‹ Le concile de TurinChapitre 54 sur 120 · DECISION SUR L AFFAIRE DES MBTROPOLGS · texte numérisé non relu

DECISION SUR L AFFAIRE DES MBTROPOLGS

< aux églises le bienfait de la paix, et de sauvegar-

< der les institutions que les canons ont établies, il « nous a paru nécessaire de porter remède aux « maux qu*ont causés les entreprises ambitieuses

< de diverses personnes. > Il n'y a aucun doute que ce mot sévère ne vise personnellement Tévêque Patrocle et le pape Zosime.

On décida que les évéques de Vienne et de Marseille conserveraient dans leurs provinces les pouvoirs qu'ils avaient jusqu'alors exercés. La question ne souffrait pas de difficulté pour la Viennoise. Le concile de Nicée avait prononcé que» dans chaque province, le droit de présider aux ordinations reviendrait à Téveque de la métropole. On n'eut qu*à rappeler ce principe. Il fut réglé que la province ecclésiastique de Viennoise aurait pour métropolitain l'évâque de sa métropole administrative. L'évêque d'Arles était donc, ici, simplement débouté de ses prétentions.

Pour la Narbonnaise seconde, la situation exceptionnelle de Marseille, étrangère à la province et métropole de la plupart, sinon de la totalité de ses évéchés, donna lieu à une disposition particulière. Le même principe canonique dontSiraplicius s'était réclamé, était invoqué par les adversaires de Proculus, sinon en faveur de la juridiction d'Arles, au moins contre la juridiction de Marseille. On prit le biais de ne conûrmer à Proculus ses pouvoirs qu'à titre personnel et viager. L'évêque à qui ces pouvoirs devaient échoir après lui n'était pas désigné dans le canon que l'on arrêta, mais Ll ne paraît pas douteux que dans l'intention de l'assemblée, ce ne fût l'évé-

PAFK ET CONCILE EN CONPUT

que d'Aix. Comme le maintien de Proculus à la tête de la province pouvait être, dans Tétat où se trouvaient alors les esprits, Toccasion de graves difficultés, le concile crut devoir prévenir les querelles par quelques mots d'exhortation bienveillante: < En c se conformant à notre décret, les deux partis « feront bien aussi d'observer Tavis que nous leur « donnons, avis superflu sans doute, mais qui € pourtant ne saurait nuire. Que le saint Proculus, c en père pieux, honore comme des fils ses collè- € gués dans le sacerdoce ; que les évêques de la *t province se comportent à son égard comme de « bons fils envers leur père. Qu'ils se témoignent € mutuellement des sentiments de charité. Le bien- € heureux apôtre a dit : « Prévenez-vous par le « respect mutuel. »

Les deux premiers canons du concile tendaient tout droit à infirmer les décisions de Zosime. Un conflit aigu se déclarait entre l'ancien et le nouveau pouvoir disciplinaire, entre le concile et le pape. On assiste à Turin, en 417, au premier épisode de la querelle entre le gallicanisme, représenté ici par les évêques de Vienne et de Marseille et soutenu par le siège milanais, et la tendance ultramontaine, qui avait pour champion Patrocle d'Arles.

La question des métropoles résolue, on passa à Texamen d'autres affaires (i). L'opposition rigoriste avait apporté tous ses griefs. C'étaient Proculus et

(i) Je ne prétends pas affirmer que les canons III à VIII aient été arrêtés avant la seconde partie du canon II. Il m*a paru seulement que le canon II avait dû être rendu en deux fois, et nou^t offrait les résultats de deux délibérations distinctes.

LES A NTI-FELICIKNS RKCONCILIES

ses amis qui avaient provoqué la réunion de rassemblée. On reconnaît, à examiner chacun des canons I à VIII de la lettre synodale, que toutes les affaires disciplinaires sur lesquelles le concile eut à se prononcer lui avaient été soumises par ce même groupe ecclésiastique (i). Ce que l'on fit de plus important, ce fut d'accueillir la demande qu'avaient introduite les anti-féliciens d*être admis de nouveau dans la communion milanaise, et réintégrés ainsi dans lacommuniongénérale.Desévêquesquiavaient assisté, trente-deux ans plus tôt, aux événements de Trêves, il n'y en avait que bien peu qui fussent en vie, peut-être aucun. Félix de Trêves lui-môme était mort depuis longtemps (2). Pourtant on tenait encore pour ou contre la communion avec lui, et le schisme qui s'était déclaré au moment de son ordination ne fut clos que par le concile.

Les partisans de Patrocle avaient été fort surpris devoir mettre à l'ordre du jour des délibérations, dès l'ouverture de l'assemblée, la réclamation des

(1) Voir, à l'Appendice I«% les notes esplicatives des divers canons.

(3) Nous avons une Vi> de Félû de Trêves, qui nVst pas antérieure au X* siècle. V. Ada Sanct., Mari. !II, p. 624 (26 mars). Il en faut retenir au moins le nombre de ses années d*episcopat : HU igiîur post duodecimum eptscopatus sui annum rerum saecuiariitm affectas taedio^ et spiritu propheiUo vicinum vitae suoé êMÏtum pârdoctus, dhpensationi pontijicali penitus renuntiavit, et..» soHtarius etc. — Ce texte ne veut pas dire que Félix ait renoncé à Tépiscopat (Tillemont, Mèm.^ t. X, p. 68;; Rcttberg, t. I, p. 1Q5), mais qu'il abandonna le gouvernement de son église. On voit que d'après sa Vie, Véïix aurait été évéque de 386 A 398. Il semble bien qu'il soit mort avant l'année 404, où Sulpicc Sévère écrivit ses Dialogues [Dial., 111, 13, 2).

COURRIER EXVOYtt AU PAPB

évêquesde Marseille et de Vienne. Ils dépéchèrent aussitôt un courrier à Rome pour en donner avis au pape.

Zosime reçut cette grave nouvelle le 28 ou le 29 septembre, probablement le 29 (1), Il était, à ce moment, plein de confiance dans le succès de son entreprise arlésienne. Quelques velléités de résistance avaient paru se manifester en Gaule : il se croyait bien près de les avoir brisées. Il venait, le 26 septembre, d*expédier à Hilaire de Narbonne les invectives et les menaces de la lettre Mirati admodnm. Quelques jours plus tôt, une session du concile romain s'était tenue. On y avait excommunié les deux évoques ordonnés par Tévêque de Marseille pour Gargarius et Citharista, Ursus et Tuentius ; il est probable qu'on avait en outre confirmé Texcommunication de Lazare, l'ancien évéque d*Aix, qui avait participé à la double ordination. Ces sentences avaient été notifiées à toutes les églises par une lettre où la conduite des trois évéques était dénoncée à Tindignation publique (2). Pour Proculus, le chef de l'opposition à Tautorité romaine, s'il n'était frappé encore d'aucune condamnation, il était, depuis plusieurs mois, cité à comparaître devant le tribunal pontifical (3), il ne pouvait, désormais, éviter la déposition que par l'amende hono-

(1) Ci-deaaiis, chap. r*, p. 17.

(2j Ep. C«m aiversu^, Au i; 2 : ïlacc omnia apud nos gfstis testimoniisgui Jiicussa sutit. \'Z2 septembre 417.) — Cf. cp. Muita centra. Au sujet de ce concile et de Lazare, voir A l'appendice III l'étude sur la lettre Hévelatum nobiSt à la fin.

(3; Ëp. Mulia contra : licet ipse diu exspectatus, fastidiose fercns sibi ioducias attributas, convenire dissimulet.

INDIGNATION DE ZOSIMB

rable. Aussi Zosime était-il résolu à maintenir intégralement son décret du mois de mars. Il avait eu soin, dans ses deux lettresduaaetduab septembre, de proclamer à nouveau que Tévêque d* Arles exercerait seul le droit d'ordination dans les deux Narbonnaises et la Viennoise,

L'arrivée du courrier envoyé de Turin interrompit brusquementles illusions de Zosime. Il ressentit douloureusement l'atteinte imprévue qui était portée à son autorité et au prestige de son siège. Fort courroucé par les représentations d'Hilaire, le recours deProculuset de Simplicius au concile milanais le jeta dans le dernier degré de Tindignation et de ramerturae. Il lui parut nécessaire de publier sur-lechamp une protestation contre la démarche des deux évêques et contre la sentence probable du concile. Ce fut sa lettre Multa contra^ du 2^) septembre ( I ). Informé déjà, sans doute, que Simplicius avait pris, à Turin^ une attitude moins résolument anli-romaine que Proculus, c'est sur Proculus surtout que sa colère s'était portée. Après avoir rappelé ses anciens griefs contre le rebelle : «Ce qui achève

< de nous émouvoir, poursuit-il, c'est l'injure que

< cet intrigant vient, au concile de Turin, de faire au € siège apostolique, lia supplié bassement (emcndi-

< cata) ce concile, qui s'était réuni pour de tout € autres objets, de commettre pour lui un abus de «pouvoir et de lui conférer le droit d'ordination

< dans la Narbonnaise seconde. Et pour n'être pas

(i) Mignc, t. XX, col. 665. Ep, merow.y p. 11. Texte cité ci-dc»-

mt

OBJET DB UA LETTÎTR »* .\iri.TA CONTRA. »

« seul, par ses sollicitations abusives et impudentes, « à outrager le siège romain, il s'est assuré la comt plicité de Simplicius de Vienne ; il Ta fait soUi- K citer du concile, avec une égale impudence,

< le pouvoir irrégulier (arbitriiitn) de créer des « évêques en Viennoise. Vouloir arracher à des « évêques, assemblés en concile pour examiner « d'autres affaires, de pareilles concessions, c'est K un coup d'insolente audace et nous couperons

< court dès Torigine à de telles manœuvres.

« On veut renverser ce que les pères ont établi, on « veut dépouiller de ses honneurs saint Trophime ■r qui, en vertu de la mission qu'il avait reçue de « notre siège, fut, à Arles, le premier métropolitain « de la Gaule: même l'autorité du siège romain ne « saurait autant accorder, autant innover.., » Ayant ainsi clairement affirmé la supériorité du pape sur les conciles, Zosime, pour la quatrième fois, au nom de l'imaginaire tradition qu'il ne cessait point d'invoquer, déclarait réserver au seul successeur de Trophime le droit d'ordination dans la Viennoise et les deux Narbonnaises.

Zosime espérait-il que sa lettre, expédiée précipitamment, parviendrait à Turin avant la dissolution du concile? Pensait-il pouvoir peser sur les délibérations de l'assemblée ? ou peut-être obtenir des évoques de Marseille et de Vienne le retrait de leur instance ? C'est aux évêques de Viennoise et de Narbonnaise seconde qu'il adressa sa décrétale, c'est à eux, semble-t-il, que ses déclarations étaient destinées. Prévoyant que le concile ne manquerait point de se prononcer contre son décret, et que les

TRANSACTION PASSEE ENTRB ARLES BT VIENNE 107

anciens suffragants de Marseille et de Vienne allaient avoir à se prononcer entre le pape et le concile, il songea, surtout, sans doute, à influer sur le choix qu'ils auraient à faire entre les deux autorités, et à prévenir les défections des partisans de Patrocle,

Cependant au moment où la lettre Multa contra était écrite, la situation, à Turin, s'était modifiée. Sur le litige entre Arles et Vienne, le concile s'était décidé à réformer sa première décision. Après une deuxième délibération, il adopta, « par un plus sage conseil >, une solution transactionnelle, qui fut de diviser la Viennoise en deux provinces ecclésiastiques, Viennoise du Nord et Viennoise du Sud, dont l'une relèverait de Vienne et Tautre d'Arles (i). Cette deuxième décision fut le résultat d'un accord négocié entre Simplicius de Vienne et Patrocle ou ses représentants (a). Simplicius aima mieuxrenoncer

(i) Concile de Turin, canon II, deuxième partie, depuis : Ctrte ad,

(a) On pourrait presque dire que cette négociation est attestée par le deuxième canon de Turin. Après avoir arrêté la formule qui donnait pleinement gain de cause à Simplicius, on ne fût pas revenu sur la question de la Viennoise sans son consentement. Et pour lui, il n'eût pas abandonné la moitié de sa province, si on ne lui eût promis de ne pas l'inquiéter pour la moitié qu*il conservait. — Mais ce qui nous assure qu'il y eut un accord passé entre Arles et Vienne, c'est que Zosime, qui le 29 septembre (Ep, Multa contra) invectivait encore Simplicius, cessa toute hostilité contre lui, et se résigna â le voir conserver une part de son ancienne juridiction.

En ettet, il n'est pas nécessaire ici d'invoquer la lettre Rêvclatum nobi.% (certainement authentique, mais dont justement je veux prouver que le contenu est exactement conârmé par les autres lettres du pape). — Nous avons (outre la lettre RevgJatum), huit lettres de papes adressées à des évéques gaulois. (Voir ci-dessus, p. 20). Quatre sont antérieures à la clôture du concile

Page 1