait que sur Ktce. On comprend parfaitement en quoi la première décision d'Hiiaire, qui séparait Nice de Cimiez, fut préjudiciable à l'évêque d'Embrun. Unie à Tévéché de Cimiez, Téglise de Nice appartenait forcément aux Alpes-Maritimes ; évécbé distinct» elle pouvait être l'objet des revendications de l'évêque d'Aix, héritier de la juridiction mar- Ecillaise.

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nommé avant », et désigner ainsi soit Ingénuusdont il vient d'être question, soit Auxonius (i).

La seconde interprétation me paraît devoir décidément être préférée. Le pape Hilaire spécifie que la situation de fait créée par l'ordination que Tun des deux compétiteurs vient de célébrer, ne devra pas influer sur le règlement juridique du conflit: or la lettre tout entière est favorable à Ingénuus, et le pape désire évidemment que les arbitres lui donnent gain de cause. Le pape paraît bien parler par ironie (il y a souvent, dans perhibeo^ une nuance d'emphase ou d'ironie) (2), quand il observe que le praedicttis episcopus prétend avoiragi « ad excludcndam cupîdiîatem ambitionis aîienao. — D'autre part, si c'est Ingénuus qui a fait Tordination, on n'imagine pas les raisons qu'il a pu avoir de porter plainte à Rome (3), car les privilèges de son église ne sont aucunement menacés, et la séparation des deux évêchés n*a eu pour effet que de lui donner un suffragant de plus ; le pape n'a pas lieu de déclarer qu'il ne veut pas qu'un métropolitain ait autorité sur la province d'un autre ; enfin l'on ne voit pas sur quel point pourrait porter la question de droit qu'Hilaire soumet à l'arbitrage de Léontius, Véranus et Victurus (4). Tout s'explique au contraire très

(1) I^ première interprétation est celle de M. Duchesne {La Civtias etc., p. 42, et Fastes t. I, p. 287). La seconde est celle de Tillemont (t. XV, p. 830).

(a) Voir les exemples de remploi du mot que donne Forcellini — De Vit, s. V, Perhibeo II.

{3) Le document qu*Hilaîre appelle çuerimonia est évidemment la lettre d*Tngénuus.

{4) M. Duchesne, la Civitas etc., p. 43, écrit : c Celui en faveur

facilement si Tordination a été faite par Auxonias d'Aix : la protestation dUngénuus a sa raison d'être, car les intérêts de son siège ont été lésés par la séparation des deux évêchés ; il est bien vrai que le métropolitain d*Aix a entrepris sur les pouvoirs du métropolitain d'Embrun ; enfin les arbitres ont à décider si le nouvel évêque de Nice doit, ou non, être maintenu sur son siège.

11 est temps de résumer les informations que nous fournit la lettre d'Hilaire sur Torganisation ecclésiastique de la région provençale : ■

1* Il y avait au temps de Léon le Grand, entre ™ 460 et 461, une province d'Embrun. C'était, à vrai dire, le Saint-Siège qui Tavait créée. Ingénaus, évêque d'Embrun, était peu porté à rechercher les dignités et le pouvoir (i). Le pape Hilaire nous apprend qu'il fut gourmande par le pape Léon pour

duquel eUe (la mesure de Léon qui réunissait les évêchés de Nice et Cimiez) avait été rapportée, c'est-^-dire le prélat à qui il appartenait de faire élire et de consacrer un évéque à Nice, ayant tardé à user de ses droits, Ingénuus, évéque d'Embrun, avait pris les devants, et, pour prévenir les effets de Tambition d'autrui. il avait lui-même ordonné un évéque à Nice, puis écrit au pape pour demander que les deux sièges fussent de nouveau réunis. Le pape, sollicité ainsi en sens divers, s^était décidé à remettre cette aSoîrc au jugement de l'évéque d'Arles, et c'est pour cela qu'il lui écrivait. » Mais que reste-il de « l'affaire > ? On n'a demandé au pape qu'une chose : de réunir ces deux sièges, et U l'a expressément accordée. J'ajoute que la conduite d'iogénuus est fort incohérente : veut-il donc faire destituer Tévéquc de Nice que lui-même vient de consacrer ?

(i) On voit, dans la lettre d'HUaire, que ce ne fut pas lai, mais son su&agant Véranus de Vencc qui, prenant contre l'évéque d'Aix la défense des intérêts d'Ëmbrim, sollicita Léon de réoair les deux évéchéa de Nice et de Cimiez.

LA LETTRE « MOVEMUR

avoir cédé à un autre rautoritéqui lui revenait sur la province des Alpes-Maritimes. On ne peut douter que cet autre ne fût Tévêque d'Arles. Aussi bien Ingénuus, qui avait été fait évêque par Hilaire d'Arles (i). s'était montré le serviteur dévoué de la politique arlésienne. Il avait signé, en 449, la pétition des dix-neuf évéques.

2" il y eut, au temps de Léon le Grand, une province ecclésiastique de Narbonnaise seconde, dont la métropole était Aix (2).

Ces deux constatations justifient Tinterprétation qui a été donnée ici de la lettre Lectis dilectionis du pape Léon. Si Léon, dans sa réponse à la supplique des dix-neuf évoques, ne veut rien dire de la Narbonnaise seconde et des Alpes-Maritimes, ce n'est pas qu'il consente implicitement à les accorder à Ravennius, mais bien qu'il s*y refuse.

Il semble, au total, que pendant les dix dernières années du règne de Léon, l'église provençale ait corrigé les anomalies traditionnelles de sa constitution, et se soit donné l'organisation régulière qu'elle n*avait jamais eue. Le siège romain fut l'agent principal de cette réforme. Les papes, depuis le temps

[1) Ed 439, après qu*au concile de Rie/. HUaire eût réprimé la tentative d'cmanctpation de quelques évéques des Alpes-Maritimes,

(2) Pour confirmer ces deui faits, s'il était nécessaire, on pourrait citer les intitulés des deux lettres X et XI du pape Hilaire : DiUctissimis fratribus episcopis provincial Vsenrtfnsis, Lugdunensis^ /farbonensis primae et sccundae et Aîpinae Hilarus epi^icopus fThiel, p. 141 et 151). Mais on dira peut-être qu'Hilaire désigne ici des provinces administratives. Je crois pour ma part que la Narhonnais* II et VAipina sont pour lui des provinces ecclésiastiques; 00 De trouverait pas d'intitulé de ce genre dans les lettres de papes antérieures.

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APPENDÏCB V

de Boniface, avaient à toute occasion rappelé aux évêques provençaux la même règle fondamendalc de discipline : que chaque province ait son métropolitain, qu'un métropolitain n'ait autorité que sur sa province. Léon obtint enfin que la règle fût observée.

Il est fort propable que par l'application du même principe, Marseille, quand elle cessa d'être métropole, ne se Ht pas la suffragante d'Aix, mais celle d'Arles (i),

Au témoignage de la lettre d'Hilaire, on peut opposer les données fournies par un autre document, le concile arlésien in causa insulae lirinensis, tenu par Ravennius d'Arles le 30 décembre d'une année inconnue (2).

Le procès-verbal de la délibération du concile est signé par treize évêques : Ravennius d'Arles, Rusticus de Narbonne, Nectarius d'Avignon, Florus, Constantius (d'Uzès?), Asclépius de Cavaillon,

(i) Ceci D*est qu'une conjecture. On n*a, de la fin du V siècle, aucune liste des suffragants d'Arles (voir ci-après). Go voudra peut-être tirer argument du fait qu*aux dernières années du V» siècle Tévèque de Marseille était Honorât, l'ancien disciple d'Hilaire d'Arles, l'auteur de la Vita Hiiarii, Tapologiste de radministration d'Hilaire. — Mais à l'époque où Honorât de Marseille écrivait, Tinfluence d*Arles s'étendait fort au delà de la province arlésienne ; Arles était comme à la tête d'une petite confédération de provinces.

[2) Mansi, t. VII, p. 907-910. J'emprunte les identifications A M, Duchesne.

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