‹ Le concile de TurinChapitre 28 sur 120 · LA MINOR1T12 RIGORISTE · texte numérisé non relu

LA MINOR1T12 RIGORISTE

avait élevées contre son évcque Triférius ne pouvaient guère porter sur un autre objet (i). Il est très probable que, dans le langage de tout ce parti, un évêque était appelé « adultère > lorsque, étant marié, il ne s'astreignait pas à la continence.

Les griefs que l'on avait fait valoir contre Priscillien étaient de deux sortes : on avait poursuivi en lui un hérésiarque de doctrine, et un zélote de l'ascétisme. Les protestataires, dont Sulpice Sévère est pour nous le porte-parole, approuvaient la première partie de Taccusation, mais s'indignaient de la seconde (a). La majorité ecclésiastique, qui dans le pays des Narbonnaises avait pour chefs Rémigius et Patrocle, approuvait tout. Lejugementde3S5 avait été pour elle une victoire sans restriction, tandis que les protestataires, au fond, s'en étaient sentis atteints eux-mt-mes. Il suffit que le Saint-Siège ail donné

(i) Concile de Turia, can. V. On voit au canon ÏV que, dans le même dioci'-se, le laïque Palladiiis avait intenté une grave accusation contre le prêtre Spanus. Il est probable qu'il s'agissait ici encore d'un manquement à la continence, et que le laïque Palladius appartenait au parti rigoriste.

(2) Sulpice Sévère a bien soin de ne pas dire que Ton persécuta Priscillien comme promoteur d'une réforme rigoriste ; il évite aussi d'indiquer que Ton donna au préteudu hérésiarque et à se^ disciples le nom de manichéens. Pourtant, arrivé dans le récit de la chronique au concile de Trêves de 385, il remarque en parlant d'Itacius: Hic stuîiitiae eo usque procêsstrat» ut omnes etiam sanctos viros. quitus aut itudium inerat Uciionisaut propositum erat certare jejuniis, iamquiim Priscilliani socios aut discipulos in crimcn arctsserêt, (Chron. II, 50, },.) Il faut rapprocher de ce texte le texte Diaï. III, 11, 5 ; Nec dubtum erat quin sarutorum etiam magnam furham tempeitas ista depopulaiura esset^ parvo discrimine inter homi-' num gênera, ut quis paîîore potius aut veste quant Jide haertiicus judicaretur. (Cf. encore Diaî. II, 12, 9 : haereticam judicasset.)

LA MAJORITK LIBERALE

appui à la majorité pour que Ton doive ôtre assuré qu'elle acceptait sans réserve la règle de la continence des clercs; mais elle n'était pas ennemie, en morale, d'un certain libéralisme ; elle n'aimait pas les excès de sainteté, elle ne voulait pas que des ascètes exaltés se fissent les inquisiteurs de la vie privée des évoques. Elle n'avait aussi, semble-t-il, que de médiocres sympathies pour le monachisme, surtout pour ses formes les plus rigoureuses. 11 lui déplaisait plus encore que Ton prétendît faire du monachisme Técole de l'épiscopat. Un peu plus tard, quand il y eut partout des moines et même des ermites, et qu'il n'y eut plus personne pour les blâmer, c'est sur cette question du recrutement des évoques que la lutte se restreignit, les uns voulant les élire parmi les hommes du siècle ou du moins parmi les clercs séculiers, les autres voulant les tirer des monastères ou des solitudes (i). Au cours

(i) Sur les moines que la vénération populaire portait à Tépiscopat, voir Sirice, ep. Cogitantibus nobis^ <; 4 (Migne, t. XIII, col. 1165) : Quantum illicitum sit lUud dC.-^timari non potest, ut tran<ieuntes (sive simulent, sive aint monachi, quod se appeUant), quorum nec vitam po9!*unius scire nec baptismum, quorum fidem incognitam habcrous ncc probatam, nolint sumptibus adjuvare, sed statira aui diacanos facere, aut presbyteros ordinare festinent, aut, quod est gravius, cpiscopos consiituere non formident. — Cf. Sulpice Sévère, Vita Martini, 9, 3. Pauci tamen et nonnuHi exrpiscopia, qui ad constituendum antistitem fuerant evocati, impie repugoabant, dicentes scilicet, contempubîlem esse personam, iadignum esse episcopatu hominem vultu dcspicabilem, veste sordidum, crine deformem. — On voit clairement qu'il existait déjà en Gaule k la fia du rv siiï'cle, contre les évéqucs Issus du monachisme, les préventions que l'on eut plus t.ird contre les évêques sortis

I de l'école de Lérins, et dont le pape Célcstin se ût Tinterpréte.

I (Ep. Cuperemus quidem^ Migne, t. L, col. 430, écrite en 429.)

LE CONOLB DB NIMBS

du V* siècle, la division que Ton constate dans TEglise de Gaule à l'époque de saint Martin, subsista en s' atténuant. Il y eut encore un parti qui considérait Tépiscopat comme une grande magistrature ecclésiastique, où il convenait de tenir son rang, et pour lequel les hommes de bonne naissance et d'une éducation soignée étaient, en un sens, les mieux qualifiés ; et une école qui ne recherchait dans les évoques que la sainteté, préférant qu'ils eussent été moines, leur demandant de mener dans l'épiscopat une vie monacale^ leur sachant gré d'être mal peignés et de marcher pieds nus (i).

Au concile de Nîmes de 396 (a) neprirent part que des évêques de la majorité. On trouve parmi les suscriptions le nom de Rémigius et les noms de ses amis Triférius et Octavius (3). Proculus, dont le

(i) Hauck, Kirchengesch. Diutschîands^ t. I, p. 8i.

(2 ) Leconcilc de Nîmes ne figure pas dans les collcctionsde conciles. Il a été publié pour la première fois â Cologne en 1743. Hefelc l'a édité avec soin. (Conciîiengesch.^ t. II, i* éd., p. 61.) Sur l'époque où se tint ce concile, daté des kai. octobris,dominis Archadio tt Honorio Augusiis consulibus, ce qui peut s'entendre des années 394, 396 et 402, voir Duchesne, Fastes^ t. I, p. 346 : « La date de 402 est à rejeter, car saint Martin, au moment du concile, vivait encore (Sulpice Sévère, DiciL II, 13, 8), et il est mort en 397. La date de 394 est également inadmissible, car un grand concile comme celui de Nîmes ue put être convoqué au plus fort de la guerre civile entre Théodose et Tuburpateur Eugène, maître alors de la Gaule et qui ne fut vaincu à AquUée que le 6 septembre 394. Reste la date de 396. » — M. Duchesne donne {ibid^) la liste des évêques présents au concile.

(3) Peut-être encore VUrsio du concile de Turin, nommé au canon III avec Rémigius, Triférius et Octavius, est-il l'Ursua du concile de Nîmes. Il est sans doute singulier que trois ou quatre

Page 1