PATROCLE D ARLES
pape, un prélat étranger s'était trouvé à Rome (i). C'était révoque d'Arles Patrocie. L'action de ce personnage est à l'origine de tous les événements dont il va ctre question ; pourtant on ne Ty voit jamais intervenir en personne. Nous n'avons pas une ligne qu'il ait signée, et, dans la querelle qu'il avait provoquée, nos textes ne nous rapportent jamais un mot qu'il ait dit, ou une chose qu'il ait faite. Il était évêque depuis la chute de l'usurpateur Constantin, et avait été porté au siège d'Arles par le coup de force d'un parti qui avait, à ce moment, chassé de la ville l'évéque Héros, ami de saint Martin (3). Ses grandes relations politiques avaient fort contribué à son élévation ; il était Tami du patrice Constantius (3), qui avait reconquis les Gaules sur le tyran, et qui, en attendant d'y régner avec le titre d'Auguste, y exerçait déjà, au nom d'Honorius, tous les pouvoirs impériaux (4),
Parvenu à Tépiscopat par des moyens peu cano-
(1) Duchesne, Fastes, t. I, p. 96. La présence de Patrocie à, Rome est indispensable pour qu'on s'explique le rapprochemeot de ces deux dates : 18 mars, élection de Zosime. — 22 coars, décrétale Pîacuit apostoUcae.
(2) Prospcr d'Aquitaine, Chronigtu, ad a. 412 (ap, Mommseo, Chronica minora, t, I, p. 466) : Hodem tempore Héros vir sanctus et bcati Martini discipulus cura Arelatcosi oppido cpiscopus pr;csiderel, a populo ejusdem civitatis insons et nulli insimulationi obnoxius pulsus est inque ejus locum Patroclus ordinatus amicus et familiaria Constantin! magistri militum, cujus per ipsum gratta quaerebatur, eaque rcs inter cpiscopos regionis illius magoarum discordiarum materia fuit.
(3I Patrice depuis 416 au moins. Voir Tillemont, Histoire det Empereurs, t. V, p. 631, (4) TiUeznonti Histoire des Empereurs^p, 603 et suîv., p 621,
PATROCLB DARIUS
.ues, Patrocle y demeura un homme du siècle, aimant l'argent, les grandeurs et le pouvoir. La charge d'évêque, suivant la discipline régnante, devait être le terme d'une carrière et ne comportait aucun avancement en dignité; Patrocle n'y voulut voir que le commencement de ses honneurs ecclésiastiques. Il était ambitieux sans mesure ; mais il faut qu*il ait été assez fertile en ressources pour réaliser les ambitions qu'un autre n'eût pas osé concevoir. Nous savons encore qu'il était peu scrupuleux dans le choix de ses moyens, et savait être effronté dans Timposture (i).
On peut supposer que Patrocle avait connu Zosime avant son élection et avait su gagner sa confiance ; ou qu'en échange de services rendus au moment de l'élection, il obtint de lui la promesse de le servir à son tour. Le fait est que. dès le jour où Zosime devint pape, il fut tout acquis aux desseins ambitieux que Tévêque d'Arles avait apportés à Rome. Il y eut entre eux comme partie liée, et liée de telle manière que le pape étaitdupé d'avance, ayant pris sur lui tous les risques de l'entreprise commune, tandis que son associé Tévèque d'Arles
I ne participait à la combinaison que par des chances
^■le profit presque assurées.
^" (i) Patrocle est probablement l'invecteur de la fable de saint Trophime, fondateur du siège arlésien. Ce fut lui, à coup sûr, qui affirma que ses prédécesseurs avaient exercé les pouvoirs métropolitaios dans les trois provinces de Viennoise, Narbonnaise première et Narbonnaise seconde, et parvint à faire attester par plusieurs Téques le bien-fondé historique de ses prétentions.
ARLES AU V« SIECLB
Un changement politique important venait alors de se produire en Gaule. De Trêves, toujours menacée par les incursions des Barbares, et déjà mise à sac par un corps de Francs (i), le gouvernement d*Honorius avait porté à Arles le siège de la préfecture des Gaules (3). Patrocle avait vu sa ville devenir une métropole administrative. Il voulut qu'elle
(i) TiUemont, Histoire des Empereurs, t. V, p. 550 et 6ib. Suirant Frigeridus, cité par Grégoire de Tours \Hist. Franc, , II, 9), Trêves fut prise et pillée par les Francs vers 413.
(2) Au temps où futrtîdigt^e la Notitta JigHitaium,c*cst'A'diTc en 411-413 (Cf. Seeckf Quaesiiones de noiitia dignitaium)^ la capitale de la préfecture des Gaules, comprenant les diocèses des Gaules^ des Sept-Provinces, des BretagnesetdesEspagnes, restait à Trêves, puisque le diocèse des Sept-Provinces avait encore à sa tète un vicaire. On trouve dans quelques ouvrages que la translation du siège préfectoral de Trêves A. Arles se fit vers 400 (Duchesne, Fastts, t. If p. 103]. l^ seul argument dont on puisse soutenir cette afi&rmatioo est tiré du concile de Turin, que Ton rapporte à l'an 400 et que Ton suppose postérieur à l'élévation d*Arles au rang de préfecture.
Le plus ancien document oà l'on voit le préfet des Gaules résidant  Arles est la constitution Saiuberrima^ publiée par l'empereur Honorius le 17 avril 418 {Ep. Merotc^ p. 13); on y voit en effet que le soin de réunir à Arles (et non à Vienne! 1^ convetttus des Sept- Provinces est confié au préfet des Gaules, sans que le vicaire des Sept-Provinces ait à intervenir. C'est donc que le diocèse des Scpt-Provinccs est administré directement par le préfet, et a sa métropole non plus à Vienne (comme au temps de la Notitia dignitatum), mais  Arles.
II est vrai qu'un passage de la constitution Saiuberrima peut faire croire que l'élévation d^ Arles au rang de métropole préfectorale se fit avant l'usurpation de Constantin (Dnchesnc, Fastes^ p. 103, note ]) : Siquidem hoc rationabiîi plane prohatoquc cott' silio jam et vir iniustris praefectu% Petronius obstrvari debere
SIHCLE
devînt aussi dans Tordre ecclésiastique une métropole, et la première des métropoles gauloises. Il persuada Zosime de lui constituer, par décret, une province ecclésiastique nouvelle, embrassant les provinces politiques de Viennoise, de Narbonnaise première et de Narbonnaise seconde.
L'importance nouvelle de la ville d'Arles fut certainement Tune des raisons qui décidèrent Zosime à entrer dans les vues de Patrocle. Depuis que la Bretagne et les Germanies avaient à peu près
praecrpers't^ quod intgrpoiatum ueî irtcuria temporum vel dtsi- Jia tyrattnorum reparari soïita prudentia decernimus. (Ce préfet Pétronius est connu d'ailleurs par la loi Cod. Just., Xï. 74. 3, sans date consulaire, publiée par Arcadius, Honorius et Théodose II, c'est-à-dire en 402-408). — Mais l'ordre lancé par Pétronias.et dont l'incurie de l'époque et l'inertie des tyrans empochèrent Texécution, portait-il sur la réunion du content us ^ ou sur le choix de la cité d'Arles comme siège du conventus ? Je suis pour la première hypothèse, bien plus indiquée par les mots obscrvari, incuria et desidiay et bien plus conforme à ce qut: l'on sait du tyran Constantin, qui justement résida d'ordinaire A Arles. 11 faudrait aussi, pour être en droit de soutenir que la déchéance de Vienne fut décidée avant 407, renverser les arguments par lesquels Seeck établit que la Notitia dignitatum d.ite de 411-413.
Il ne iseinble pas douteux qu'une année arant la constitution Saluberrima^ au moment où Zosime écrivit sa décrétale Placuit apostoîicae {22 mars 417), Arles était déjà devenue îa métropole préfectorale des Gaules. Zosime, en effet, y appeUe Patrocle : MetropûHtanus episcopus Areiaten&is civitatis. On peut, pour conclure, accepter comme très probable l'opinion de Mommsen {Chron. min.^ t. I, p. 553), que le préfet des Gaules sera venu résider a Arles après la prise de Trêves par les Francs 00413.
On se demandera encore si, en faisant d'Arles une métropole préfectorale, on en fit aus»i la métropole de la province Viennoise. Il rae paraît certain que non; car le concile de Turin entendit certainement donner raison à Simplicius contre Patrocle quand il prononça : Ut qui ex Jiis adprobaverit suam civitatem £ssâ meiropolimj is toiius proviiiciae honorem primatus obtineat.