‹ Le concile de TurinChapitre 26 sur 120 · AUTRES QUERELLES DE DIOCESES · texte numérisé non relu

AUTRES QUERELLES DE DIOCESES

Le clerc Tuentius, que Proculus fit aussi évêque en 417, poursuivi vers la même époque comme hérétique priscillianiste, n^avait pas attendu la sentence ; il s'était reconnu coupable et démis de sa fonction (i). Tous deux étaient anciens moines, et leurs adversaires affirmaient qu'ils avaient été moines girovagues.

A Valence, un fort parti méditait Texpulsion de révêque, nommé Maximus, auquel il opposait une accusation de manichéisme (on sait qu'en Gaule, et dans la langue ecclésiastique du temps, manichéen et priscillianiste étaient synonymes) (a), accompagnée, comme de raison, de l'imputation de crimes affreux. Le pétitionnement qui fut organisé contre lui n'aboutit qu'un peu après la mort de Zosime, sous le pontificat de Boniface (3).

Un autre scandale avait éclaté dans un évêché inconnu de la Narbonnaise seconde : l'évêque Triférius, partisan de Rémigius et de Patrocle, avait vu l'un de ses prêtres, nommé Exupérantius, lancer contre lui des accusations infamantes, et le provoquer par des outrages répétés (4).

Ainsi, au moment oii Zosime intervint, par ses décrets en faveur de Patrocle, dans les affaires ecclésiastiques des Narbonnaises, la division y était partout. 11 serait difficile d'exposer ici tout au long les

(i) Zosime, Ep. Cum adversuSt §^ t et 3.

(2) Maxime, lettre i Sirice, g 4 (Mignc, t. XIII, col. 59a). Chroniqueur de ccccLii, ad a. 384 (Mommseo, Ckron, min.^i, I, p. 646).

(3) Boniface, Ep. Vaientinae noj, MigTie, t. XX» col. 756. La lettre est de ^^19, mais on y voit dairemeut que raffaîre durait

uis plusieurs années.

Concile de Turin, can« V.

LB PRISCILLIANISMB

origines et la nature de ces querelles, plus générales encore, doit-on croire, que nos documents ne le laissent paraître. Il faut se borner à dire que les dissensions que Ton constate dans l'église de Gaule au commencement du v* siècle, et déjà par Sulpice Sévère à la fin du iv*, ne sont qu'une suite de la querelle du Priscillianisrae (i).

Après le jugement de Trêves (385) qui condamna Priscillien d'Avila et plusieurs de ses amis au supplice, et d'autres personnes de son groupe à Texil et à la confiscation, une réaction se produisit dans Topinion ecclésiastique. Quelques- uns prirent ouvertement la défense de V « hérétique > espagnol; beaucoup prirent parti contre les persécuteurs tenaces qui, pendant cinq ans, l'avaient traîné de justice en justice, et qui, s*étant vu refuser par un concile une sentence de condamnation, ayant échoué également devant le gouvernement de Gratien auquel ils avaient recouru, avaient enfin abouti

(1) Je me propose d'élucider la question à laquelle je ne puis ici que toucher en passant, dans un travail prochain sur saint Martia de Tours et l'église gauloise à la fin du ir* siècle. Certaines des conclusions de ce travail peuvent être résumées ici, pour faciliter rinteUigeace de ce qui est dit dans ce chapitre : t*" La querelle da pricillianisme ne se restreignit pas à l'Espagne, comme Sulpice Sévère s'est appliqué systématiquement à le faire croire, mais troubla tout ensemble IVglise espagnole et l'église gauloise. 2<* Martin de Tours fut gravement compromis dans l'affaire ; et ses adversaires, à Trêves, en 386, furent un moment très près d'obtenir sa condamnation. 3** Priscillien ne fut nullement l'inventeur ou le propagateur d'une hérésie dogmatique ; les priscillianistes n'ont formé qu'un parti ascétique et piétiste ; toute la tradition hérésiologique relative à leur prétendu système ne repose que sur une imposture d'Itacius, évèquc d'Ossonoba.

LA REVAXCriK DE PRISCILUBN

iprès la révolution de 383, par leur crédit auprès de l'empereur gaulois Maxime, au sanglant triomphe de Trêves. Un certain nombre d'évêques déclarèrent se séparer de la communion de ces furieux. Hydatius de Mérida abdiqua la dignité épiscopale. Itacius d'Ossonoba fut déposé.

En Espagne, un parti notable, comprenant à peu j.près tout répiscopat de Gallécie, demeura fidèle-

lent attaché au souvenir de Priscillien et le vénéra comme un martyr. En Gaule, où l'on avait beaucoup moins connu l'évêque d'Avila^ on n'osa guère le proclamer innocent. Ceux mêmes qui avaient avec son groupe des affinités ne s'insurgèrent point contre la sentence d'hérésie qui Tavait frappé. Mais ils protestèrent contre les formes iniques du jugement et contre la rigueur impitoyable des peines. Le condamné pouvait être coupable d'erreur; les évoques qui avaientverséson sang s'étaient, à coup sûr, chargés d'un crime. Comme lesévêquesjuges, avant de se séparer, avaient ordonné un évêque de Trêves, nommé Félix, une partie des protestataires déclarèrent qu*ayant été conférée par des meurtriers, l'ordination de Félix était nulle ; bien qu*il pût leur paraître personnellement digne d'es- ;ime (i), ils refusèrent d'entrer en communion avec

li. Après plus de trente ans, il y avait encore des anti-féliciens (3),

(1) Sulpice SévérCy Dial. 111,13, ^- FtH^is.,. sanctissimi sane viri ft verc digni, qui meliore tempore sacerdos fieret.

il) Concile de Turin, can. VI, — Martin de Tours avait, au moment de l'ordination, communié avec Frflix (Sulpicc S<ivèrc. Dial. ni, 13, 2), mais son biographe, Sulpice, fait tout pour 8*en

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